Gantz, Kahn & Commodo – Volume 1

Ce Volume 1 s’étend telle une incantation : plus l’écoute se répète, plus il hypnotise.

Gantz, Kahn & Commodo – Volume 1

8.8

10

Par Martin Drazel
Publié le 28 septembre 2015 | 19:30

L’annonce subtilement distillée par Deep Medi à travers l’été 2015 comme quoi trois des artistes les plus influents de la scène dubstep actuelle allaient s’allier pour un album a ébranlé les innombrables forums. S’imaginer la folie créatrice de Gantz, l’intelligence harmonique de Kahn et la colorimétrie sonique de Commodo sur un même travail commun semblait tenir du rêve éveillé. Mais non, nous ne sommes pas dans les bras de Morphée. L’album est bien là, sobrement intitulé Volume 1.

 

Les plus âgés (ou les plus innocents) d’entre vous se souviendront forcément de l’ouverture du Aladin version Disney : « plus près, approchez-vous, encore plus près… » Voilà l’effet produit par l’introduction de « AMK », premier titre de l’album. Le trio souhaite nous embarquer dans un voyage onirique au travers des secrets de l’orient et de sa basse légendaire. Après l’élan d’un rire satyrique, nous voici envoûtés par une flûte décortiquée géométriquement pour s’agencer dans les méandres d’un dubstep léché, à l’esthétique absolument indétrônable. Pourtant le morceau se permet des soubresauts inexplicables : des tirs de westerns apparaissent sans raison, les échos s’enchevêtrent et s’assourdissent ; bref l’ingéniosité du trio transparaît, et ce durant tout l’album.

« So Familia » détient cette mélancolie passive axée autour d’un skank étrange et d’un rythme tout en frottements contrôlés. Impossible de douter de l’immense inspiration du trio, tant chaque morceau (même les plus courts) sont remplis d’interventions, de voix fantomatiques, de samples inconnus et d’une ambiance de fond rappelant inlassablement la danse du ventre et l’odeur du safran. Volume 1 s’étend telle une incantation : plus l’écoute se répète, plus il hypnotise, ne laissant aucune liberté à l’auditeur d’avoir autre chose en tête.

« Kibosh » se permet même de rendre la formule tout à fait dansante, en réussissant tout de même à garder l’absurdité latente de ces interventions sonores, ces cris caverneux ou soudains, tous ces petits personnages qui composent le premier volume de cette fable. Les dernières notes de « Kibosh » se permettent même un petit rappel de médina, pour bien souligner le contexte berbère omniprésent.

« Crystal collect » rappelle à l’ordre le talent de Commodo pour composer des lignes de basses infernales et les distordre à loisir. On retrouve dans ce morceau une approche plus efficace et moins mélodique que ceux du premier disque, même si on y reconnaît ça et là les vocales ténébreuses de Gantz ou encore la science des lignes de basses que garde précieusement Kahn. Mais c’est bel et bien l’esthétique de Commodo qui reprend le dessus à la moitié du morceau, faisant réapparaître ce reese entêtant qu’il utilisait déjà sur le Space cash EP. Ce titre est un parfait exemple d’une collaboration efficace et intelligemment menée, à l’instar du reste de l’album.

« Bitchcraft » réutilise l’univers rempli d’arabesques spécifique à Gantz, notamment grâce à ce jeu de violons jonglant sur une basse sourde dont Kahn a le secret. Le trio relance le rituel sans y délaisser le sens ni la musique, prouvant l’étendue de leurs talents combinés. On termine cette traversée d’un désert fantasmagorique avec un « Unmistakable », qui porte bien son nom tant il est difficile d’omettre cette superbe note finale d’un voyage inoubliable. Jouant sur une structure jonchée de caisses-claires et une vocale répétant inlassablement le titre du morceau, « Unmistakable » porte en lui cet élan interminable qui avait fait l’énorme succès du « Spry Sinister » de Gantz. A nouveau, le trio termine le morceau d’une façon étonnante, rappelant les sonorités orientales pour y agencer leurs rythmes inimitables.

 

Ce Volume 1 répond donc à toutes les immenses attentes qu’il suscitait. Gantz, Kahn et Commodo nous livrent un premier opus à la fois riche et indéniablement dansant, que l’on peut considérer comme un tournant dans la jeune histoire du dubstep. Personne, à part eux, n’est capable d’une telle profusion musicale tout en préservant l’identité de chacun. Là où certaines associations d’artistes sonnent souvent comme l’influence principale d’un seul sur les autres, le trio a réussi l’exercice périlleux de créer une musique à trois dans laquelle on peut retrouver leurs univers respectifs. Bravo, chapeau, et vivement le volume 2 !

 

 

Tracklist :
1 AMK
2 So Familia
3 Kibosh
4 Crystal Collect
5 Bitchcraft
6 Unmistakable

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