Forest Swords – Engravings

Forest Swords, sans réinventer complètement son paysage sonore, met en avant de nouvelles facettes de celui-ci, parfois insoupçonnées.

FS_eng_hi

8.0

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 30 août 2013 | 8:42

Trois ans déjà. Forest Swords venait alors surprendre, sans prévenir, avec un Dagger Paths brillant, traçant sa propre voie musicale. A la croisée hypothétique d’un dub narcotique et d’un folk enfumé et empreint de touches downtempo, de mythes anglicisants et de rituels chamaniques, Matthew Barnes signait au travers de son hybride l’un des opus les plus remarqués de 2010.
Et depuis ? Le silence. C’est dire si ce nouveau disque était attendu, qui plus est chez Tri Angle.
 

Dès les premières notes de Ljoss, on se sent plongé en terrain balisé. On retrouve avec délectation les quelques notes de guitare traitées à la reverb, comme si l’on entendait la main de l’artiste effleurer son instrument, les samples vocaux sous brouillard, les fragments rythmiques assurant la cohésion du tout.
Quelque chose, pourtant, semble avoir changé. Le bouleversement, dans les deux sens du terme, est immédiatement palpable : le ton semble plus affecté. La fumée est plus opaque. Les torrents de cordes grattées qui se déversent dans nos tympans agissent comme un poison insidieux menant lentement l’humeur au gris. Sombre.
Thor’s Stone sonne comme une confirmation. Alors que l’on retrouve ces territoires familiers, un souffle déchirant se répand alentour, plaquant une ambiance étouffante. L’artiste, bien sûr, avait déjà abordé des contrées similaires, sur son génial If Your Girl par exemple. Mais cette mélancolie n’avait jamais paru aussi systémique qu’ici. Le rythme en cœur battant se fait pesant, accompagné par un drone sourd.

Impossible de ne pas saluer le talent de l’artiste face à une telle traversée. Le travail de sampling est plus précis encore qu’avant, chaque extrait vocal étant coupé avec une minutie confinant au génie. Le moindre effet est distillé avec un sens de l’ensemble remarquable. Alors que les masses sonores créées ici semblent plus chargées que par le passé, tant par cette atmosphère brumeuse ramenant en permanence l’auditeur au sol que par le nombre de nappes additionnées – les mélodies et rythmiques s’entremêlent avec une facilité déconcertante –, le tout paraît plus accessible, trouvant immédiatement sa place dans vos conduits auditifs.
Cette maîtrise ressort tout particulièrement sur certaines des pièces les plus intrigantes de l’oeuvre. An Hour, décharné, joue ainsi sur le contraste entre des notes synthétiques, obsédantes, de marimbas et pianos cadrés, et des voix tranchées en pleine souffrance, distordues, distantes.
Plus tôt, Onward instaurait une lancinance, quelques notes de guitare s’enroulant autour de sons hypnotiques créant une imitation de transe, avant un final de cordes et autres percussions furieuses. Un The Weight of Gold en forme d’hymne pop cisaillé ou cet Anneka’s Battle plus apaisé sonnent comme d’autres sommets d’Engravings.
Ailleurs, l’Anglais se permet de varier les palettes : couvert de pluie, Irby Tremor connaît ainsi des intervalles où les volutes vaporeuses semblent progressivement se dissiper, pour mieux mettre en avant la lumière sombre que diffuse une haute et frêle mélodie. The Gathering, plus loin, verra l’enchaînement de voix empilées et dépourvues de considérations rythmiques et d’une ligne de basse dub.
 

Tout au long de ces dix titres, Forest Swords, sans réinventer complètement son paysage sonore, met donc en avant de nouvelles facettes de celui-ci, parfois insoupçonnées. Engravings nous refait ainsi visiter le charme résonnant que l’on trouvait dans les titres de l’artiste il y a trois ans, sans se répéter, et en enrichissant cette hypnose évanescente de nouveaux domaines. Prendre le temps d’en déceler chaque éclat est un exercice périlleux, tant le spleen est ici omniprésent, mais aussi gratifiant, tant l’esprit de l’artiste semble habiter chaque fragment de piano ou de guitare.
Au terme d’un Friend, You Will Never Learn plus uptempo et joueur, on comprend finalement le silence discographique dont a fait preuve Matthew Barnes depuis son Dagger Paths : inutile de chercher à le rompre alors que l’on a en soi une telle œuvre, expression cinglante d’une âme musicale.

 

 

Tracklist :

01. Ljoss
02. Thor’s Stone
03. Irby Tremor
04. Onward
05. The Weight of Gold
06. An Hour
07. Anneka’s Battle
08. The Gathering
09. Plumes
10. Friend, You Will Never Learn

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