FIS – Preparations

Il ne manque plus à FIS que l’ambition.

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7.1

10

Par Florent Letellier
Publié le 3 janvier 2014 | 10:37

En novembre, quelques jours après Homologous sortait Preparations, du producteur néo-zélandais FIS, son premier EP pour Tri Angle, label qui a connu un rapide succès dès ses débuts en 2010 avec des figures de proue comme oOoOO et Balam Acab. Le label de Brooklyn propose ici à un fou féru de drum n bass d’exprimer un talent déjà reconnu par dBridge (The Commons sur Exit Records) en vue de nouvelles aventures aux confins des territoires rythmiques balisés. Oliver Peryman est en effet adepte des zones glauques : quelque part entre 85 et 95 bpm (ou entre 170 et 190 ?), il aime souffler le chaud et le froid sur l’envie de se perdre et le besoin de s’y retrouver.

Ca commence avec Magister Nuuns : en premier lieu, une longue note, une voix en fait. S’efface… Commence le travail : quelque chose traîne, frotte, quelqu’un martèle ici. Puis plus rien. Quelque chose veut s’échapper, empêché, puis se calme. Surviennent des hullulements, de gauche à droite, loin, qui rappellent le cri préliminaire. Le cri emplit tout, on l’entend d’ici tant la nuit est claire et le vent favorable. Y a comme une drôle de présence ici, et les moins téméraires ne cacheront pas leur soulagement d’arriver au bout des quatre minutes de cette ouverture…
DMT Usher replace les choses dans le champ plus identifiable du uk garage : révision d’un titre déjà paru en 2012 via Samurai Horo (« vinyl-only 170rpm music » !), il met en scène la rotation infernale d’une hélice. La puissante compression des éléments atmosphériques, enchaînée à la cadence d’une rythmique de drum n bass ralentie deux fois provoque l’impression aveuglante, quasi narcoleptique d’un kaléidoscope contre lequel le combat est sans espoir.
CE Visions regroupe, en un bloc faussement minimaliste les acteurs du style FIS : un premier souffle, et des cordes tranchantes provoquent l’effroi ; puis dans cette atmosphère glaciale, un long kick massif vient tracer sa voie sinistre ; une multitude d’artefacts rythmiques s’en mêle, et dans cette ambiance de comptine funeste, tout n’est que frottements mécaniques, résistance de l’air et révolte morbide.
Mildew Swoosh est le plus excitant des tableaux de ce disque : ici comme le titre l’indique, FIS compte bien nous inoculer un mal – pour notre plus grand bien. Reprenant le principe de convergence entre un tempo rapide et la moitié de celui-ci, il imagine ce tableau fantastique : l’invasion d’une myriade d’éléments arachnéens dans le sillage d’une lente et lourde basse, auréolée crescendo d’un halo de nappe mélodique.

L’univers de FIS en est un : un composé cohérent ; la musique y surgit en négatif, dans l’interaction physique de ses composants, l’organique s’y apparente au digital, et vice versa. Successivement, on pense bien sûr, par exemple à Roly Porter, Raime, Emptyset et Rrose, quoi que FIS s’avance finalement plus loin dans la déconstruction du temps, travaillant carrément hors-grille. Toutefois on se refuse encore à saluer d’aussi haut et d’aussi loin la réussite du jeune producteur. Il semble qu’il manque encore quelque chose dans la démarche de FIS : quelque chose qui touche à la composition lacunaire de ses morceaux.
L’ambition peut-être lui fait défaut, de créer de véritables fresques électroniques… En dépit de leur unité formelle, de la perfection du sound design, ses titres semblent manquer le tout : trop courts notamment, trop statiques peut-être dans leur progression, ils évoquent comme des croquis, les détails d’une architecture : on attend donc l’ouvrage unifié, et on ne manquera pas, alors, de se recueillir dans la cathédrale de FIS.

Tracklist :

A1. Magister Nunns
A2. DMT Usher
B1. Mildew Swoosh
B2. CE Visions

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