A. G. Cook – Apple vs. 7G

Un album remix des deux œuvres monumentales d’A. G. Cook le mène à jouer une fois de plus avec les possibilités illimitées du raffinement sonore.

Apple vs. 7G

8.0

10

Par Michaël Hallé
Publié le 1 juin 2021 | 9:10

Alexander Cook poursuit avec ce nouveau projet son travail d’excavation des potentialités de chaque morceau qu’il produit. Aucune de ces pistes n’est vouée à trouver son état définitif, et leur version originale n’a pas préséance sur leurs multiples retouches. Ainsi, diverses compilations, mixes et performances audiovisuelles sorties au cours de l’année 2020 et des précédentes nous en donnaient déjà la couleur, tour à tour grise argentée et fluo arc-en-ciel, comme les pochettes de ses sorties. À l’image de tout contenu numérique, tout y est mouvant, in flux, sujet à une infinité d’altérations.

D’emblée, la cornemuse synthétique animée par le logiciel de Caroline Polachek donne au remix de « Oh Yeah » toute sa grandeur lyrique et euphorique, que soulignent les éclats de voix de la chanteuse virtuose. Le beat drum & bass minimal qui accompagne avec humour le couplet chanté par A. G. Cook sur fond de notes de flûte désaccordée achève de rendre l’alchimie délicieuse et accueillante. Depuis ses débuts en 2013, PC Music a fait de l’absence de limites dans la recherche des plaisirs simples sa marque de fabrique et son mode opératoire. La confrontation-fusion-réorchestration des albums Apple et 7G (les deux « premiers albums » d’A. G. Cook sortis l’an passé à un mois d’écart) ne fait qu’aller au bout de cette démarche en toute insouciance, tout en témoignant de cet esprit d’accueil, celui d’une musique ouverte aux quatre vents de l’invention et de la tambouille festive, toujours conçue entre ami.e.s.
« Xcxoplex » est l’exemple impressionnant de la jonction fluide entre les aspects les plus exagérément bruitistes et éclatés de la musique de Cook et le miel langoureux de la chanson habile, menée tambour battant par Charli XCX, dont l’écriture des refrains (la science du toplining et des hooks, héritée du rap) est toujours aussi naturellement savante.
Ce disque marque aussi le retour attendu d’easyFun (alias Finn Keane, l’un des membres fondateurs du label). Il se distingue par un nouveau remix inclassable, éloigné de ses aspirations habituelles à la frénésie du dancefloor, car s’attaquant au versant « variété » des productions récentes d’A. G. Cook, qui depuis plus de cinq ans (et la sortie, étonnante alors, du fameux titre « Superstar »), use de sa propre voix sur la plupart de ses morceaux solo.
« H2O2″ invite un certain Denzel Himself à faire du morceau « H2O », une des pistes les plus intenses des 49 titres qui composent 7G, un tube de grime déstructuré qui parvient à rehausser avec malice l’énergie d’une proposition déjà débordante d’idées. De la même manière, le remix par umru de « 2021″ double la mise en saturant le mix d’un kick gabberisant au volume si élevé qu’il ne peut que nous arracher un sourire aussi complice que médusé.
La version augmentée de « The Darkness », qui pour la première fois accueille Hannah Diamond et Sarah Bonito sur une même chanson, est une merveille d’émotion où la tension est subtilement négociée, évitant les fards voyants que l’on connaît aux productions de l’une et de l’autre. C’est peut-être la plus grande réussite de ce nouveau disque en ce qu’elle parvient à l’idéal d’ascétisme dans l’affect que semblait poursuivre PC Music depuis sa création.
Le remix de « Stargon » par un Boys Noize plutôt inattendu ici opère une fois de plus la conversion d’une trame mélodique charnue, riche en déploiements furtifs et mélodramatiques, vers le banger techno caricaturalement pêchu. La célèbre productrice Doss, choisissant elle aussi de se prêter au jeu, transforme la chansonnette « Airhead » en une plage de tech house qui ressemble fort aux tubes que sortait deadmau5 il y a dix ans, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Puis c’est au tour de GRRL de saccager la partition guitaristique soignée de « Gold Leaf », pour en révéler le potentiel pop-punk à coups de matraques 808.
Entre autres réussites qu’on ne pourra pas toutes énumérer, le remix conçu par les Français Ö et Canblaster du même « Airhead » se présente comme le plus ambitieux du lot, en ce qu’il refond entièrement la structure dépouillée de la piste d’origine pour en réagencer les stems de façon particulièrement ludique et complexe. Le résultat est presque indescriptible, tant il oscille entre le headbang dégénéré et la rutilance des menus détails d’arpège.
Pour finir, le farceur en chef Max Tundra transforme le délicat « Soft Landing » en un long jam qui mêle des breaks inspirés d’Aphex Twin à des arrangements jazz synthétiques rendus dérisoires par leurs timbres délibérément carton-pâte, ce qui n’enlève rien à la finesse harmonique de la progression d’accords qu’ils tricotent soigneusement.

Dans la lignée des Pet Shop Boys qui, au sommet de leur succès dans les années 90, cherchaient à pousser les motifs club de leurs chansons pop dans leurs derniers retranchements en invitant massivement d’obscurs producteurs house à donner leur version de leurs tubes, cet album de remix, nouveau mastodonte d’une heure et demi qui s’envole sans qu’on y pense, est bien le foutoir somptueux qu’on attendait, c’est-à-dire une nouvelle occasion de faire la fête en toute innocence.

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