FIS – Homologous

Étrange démarche d’abstraction extrême, cet EP confirme le talent de FIS et ses perspectives esthétiques. Étonnant.

Seeksicksound FIS Homologous

7.5

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 13 novembre 2013 | 21:18

En 1958, Yves Klein organise dans la galerie d’Iris Clert une exposition intitulée La Spécialisation de la sensibilité à l’état matière première en sensibilité picturale stabilisée, plus connue sous le nom d’ »exposition du Vide ». Dépassant en effet un Ad Reinhardt réduisant progressivement ses toiles à une couleur, puis au noir, pour toucher aux limites de l’oeuvre, Klein, présentant une galerie repeinte en blanc et dénuée de toute présence d’objet, va jusqu’à l’annihilation du tableau. Confronté à ce vide perturbant, le spectateur se retrouve face à lui-même, hors du monde, invité à se concentrer sur sa propre sensibilité et sa propre réalité.

Void Coms s’inscrit explicitement et ouvertement dans la suite des travaux de Klein sur le Vide. Autant dire que la philosophie orientant le label n’est pas des plus banales, et que la tâche consistant à en fournir une émanation sonore n’est pas des plus aisées.
Olivier Peryman, soit FIS, apparaît néanmoins comme un choix idéal pour inaugurer le label, tant celui-ci a eu le temps, en quelques disques et apparitions sur des compilations de choix (notamment Scope de Samurai Horo) de s’affirmer comme l’un des artistes les plus prometteurs de sa génération, faisant éclater tous les cadres attendus pour aller vers un espace nouveau, qui n’est pas sans rappeler ce vide.

 

FIS n’était peut-être pourtant jamais allé aussi loin que sur cet Homologous, comme si le travail sur le concept lui permettait d’annihiler une dernière fois toute contrainte. Terrain fondamentalement abstrait, « Homologous 1″ nous place face à un martèlement autour duquel gravitent des sons indistincts. Une voix, issue d’une séance de sophrologie, nous invite à créer notre propre environnement ; c’est de fait ce à quoi nous force le vide qui englobe la composition, confinant à l’introspection et à l’oubli de toute représentation pré-établie.
Passé un bref interlude plus apaisé, « Homologous 2″ poursuit le même travail nihiliste, nous poussant dans nos derniers retranchements. On retrouve cette répétition irrégulièrement interrompue, nous sortant de l’hypnose sonore pour nous immerger plus profondément dans notre propre univers.

 

Les disques parvenant à transposer dans l’espace sonore des concepts provenant des arts plastiques ne sont pas légion, surtout lorsque ceux-ci ne durent qu’une douzaine de minutes. Cet intrigant Homologous en fait partie. Si le niveau d’abstraction présenté ici peut se révéler perturbant, l’appel au retour sur soi-même qui nous est proposé est aussi d’un intérêt certain. En 12 minutes, FIS continue donc de renouveler les promesses placées en lui, mais aussi en un label à la démarche peu commune mais visiblement assurée.

Tracklist :

01. Homologous 1
02. Homologous Interlude
03. Homologous 2

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