Fescal – The Descending Light

Une chose est certaine après l’écoute de cet album : vous en saurez définitivement beaucoup plus sur les comportements des nuages.

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7.7

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 20 avril 2013 | 11:38

Une pierre pour oreiller
J’accompagne
Les nuages. 

Taneda Santoka

L’esthétique japonaise est toujours aussi troublante et fascinante par cette poésie si touchante et si simple à la fois. Le minimalisme aurait sans doute pu être inventé par eux. Mais quel est donc le rapport avec cette chronique nous direz-vous ? Car Fescal aka David S. (oui, son nom n’est connu que de ses plus proches amis) reste un anglais de pure souche. Mais, bien entendu, on ne choisit pas son pays d’origine. Son déménagement vers l’autre bout du monde, en Corée du Sud nous a alors fait tilter, car le Japon et la Corée ont une histoire entremêlée que nulle ne saurait nier. Un peu comme des relations tumultueuses entre deux frères en quelque sorte. Ce Séoulite est encore assez jeune mais produit déjà pour des labels infiniment respectés dans le milieu de l’ambiant comme Dronarivm, Twice Removed, ou encore Time Release Sound (dont on reparlera d’ici les jours à venir).

Il faudra toutefois vous avouer que nous n’avons remarqué le producteur uniquement après la première sortie en physique de l’artiste, le splendide Moods and Views paru l’année dernière, même si le reste de la discographie semble tout aussi alléchante. Winter Poems avait par ailleurs cet hiver agréablement réchauffé nos conduits auditifs mais surtout nos petites cellules grises, la musique composée par Fescal ayant sollicité intensément notre partie du cerveau faisant ainsi j’aillir l’imagination devant nos yeux. Comme si cette glace était présente devant nous et nous renvoyait ces quelques reflets ouatés.
On voit enfin la ressemblance avec d’autres producteurs japonais comme Yoshito Murakami, Masayoshi Fujita, voire Ryūichi Sakamoto dont les œuvres ont eux aussi un fort effet pictural. Fescal a, quant à lui, sorti au début du mois de mars un autre EP sur Wist Records (autre label à surveiller de très près) intitulé The Descending Light : un double mini-cd, le premier constitué de trois pièces de Fescal, le second rassemblant 5 variations (ou remixes).

 
 

Tout d’abord il faut saluer l’effort mis par le label sur le packaging. Un petit boîtier de la taille d’une paume de main mais dont la richesse graphique et sonore ne pourra que faire des heureux. Avec une édition limitée à 100 exemplaires et sans édition digitale, il va très certainement falloir vous rabattre vers des méthodes douteuses pour écouter cet oeuvre. Tant pis pour vous. Le concept de cet album, bien qu’il joue un rôle crucial dans ce court format, reste cependant relativement simple : un coucher de soleil avec quelques nuages.

Parlons maintenant de la musique en elle-même puisque c’est, semble-t-il, ce qui vous a amené ici. Réveillez-vous, avant que je me couche. Voici la traduction littérale du premier titre et qui annonce la couleur tant on a l’impression de voir l’astre rougissant descendre lentement, centimètre par centimètre, vers la ligne d’horizon. Le drone est comme à l’habitude du producteur merveilleusement exécuté pour susciter l’engouement de l’auditeur. C’est aérien, vaporeux et merveilleusement cinématique. Des maigres sons de synthé parviennent à notre oreilles, des semblants de mélodies qui pourraient rendre jaloux un certain Tim Hecker. Tout est calme durant ces neufs minutes éthérées, le temps s’allonge tandis que nous, auditeur-spectateur, profitons de ce superbe coucher de soleil. La lumière semble peu à peu diminuer, tandis que quelques cirrocumulus entrent dans ce tableau conçu par nous-même.

The Breacking Point est bien comme un point de rupture, là où l’astre du jour touche la ligne d’horizon : la frontière entre ciel et mer s’estompe pendant que les nuages s’amoncellent. Nimbostratus et stratocumulus s’imbriquent et dessinent des formes insolites, on se prend alors à donner un corps charnel à ces masses immaculées. Tantôt il nous semble voir émerger un fier gladiateur avec sa lance à ses côtés, tantôt on voit un cupidon allongé soufflant de la fumée… C’est cela le point fort de Fescal, parvenir à autant d’interprétations avec si peu, ces micro-craquements donnant le relief nécessaire à cette projection multi-sensorielle. Il en sera de même pour The Lark Ascending où l’on n’aura aucun mal à discerner cette alouette volant contre le vent et, s’éloignant avec elle, les derniers fragments de lumière.

Les variations ne sont pas en reste non plus, mais il n’en pouvait être autrement vu les noms affichés : Philippe Lamy, Yuco (auteur récemment d’un très bel album sur Flaming Pines) ou encore Gluid pour les plus connus (autant que faire se peu). Et le travail n’a pas été bâclé ; ils offrent des parenthèses reposantes, chacun dans leur style mais toujours avec ce qu’il faut de calme et sérénité. Les textures sonores sont toujours aussi poussées bien que l’on ait abandonné le drone pour le néo-classique expérimental. On se croirait en pleine nuit à déambuler d’un pas feutré sur cette plage en train de chercher quelque chose. Peut-être est-ce le retour du soleil irisant?

 
 

Une chose est certaine après l’écoute de cet album : vous en saurez définitivement beaucoup plus sur les comportements des nuages. Chaque titre offre une certaine vision de ces monstres cotonneux voyageant parmi l’immensité du ciel. Troposphérique puis stratosphérique et inversement, ce court format enchantera les plus inventifs d’entre nous mais fera sans doute royalement chier les autres. Aucun compromis n’est ici offert à l’auditeur et ce n’est pas plus mal : être créateur et premier participant d’un tel crépuscule reste pour le moins chose assez rare.

 
 


 
 

Tracklist :

a) Awake Before I’m Down
b) Breaking Point
c) The Lark Ascending

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