Hecq – Avenger

Mr. Boysen met les deux pieds dans le plat.

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8.0

10

Par David Robert
Publié le 14 septembre 2011 | 22:57

2010 et 2011 ont été marquées par l’explosion du mouvement dubstep et sa prolifération incroyablement rapide. Et si de nombreux acteurs se sont penchés sur le sujet, faisant découler de nombreuses ramifications au sein dudit style depuis près de 10 ans, celle qui fait actuellement le plus de bruit au sein de l’hexagone est surement le dubstep filthy, gorestep, brostep, ou autant d’appellations pour dénommer la veine dans laquelle se complaisent des bonhommes comme Skrillex, Borgore etc.
Mais le dubstep ne saurait se limiter à cette frange dégoulinante. Malheureusement, le fait est que le mouvement initié au début des années 2000 à Londres est tellement envahi, est tellement saigné et semble tellement tourner en rond vu de l’extérieur que la simple évocation du mot entraine parfois un mouvement automatique de répulsion.
Pourtant se tourner vers le dubstep n’est définitivement pas vendre son âme au diable, car à l’image de David Guetta ou des compiles ibiza qui ne représentent en rien la House Music, il ne peut être représenté exclusivement par une poignée de types plus ou moins intéressants. Il suffit de se pencher sur des labels comme Tempa, Hotflush, Hyperdub, ou encore de manière plus distillé Ad Noiseam ou ohm Resistance pour voir que la qualité peut largement être au rendez vous.
Et pour l’heure cette qualité est représentée par Hymen avec le dernier album de Hecq.

Est-il déplacé de voir Hymen sortir cette galette ? Pas tant que ça non, car rappelons ce sub-label de Ant-Zen a accueilli quelques release de celui qui est parfois considéré avec du recul comme un des précurseurs en la matière : Scorn, et que quelques uns des artistes y logeant montrent un réel intérêt pour le dubstep (Karsten Pflum, …).
Est-il étonnant alors pour celui qui nous avait gratifié du superbe album orienté dark ambient “Nightfall” en 2008 de retourner ainsi sa veste ? Pas vraiment non plus, car Ben Lukas Boysen de son vrai nom avait démontré avec “Sphere Of Fury” (chronique ici), “Sura” et quelques remixes (à l’image de celui inclus dans l’album de remixes de Photophob) son penchant pour le wooble avec une superbe réussite.
La ligne était donc parfaitement tracée pour le long format. Mais Hecq ne fait pas que suivre tranquillement cette nouvelle auto-route, il enfonce véritablement la pédale jusqu’à en faire cramer l’asphalte. Les lignes de basses aux textures organiques et rugueuses au possible, pouvant rappeler un peu la patte de Noisia, se dispersent comme des corps autonomes avec une fureur bougrement flippante, avant d’être réhapées par la machine.
Une sorte d’êtat borderline permanent, l’explosion totale du système semblant n’être empêchée que par un fil. Aussi puissantes soient les déflagrations incessantes qui envahissant l’espace, plongeant celui dans un chaos peut recommandable, tout est maitrisé avec une une précision chirurgicale, à l’image de la rythmique aux contre-pieds, ou plutôt aux pièges à loups, 2-step permanents et fortement alimentés de glitchs. Les nappes qui sont juxtaposées au milieu de ce champ de bataille font apparaitre une sorte de double-jeu fascinant. Dans ces moments là, le No Man’s Land est alors illuminé d’un arc-en-ciel salvateur, preuve en est que l’homme n’a pas tiré un trait sur son passé.

“Si les regards en arrière nous feront tout de même fortement espérer que ce grand écart n’est pas à sens unique, il faudra avouer que quand Hecq décide de poser un pied en terre dubstep, c’est le continent entier en ressent les secousses, faisant trembler par la même occasion toute une scène qui se doit de courber le dos à son passage ». Voilà une conclusion tirée de la chronique de l’ EP “Sphere Of Fury” qui sied encore à ce nouvel album, et premier dans cette veine. La seule différence tient du fait que Mr Boysen met cette fois ci les deux pieds dans le plat, multipliant ainsi d’une manière presque mathématique les conséquences.

Tracklist :

01 Bete Noire
02 Elliott Calls (Interim)
03 With Angels
04 Pulverized
05 Bane
06 Shutter
07 Lynn And Nicolas Call (Interim)
08 Nihilum
09 Suture (With Matta)
10 Reprise
11 Bane (Septic Insurgent Remix)
12 With Angels (Trifonic Remix)
13 Bane (Architect Remix)
14 Nihilum (Anxst Remix)
15 Bete Noire (Deadfader Remix)

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    6 Comments

    1. Ed Loxapac 15 septembre 2011 at 1:34

      Belle chronique. Mais sinon, faut vraiment pas dire que Scorn fait du dubstep. Ce serait une infamie. Merci.

    2. David Robert 15 septembre 2011 at 8:07

      Ce n’est pas ce qui est noté non, le terme « précurseur » montre qu’il ne fait pas vraiment partie de ce mouvement, mais qu’il y a quand même pas mal de choses dans les albums de Scorn depuis le début des 90s qui se retrouvent dans le dubstep d’aujourd’hui.

    3. Roger 15 septembre 2011 at 1:22

      Très bon album à mon goût et bonne chronique David. Je sais à quel point c’est long de pondre un article comme celui-ci. Merci.

    4. Gilles 17 septembre 2011 at 5:45

      La cover rend vraiment bien aussi!

    5. […] parus sur Hymen, que dans un registre dubstep/idm sous testostérone avec l’immense Avenger (chronique ici) ou encore Sura et Enceladus, 2 EP pressés par Ad Noiseam. C’est avec Gravity, la dernière […]

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