Hybris – Emergence

Hybris explose ses chaines et libère tout son potentiel sur une oeuvre qui dépasse largement son étiquette drum n bass

Hybris - Emergence

8.5

10

Par Martin Drazel
Publié le 6 octobre 2014 | 11:13

Hybris fait partie de ces agitateurs qui ont défriché la drum & bass. Après de nombreux maxis remarquables et remarqués sur différents labels comme Modulations (sous-label de Critical), Blackout, Metalheadz ou encore Disptach, le producteur américain basé en République Tchèque revient chez Invisible (après quelques morceaux et surtout un EP mémorable) pour son premier album : Hybris – Emergence.

 

Le ton est de suite donné avec ce « Timeloop » à l’efficacité dévastatrice. Cette ligne de bass mi-organique mi-mécanique devrait aisément soulever les foules. Dès le second morceau, Hybris nous emmène dans ces aventures sonores qui ont fait sa renommée. « Mind grind » débute sur un sample de fermeture d’une porte automatique, pour nous embarquer dans une folie half-step dont lui seul sait y introduire une ligne de bass si puissante.
L’imagination artistique du projet en est le principal vecteur. En effet, sur sa page Evan Vischi décrit de nombreux extraits de l’album, distillant images et métaphores étranges pour mieux s’imprégner de son univers. Pour exemple, « Zkouska siren » y est dépeint comme l’assemblage d’une porte grinçante, la tronçonneuse de son beau-père, leur chien à mauvais caractère, un étrange oiseau et des essais de sirènes à Prague.

Le travail de visualisation sonore est très bien rendu tout le long de l’album, donnant à cet « Emergence » une véritable dimension cinématographique. Les productions d’Hybris ne semblent pas se contenter de recettes simplistes, et lorsque ça s’en approche, à l’instar de « Night boss », la composition change et évolue systématiquement et impulsivement. Cette recherche du variable permet à des morceaux aux structures souvent basiques de prendre une autre tournure, et ainsi d’éviter l’écueil de la répétition à outrance (cf « Subversion » et « eWaste »).

 

Le milieu de l’album distille toute la science d’Hybris lorsqu’il s’agit de générer du groove à partir de déstructurations. Chapeau-bas pour ce « Garbage truck » totalement dingue dont on ne peut vraiment dire s’il est dansable ou écoutable. A la fois rempli de distorsions, entrecoupé de samples jungle et possédant une puissance indéniable, ce morceau risque d’oblitérer tout sound-system, et la foule qui va avec ! On retrouve ce pointillisme chirurgical sur « Tweakers », où la paterne rythmique pousse au respect tant l’artiste se joue des codes pour dessiner un tableau proche du cubisme auditif. Pourtant, Evan Vischi ne s’arrête pas là.

Tout autant à l’aise sur des tempos plus lents, il simplifie sa formule pour pondre quelques morceaux proches du dubstep ou de la bass music anglaise. Ainsi, « Call me Chuck », « Aurora » ou encore « So yum » sont bien plus accessibles, tout en gardant ces sonorités robotiques, constante de l’artiste. Le morceau le plus abouti dans cette catégorie restera « Northeast groove », dont le mélange entre synthés un peu rêveurs et cette vocale pitchée marquant les caisses claires procure une réelle envie de sauter partout. Pour l’anecdote, Hybris décrit ce morceau comme ce que pourrait donner la musique DC go-go produite par des robots savants en 2140.

Il nous reste à se pencher sur ces deux interludes, « Chemical winds » et « Nebulous twin », remplies de drones suspendus et de violons déformés. Elles ponctuent l’intensité de l’album, permettant à l’auditeur de s’évader quelques secondes de cette oppression sonore qu’impose notre scientifique fou. « Every day away », le final de l’album, nous laisse sur une note plus légère et ensoleillée, nouvelle preuve de la versatilité du producteur.

 

Cette œuvre semble avoir largement dépassé son appellation d’origine. Nous n’assistons pas à l’émergence d’Hybris, mais plutôt à sa libération. Détaché des besoins de tel ou tel label, et totalement libéré par la confiance d’Invisible, Evan Vischi nous démontre tout son panel, surfant sur différents tempos et différentes ambiances, toujours avec cette étonnante capacité à décortiquer ce qui aurait pu être cyclique. Ce genre de renouveau est salvateur pour la drum & bass, il empêche ce style de sombrer dans des formules lassantes.
Bravo donc à l’artiste, sa vision se doit d’émerger bien plus loin qu’un unique album. Vivement la suite !

 

 

Tracklist :

01. Timeloop
02. Mind Grind
03. Call Me Chuck
04. Night Boss
05. Aurora
06. Chemical Winds
07. Garbage Truck
08. Subversion
09. Zkouska Siren
10. Northeast Groove
11. Tweakers
12. Nebulous Twin
13. So Yum
14. Ewaste
15. Every Day Away

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