Huerco S. – Colonial Patterns

Plaines désertiques à perte de vue et paysages lunaires

sft037

7.9

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 25 octobre 2013 | 15:17

Plaines désertiques à perte de vue et paysages lunaires : voilà le programme. Premier album de l’Américain Huerco S., que vous aurez peut-être reconnu après ses Eps du côté de chez Opal Tapes ou Future Times, Colonial Patterns paraît cette fois sur Software Records, le label tenu par Daniel Lopatin.
L’association des deux noms n’est pas anodine : on retrouve tout au long de cette heure trouble un attrait certain pour les sinusoïdes granulaires de synthétiseurs analogiques qui n’est pas sans rappeler les premières heures d’Oneohtrix Point Never . Les comparaisons s’arrêteront là, car ce rétrofuturisme se double chez Huerco S. d’un soin particulier apporté à des beats en état de décomposition.

 

D’une extrême lenteur dans la plupart des cas, ceux-ci jouent néanmoins le rôle de seule bouffée d’oxygène au sein de pistes voyant l’air se raréfier, à l’instar d’un « Plucked From the Ground, Towards the Sun » perturbant votre équilibre, le battement cardiaque pesant soutenant le morceau restant l’unique source de stabilité à laquelle se rattacher.
L’atmosphère se trouve également parasitée par des vagues de grésillements, par exemple sur un trébuchant « Anagramme of My Love », évoquant une présence lointaine et indistincte. Un vague sentiment de menace et d’oppression se développe peu à peu, sans jamais quitter le domaine du suggéré.

Huerco S. n’oublie néanmoins pas de ménager quelques plages de répit : la lumière vient par exemple inonder un « li Zhiid » imprévu. Mais le retour à la solitude n’est jamais très loin : l’excellent « Quivira » joue ainsi sur le surgissement d’ondes synthétiques dans une seconde partie venant complètement bouleverser l’ambiance du titre. « Monks Mound (Arcology) », de même, s’échappe pour une fois de la contrainte rythmique pour vous encercler d’une brume grise et nostalgique.
On pensera souvent à un Actress, sur « Skug » Commune en particulier, pour la forme de ces carrés sonores paraîssant découpés dans un matériau sans véritable début ni fin, n’évoluant que peu ou sans prévenir. « Hopewell (Devil) » apparaît ainsi comme une fenêtre sur une boucle s’extrayant du temps, ayant son existence propre.

Il est néanmoins impossible de réduire ce Colonial Patterns à des comparaisons vis-à-vis d’autres artistes, tant un sentiment unique se dégage du disque. Mélangeant avec succès les palettes – « Prinzif » associe ainsi une mélodie ouvertement synthétique à des pads vaporeux –, Huerco S. parvient ainsi à en tirer une unité regroupant l’ensemble du disque.
« Colonial Patterns » s’affirme donc inclassifiable et résolument intriguant. Que vous soyez ou non amateur de musiques atmosphériques au sens large, ce premier jet vaut donc le détour pour la sensation singulière qu’il distille, mêlant un sentiment de solitude à une certaine chaleur. Les chances sont par ailleurs fortes pour qu’une fois ce détour effectué, « Colonial Patterns » suscite une certaine addiction, tant tenter d’en percer le mystère se révèle passionnant.

 

Tracklist :

01. Struck With Deer Lungs
02. Plucked From The Ground, Towards the Sun
03. Quivira
04. Anagramme of My Love
05. ‘li Zhiid
06. Ragtime U.S.A. (Warning)
07. Monks Mound (Arcology)
08. Prinzit
09. Hopewell (Devil)
10. Fortification III
11. Skug Kommune
12. Canticoy
13. Chun-Kee Player
14. Angel (Phase)

Vous aimerez surement

    2 Comments

    1. […] que celle de l’esprit de son fondateur, Daniel Lopatin. Après les expérimentations de Huerco S. et de Thug Entrancer, c’est le beatmaker californien Napolian qui est convié pour un album. […]

    Leave a comment

    Articles populaires

    Chargement des articles...
    Le chargement des articles a echoué, une nouvelle tentative va être effectuée automatiquement dans 5 secondes.

    Back to Top