Grouper – The Man Who Died In His Boat

Quelle surprise d’entendre sur cet album de chutes la cohérence de son premier style, folk, mélancolique, déjà ambient, déjà shoegaze, mais pas encore noyé dans des mégatonnes interstellaires de reverb.

Grouper-The-Man-Who-Died-In-His-Boat

8.1

10

Par Alexandre Aelov
Publié le 20 février 2013 | 17:59

Grouper, cet étrange sentiment de disparition. Grouper, ce monôme spectral qui en 2011 asseyait toute la puissance évocatrice de sa composition en deux piliers iridescents : AIA Alien Observer et Dream Loss, sortis côte à côte. Grouper, cette énigme musicale à la croisée des genres sous un voile de fausse douceur, nuit terrible en son linceul d’innocence. Reconnaissance méritée pour Liz Harris à qui Kranky fait l’honneur d’une réédition de Dragging A Dead Deer Up A Hill, datant de 2008, à l’ombre duquel sont nées les tracks, inédites, de cet album.
C’est un souvenir d’enfance figé, un souvenir de jours s’écoulant sur cette vision d’un bateau échoué sur la plage, qu’elle a vu petit à petit vidé de son contenu, seul les teintes du ciel et les marées changeant jour et nuit sur ce cadavre de bois. C’est une évocation qui change d’angle à chaque morceau. C’est un temps retrouvé. C’est un temps qui mérite qu’on le partage avec vous.

Quelle surprise d’entendre sur cet album de chutes la cohérence de son premier style, folk, mélancolique, déjà ambient, déjà shoegaze, mais pas encore noyé dans les mégatonnes interstellaires de reverb folles qui feront la brume caractéristique des productions plus récentes. La guitare devient centrale, comme sur Vital, Cloud in Places, ou Cover the long way, mais jamais gratuite, sa texture même se faisant sublimée ; ça sent le bois, le métal, l’intimité simple et organique de l’instrument qui porte et soutient une voix qui n’en finit pas de fuir. Se dédoublant, se triplant, harmonisée, à travers elle c’est le fantôme de Liz Harris en clair obscur qui habite ce lieu du souvenir.
Towers, sur laquelle la voix se fait la plus limpide, montre peut être mieux qu’aucune autre track la tension fragile qui tient chaque chose et chaque ombre sur cet horizon sonore. Horizon, celui de la plage vue depuis cette maison de bord de mer, plage sur laquelle ce bateau attend le temps, bateau que l’on contemple depuis cette chambre dont on sent l’espace cru qu’on croit entendre dans la production minimaliste, quasi lo-fi, homemade, du morceau éponyme.
Si Being her Shadow anticipe ce qui fera le style actuel de Grouper, l’intro 6, tout comme Difference (voices), nous livrent des perles de drones subtilement exécutées, écartelées entre l’angoisse profonde (Vanishing Point) et les tendres abîmes océaniques (STS) dont est fait cet album. Presque comme une évidence, Living Room clôt le récit sur une balade à la nostalgie intacte.

Impossible de quitter un album de Grouper sans amertume. Celui ci ne déroge pas à la règle. Tout ce que peut raviver cette voix, tout ce que la musique de Grouper, nous ramenant à ses premières influences folk, peut évoquer de mélancolie et de tendresse triste, cet album d’inédits le transfigure sans faute, avec tout le sel d’une composition toujours intimiste, jamais légère. Le temps, la fuite des nuages, la lune et le matin sur la plage, parce que rarement musique aura aussi bien incarné la persistance de la mémoire.

 


 

Tracklist :

1) 6
2) Vital
3) Cloud in places
4) Being her shadow
5) Cover the long way
6) Difference (voices)
7) Vanishing point
8) The Man Who Died In His Boat
9) Towers
10) STS
11) Living room

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