Field Rotation – Fatalist: The Repetition Of History

L’un des disques les plus convaincants de ce début d’année.

Field Rotation - Fatalist: The Repetition of History

8.3

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 6 mars 2013 | 12:17

Field Rotation, voilà un pseudonyme qui fait frémir à chaque fois qu’il apparaît. Depuis la création de son projet Acoustic Tales en 2011, il a souvent hanté nos nuits, et sans doute pris une part de ce qui nous restait de naïveté. Son chef d’œuvre électro-acoustique chroniqué ici, a été pressée chez Denovali, label qui a le vent en poupe depuis quelques temps déjà. Il a aussi sorti en 2012 sous son vrai nom, Christoph Berg, un album moins électronique qu’acoustique, intitulé Paraphrases chez Fluid Audio. Il était toutefois hors des sentiers battus, et nous délivrait alors une musique plus humaine mais toujours aussi dépouillée ; les cordes ayant définitivement remplacé le piano.
En cette fin d’hiver Field Rotation nous revient donc avec un nouvel album doté nom assez équivoque : Fatalist : The Repetition of History. Avec une pochette tout aussi belle qu’obscure, la couleur est déjà annoncée : il semblerait que Christoph se soit bel et bien décidé à nous faire désespérer.

The Uncanny n’est pas une surprise dans sa forme. Et pourtant, avec son ambiance si troublante, elle nous happe dès les premières secondes. Nappes minimalistes d’une étrange familiarité, clins d’œil aux travaux de Freud sur le retour du semblable, elles semblent presque figées au-delà de ce que les affres du temps peuvent infliger. Nous parvenons alors à une sorte d’état léthargique et nos yeux se voilent tandis que le vent glacial caresse notre peau. Une certaine forme de luminescence opaque nous enlace, même si tout autour de nous le mal a frappé. L’humanité n’est plus, disparue dans les cendres de nos conflits. Amer constat, Fatalist : The Repetition Of History porte bien son nom : l’humanité est damnée, car piégée à s’auto-déchirer et à disparaître. Sa soif de pouvoir et de conquête l’aura mené à sa perte. Âgé de plusieurs millions d’années, l’Homme n’a néanmoins jamais réussi à se défaire de ses démons ancestraux, les conflits faisant encore aujourd’hui rage partout dans le monde. Nous sommes alors pris d’une certaine lassitude à travers cette fatalité. Ainsi, Valse Fatale se veut être la danse de la Mort, celle qui aura triomphé de l’Homme. Mirage lugubre teinté de nostalgie, les quelques notes au piano, les mélodies fragiles des violons et la voix soprano semblent alors elles aussi échapper au temps. Voici donc notre dernière marche funèbre, notre ultime élégie.

Sur Fatalist, des ambiances encore plus menaçantes et décharnées font leur apparition. Nous atteignons un certain paroxysme dans les textures sonores qui sont littéralement à couper le souffle. Nous ne sentons dès lors plus notre pouls. Mais alors que le néant nous tient prisonnier entre ses bras et que nous suffoquons sous son étreinte, History (Fragment) nous délivre de notre torpeur. Sa boucle de quelques secondes se répète sans cesse mais se modifie imperceptiblement, nous faisant traverser un à un les cycles du temps, un peu comme les grecs anciens l’avaient imaginé.
L’histoire est donc condamnée à se répéter inlassablement, l’action humaine n’était qu’infiniment rien par rapport à l’action divine. The Repetition of History est étrangement plus humain, plus chaleureux que tout ce que nous avons pu affronter auparavant. Nous devons être au bord de la mer comme le témoigne le bruit du ressac, sorte de réminiscence de notre ancienne vie. Notre vie actuelle, elle, défile devant nos yeux et, complètement désemparés devant ce spectacle, nous nous empêchons de pleurer des larmes de sang. L’espoir est-il permis ?
La réponse se trouve sans doute dans le morceau final: The History Of Repetition, énième cosmogonie du monde, sous forme de drone d’une lueur rédemptrice. Il nous est finalement peut-être permis de renaître de nos cendres.

Avoir vieilli de plusieurs années après avoir eu cette décourageante sensation d’impuissance devant la répétition de l’histoire : voilà le sentiment que nous procure cet album. Un destin inéluctable et patibulaire mais, quoi qu’il en soit, la vie continuera, avec ou sans nous. Field Rotation nous prouve une nouvelle qu’il est un artiste hors du commun en jouant ainsi et aussi facilement avec nos émotions. Les timbres chauds d’Acoustic Tales ont péri au profit de paysages sonores plus minimalistes et froids. Il n’en reste pas moins que cet album est l’un des plus convaincants, autant dans la forme que dans le fond, en ce début d’année 2013, 1001cycle après la création de l’univers. A peu de chose près.

 


Tracklist :

01 The Uncanny
02 Valse Fatale
03 Fatalist
04 History (Fragment)
05 The Repetition Of History
06 The History Of Repetition

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