Homemade Weapons – Negative Space

Œuvre puissante et sans concessions, Negative Space signe avec brio la régularité et le parti-pris d’un artiste hors-normes.

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8.8

10

Par Martin Drazel
Publié le 7 décembre 2016 | 7:45

Homemade Weapons (dont nous sommes très fiers d’avoir un podcast) est progressivement entré dans le panthéon de la drum & bass à grands renforts de simplifications et d’aplanissements du style. Sa patte atypique, combinant percussions fiévreuses, interventions junglistiques et ambiances sinistres lui a valu une place de choix dans l’armada de Samurai Music, label sur lequel il signe son premier album : Negative Space.

Dès les premières mesures de « Hawkeye », nous sommes en terrain conquis. Pas le temps de reprendre son souffle, le style acéré et diablement efficace de l’Américain explose dans nos tympans sans aucune sommation. Véritable défilé technique, ce morceau d’introduction est construit autour d’une myriade de samples déconstruits et entrelacés avec l’efficience d’un vétéran de l’armée des enfers. Cette intensité occupe une large moitié de l’album. On la retrouve notamment sur l’imposant « Ironhead » aux sonorités sales entrecoupées de bips dysfonctionnels, ou encore sur le compulsif « Tidal Track » ainsi que la version VIP de « Conduit », qui s’approche d’une recette classique tout en y incorporant ces découpes jungle dont Andre Delgado a le secret.
Il est pourtant impossible de cantonner sa musique à des variations d’une technique reproduite à loisir. Ce serait omettre l’intérêt musical et rythmique de l’immense travail accompli avec son propre label, Weaponry, de même qu’isoler cette science de la minimisation, revers d’un couteau aiguisé à l’extrême.

Negative Space laisse la part belle à ce goût de la retenue, que l’on retrouve sur ces morceaux à quatre mains jonchant l’album. « Retina », premier exposé de cette technique imparable, voit les forces de Delgado s’associer avec celles de son compagnon d’armes, Red Army. Les deux compères ont déjà signé quelques EPs sur Weaponry, encensés par la critique pour la qualité de leur production. Ce morceau ne déroge pas à la règle : bruitages de champ de bataille, rythme martial et design sonore impeccable, tout y est. « Spasmolytic », « Echoes » et « Malice » jouent aussi avec les codes en entremêlant la lourdeur d’une jungle modernisée à des textures sonores boueuses, voire polluées. Cet équilibre fragile ressemble aux lignes de défense des grandes guerres : à la fois intimistes et dérangeantes. Homemade Weapons impose ainsi son style unique, car aucun morceau de cet opus ne se prétendra lumineux ou harmonique. La basse n’existe quasiment plus, reléguée au rang d’appui rythmique, assénant de grandes patates de sub en plein visage, à l’instar de « Third Rail ».

Il reste un dernier aspect qui transpire dans cet album : l’envie profonde de l’artiste de revisiter et dépoussiérer la jungle. Quoi de mieux que l’un des derniers soldats du genre, le Canadien Gremlinz pour aider Delgado dans cette mission ? Leur « Jawbox » est un véritable hommage à cette musique qui a envahi les hangars anglais fin 1990. Ici l’importance est donnée à la caisse-claire, découpant le spectre fréquentiel avec l’abnégation d’un colonel ne se rendant jamais, même à l’évidence. « Red Herring » est aussi un bel exposé de l’invasion militaire qui se profile sous nos oreilles, avec ce traitement guerrier de samples jonchés telles des invectives durant un briefing digne de Full Metal Jacket. Cette cartographie d’une terre ennemie se termine en apothéose avec le puissant « Killing Moon », combinant à lui seul toute l’excellence de l’album, laissant sur son passage moult cadavres d’opposants à ce totalitarisme musical décomplexé.

Œuvre puissante et sans concessions, Negative Space signe avec brio la régularité et le parti-pris d’un artiste hors-normes qui se moque bien des canons de la drum & bass. Homemade Weapons délivre la consécration de son approche sans pareille, triomphe amplement mérité au vu de la qualité constante de ses productions. Cette relecture du genre est pleinement nécessaire pour éviter la stagnation d’une musique en perpétuelle évolution.
Convertissez-vous, sinon la brigade de l’Américain le fera pour vous !

Tracklist :

1 : Hawkeye
2 : Spasmolytic
3 : Retina – ft with Red Army
4 : Ironhead
5 : Echoes
6 : Tidal Track
7 : Malice
8 : Jawbox – ft Gremlinz
9 : Conduit VIP
10 : Red Herring
11 : Third Rail
12 : Killing Moon

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