Flore – Rituals

Flore revient sur son label POLAAR pour Rituals, à la fois mystérieux et dancefloor, à la fois grand public et très pointu, à la fois cohérent et kaléidoscopique.

cover

8.7

10

Par Julien Smith
Publié le 21 avril 2020 | 14:18

Depuis ses débuts en 1998, Flore s’est imposée comme une des artistes incontournables de la scène bass hybride lyonnaise et française. C’est également la première femme française certifiée Ableton Live, un cachet que seules 200 personnes au monde peuvent se targuer d’avoir obtenu. À la tête du label POLAAR, qui rassemble des producteurs novateurs français du moment (Nasty J, Jumboclat, Tim Karbon, ou Prettybwoy entre autres), et avec lequel SeekSickSound a collaboré sur plusieurs soirées, Flore a aussi fait une apparition à Boiler Room Lyon il y a 3 ans. Avec un CV aussi impressionnant, c’était avec beaucoup d’intérêt qu’on attendait la sortie de son deuxième album, intitulé Rituals. Et nous n’étions apparemment pas les seuls, puisque la cagnotte mise en place pour financer l’impression des vinyles a totalisé près de 200% de son but initial en une semaine. Un projet très suivi donc, et qui est parfaitement à la hauteur des attentes. Entre science-fiction et ethnologie en passant par les raves, Flore condense toutes ses influences dans une oeuvre variée mais unifiée sous les signes de la danse et du mystique.

La première chose qui s’impose à l’auditeur, c’est à quel point cet album s’inscrit dans la continuité des précédentes sorties de Flore. Et ceci de manière très explicite, puisque deux morceaux, « Numen » et « Congos », sont directement repris d’EPs précédents, respectivement RITUAL Part 1 et 3. « Psykhé Part 3 », quant à lui, est une continuation de la série « Psykhé », variations sur le même thème de synthétiseurs, cette fois-ci sous la forme d’un morceau d’ambient aux accents de ballade médiévale qui nous parvient du fond des temps. Flore construit ainsi patiemment son univers sonore, en posant d’abord son triptyque RITUAL Part 1-3 brique par brique avant de le couronner par une oeuvre monolithique, l’album Rituals. Et c’est cet univers sonore qui ravit immédiatement toutes les oreilles, qu’elles soient profanes ou amatrices de musique pointue. La culture électronique de l’artiste se retrouve transformée et assimilée à ses influences plus larges, telles que la science-fiction ou l’ethnologie, dans un tout où prime la musicalité. C’est ainsi que « Congos » puise dans la UK funky la plus débridée, s’appuyant sur un sound design grondant, fourmillant et psychédélique, pour constituer un rituel à part entière et faire entrer n’importe quel dancefloor en transe ; que « Sigui So », inspiré des cérémonies du Sigui du peuple Dogon, se rapproche de certaines tracks à mi-chemin entre techno et bass music à 100 BPM ; ou encore que « Coded Language » associe une atmosphère archi minimaliste sur un rythme footwork à des éclats de drum and bass et rave pour un résultat galopant et hypnotisant à la fois.

Ce dernier morceau illustre d’ailleurs à merveille une autre caractéristique de cet album, à savoir l’utilisation du contraste dans un but artistique. Il s’agit ici du clair-obscur entre les ténèbres du kick omniprésent et la lumière des percussions qui se relaient au-dessus, procédé que l’on retrouve dans « Numen » aux côtés d’une autre forme de contraste, cette fois-ci entre les connotations des sonorités. En effet, des notes de synthés aux accents futuristes côtoient des bribes de voix et une composition encore une fois hypnotisante, répétitive à souhait, presque rituelle, et située dans un passé lointain par l’utilisation d’echo et de reverb. L’auditeur se retrouve à la fois astronaute et shamane préhistorique, confronté à la fois au mystère qui enveloppe cette track et à l’évidence de la danse. On remarquera d’ailleurs que le morceau « Evidence » est l’un des moins sombres de l’album, comme si une fois le doute levé, il ne restait que ce qu’il y a de plus profond et inné, à savoir la danse. Directement après « Evidence », comme (encore une fois) par contraste, se trouve le morceau-titre de l’album, « Rituals ». Une perle d’ambient où la spatialisation millimétrée et le ressac des denses nappes de son sont appuyés par une basse en lame de fond, pour une ambiance profondément mystique. On replonge alors dans le mystère jusqu’à la fin de l’album, marquée par « You Were Here », un autre bijou d’apesanteur et de spatialisation. L’aspect cinématique, qu’on a pu voir dans certains morceaux comme « Aether », « Psykhé Part 3 » ou « Congos » pour ne citer qu’eux, prend ici toute son ampleur, et forme un bel au-revoir pour clôturer l’oeuvre en beauté.

Ce n’est pas un hasard si son album s’appelle Rituals : chaque morceau est un petit rituel de quelques minutes, où la répétition finit par prendre l’auditeur par la main et le faire entrer en transe, de la même manière que de nombreux autres rituels des quatre coins du globe. Tout au long de l’album, Flore utilise sa culture musicale et ses connaissances techniques pour la construction de ces petits univers avec une musicalité imprégnée de ses influences propres, de la science-fiction à l’ethnologie. Ce faisant, sa musique sort de son cadre moderne pour faire appel à la sensibilité universelle de l’être humain au rythme, à sa fascination pour le mystique et à son obsession pour le futur.

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