Frank & Tony – You Go Girl

A peine sorti, déjà un classique : à travers une deep-house racée, Frank & Tony ont créé un mystère insoluble supplémentaire.

cover

8.2

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 7 décembre 2014 | 15:57

Tandis qu’à l’extérieur le martèlement sourd se perd dans la nuit, les cris joyeux s’estompent et s’étouffent ; mais sur le dancefloor, une unique chose demeure claire dans les esprits embués : suivre inlassablement ce rythme molletonné, stable et réconfortant. Jamais les kicks ne vous avaient emmitouflés à ce point de leur chaleur suave quasi-suffocante. Là aussi, les sons vous étouffent.

Ces kicks sourds sur lesquels vous pourriez passer vos nuits à vous agiter sont proposés tout le long de You Go Girl, album composé par le duo Frank & Tony. Anthony Collins, c’est plus d’une quinzaine d’EPs de house minimale tels que Cannibale, Joli Chat EP avec M. Villalobos ou encore son album Doubts and Shouts. Francis Harris c’est Adultnapper, c’est aussi son merveilleux diptyque deep house Leland/Minutes of Sleep (choniqué ici). Ces deux-là fricotaient depuis 2012, enfantaient quelques EPs, mais c’est cette année qu’ils ont décidé de passer aux choses sérieuses et d’accoucher d’un triple LP dénommé You Go Girl. Il est paru sur leur label, Scissor and Thread, en novembre.

 

La première impression dégagée par You Go Girl est que le duo ne fait pas dans la dentelle, même si les motifs sonores sont toujours très subtils. Voilà un superbe album fait non seulement pour les écoutes domestiques mais aussi pour le dancefloor. Les rythmes sont agiles, efficaces, les basses très profondes, mais c’est surtout cette aura spéciale qui fait mouche. D’un point de vue technique, You Go Girl n’a rien d’impressionnant, n’a pas l’ambition de révolutionner quoi que ce soit ou même de contenter les DJs et les clubbers. You Go Girl se suffit avant tout à lui-même. Malgré les kicks lourds, un bas du spectre audio très présent, une certaine finesse émane de cet album. C’est assez inexplicable et c’est parce que c’est inexplicable que cela le rend mystérieux.

Dans cette brume épaisse, l’auditeur tâtonne dans le vide, en quête de réconfort. La voix langoureuse de Gry sur « Bring The Sun » se fait alors comme la caresse d’un souvenir perdu. Mais les synthés de « Love Brut » ou les drums percutant de « Faded (Dub) » n’ont que faire de l’état de l’auditeur. Comme nous le disions précédemment, ils n’obéissent qu’à leur propre logique. La synthèse de ces éléments vient amplifier cette véritable énigme qu’est You Go Girl. Cette synthèse apparaît le plus clairement sur « Villa Seurat», véritable tuerie auditive.

 

La classe qui suinte de You Go Girl est indéniable. A travers une deep-house très club mais toujours aussi racée, Frank & Tony ont créé un mystère insoluble supplémentaire. C’est loin d’être étonnant quand on connaît la qualité des compositions de ces deux-là mais on ne peut pas s’empêcher d’être béat devant tant de maîtrise sur ce long format. En effet, une attirance irrésistible se met en place, les nappes s’agglutinent, jusqu’à ce que l’air devienne irrespirable…

NB : Nous vous avons parlé ici de l’édition digitale où ne figurent pas « Nine Cities » et « Companion », qui figurent uniquement sur l’édition physique alors que « Only By Moving » et « After Days » font leur apparition sur l’édition digitale. On en profite pour signaler la qualité exceptionnelle des arrangements effectués par DJ Sprinkles sur « Companion », qui vaut réellement le détour.

Tracklist :

01. After Days
02. Faded (Dub)
03. Bring The Sun feat. Gry
04. Villa Seurat
05. Resistance feat. Jason Poranski
06. Call Me Rain
07. Only By Moving
08. Love Brut
09. Novella

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