Flore – Ritual EP Pt.2

Une litanie animale et mystique libre de toute étiquette

Flore - Ritual pt. 2

7.7

10

Par Robin Cordier
Publié le 7 septembre 2015 | 9:56

En se faufilant dans la foisonnante jungle électronique lyonnaise, on peut croiser toutes sortes de tribus soudées et de féroces producteurs dans une grande variété de styles. Parmi ces entités, POLAAR, menée par l’aguerrie Flore, porte à travers ses sauvages soirées aux line-ups piquants son étendard: celui du tribalisme, de la transe, et de cette agréable touche de gangstérisme vaudou apportant ce surplus de patate (si je puis dire) ne manquant pas d’emporter les pieds sans oublier de nourrir les sens.
Ceux qui ont assisté à l’un des fréquents DJ sets de Flore ont en mémoire sa manière d’envoyer n’importe quel public à un climax d’énergie dès les trois premiers morceaux; on recommandera vivement aux autres de s’immerger,  oreilles ouvertes et pieds vivaces,  dans la joie du rituel POLAAR…

Après un premier volume enthousiasmant quant à l’avenir de la bass music française tant par sa diversité musicale que par son ambiance de jungle nocturne, Flore nous livre donc la suite de ses aventures rituelles — et si son premier volume misait sur l’assaut et la rapidité, cette seconde partie semble se vouer à une esthétique résolument plus hypnotique, préférant la modération d’un tempo techno-esque à la frénésie d’un tempo jukéen.

 

Ainsi, l’EP s’ouvre en grande pompe sur le frontal “Attack Me”, aux rythmiques concassées ciselées de clins d’oeil à la jungle londonienne. L’attachement de Flore aux sonorités Jungle et ‘ardkore brille distinctement au dessus d’une nuée de sirènes survolant un noir torrent de percussions, alors que de subtiles odeurs de labels tels que Houndstooth ou Livity Sound flottent dans l’air… Un paysage qu’on prend le temps d’admirer quelques minutes alors que le ciel rougit, que la cadence accélère et que la pression monte.

Deuxième pièce de la cérémonie, “Blood” vous emmène à la rencontre de tribus sur le pied de guerre, à force de rythmiques latines et d’énergie Grime décomplexée — les symptômes du virus POLAAR se déclarent aussitôt: convulsions, sortie de corps, synesthésie, et tout à coup la foule s’agite, vos muscles revivent. Les anciens de l’assemblée, un peu fatigués, restent perplexes devant cette débauche mais il y a longtemps qu’ils ne font plus la fête; les autres dansent, suent, alors qu’on range les congas pour sortir les grands tambours et accrocher des lampions verts.

C’est sur “Psykhé” que Flore clôt les hostilités: polyrythmes et tambours circulaires surgissent dans la nuit noire alors que des ombres s’agitent parmi les arbres entrelacés; véritable voyage à la structure fleuve, ce morceau emmène cette dernière offrande de POLAAR vers un chemin inattendu, tant par sa production fouillée que son caractère hautement créatif.
Car là où des titres comme « Attack Me » et « Blood » semblent vouloir s’inscrire dans des esthétiques aux influences claires (on me chuchote ANGLETERRE dans l’oreillette), c’est bien sur « Psykhé » et ses cercles mouvants que le pari Ritual est tenu: celui de transformer de la musique purement fonctionnelle — orientée club — en une litanie animale et mystique libre de toute étiquette.

 

Au terme de ce Volume 2, on se dit que l’électronique française perd de son retard, et que les années à venir s’annoncent vraiment réjouissantes tant pour POLAAR que pour une scène Bass Music encore trop timide dans notre vieil hexagone.. On attend avec impatience la suite des aventures Ritual, de retourner dans la jungle et de danser avec les autochtones.

 

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