Igorrr – Hallelujah

Imbroglio d’ambiances et de couleurs tantôt funestes tantôt célestes.

adn165

7.9

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 21 janvier 2013 | 18:57

Quand on a vu qu’Igorrr, aussi surnommé Gautier Serre et moitié de Whourkr, sortait un nouvel album, un sourire caustique s’est dessiné sur nos lèvres. On ne sait pourquoi, mais on a toujours imaginé Igorrr comme un monstre très semblable à la pochette de Nostril : le sourire sardonique, en train de composer sa musique de dément dans son château lugubre en Transylvanie.
Ses albums ont toujours été des sortes de défouloirs contre le monde moderne et ses conventions primitives.
Hallelujah, sorti en décembre sur Ad Noiseam, ne fait certainement pas exception, la pochette se suffisant à elle-même pour souligner le côté anarchique des productions. Blasphématoire, profane ou autre, ce qui est sûr c’est que Gautier Serre n’y va pas avec le dos de la cuillère. Mais aussi paradoxale que cela puisse être, on aime ça (enfin un peu de franchise dans un monde d’ores et déjà sans queue ni tête).

Cela faisait déjà un petit moment qu’on avait pas jeté une oreille sur quelque chose de semblable à Petit Moineau. Igorrr exploite avec justesse les mélodies classiques et les incursions rythmiques, rappelant un court instant Venetian Snares. Mais c’était sans compter la véritable folie du français. Le morceau s’envole à 2:45 et vient totalement exploser devant nous, dévoilant enfin sa magnificence qui nous frappe de plein fouet. Un véritable feu d’artifice : voilà comment définir le mieux ce tohu-bohu diablement bien organisé. Les riffs métalleux s’ajoutent en suivant au concert mais ne dénaturent pas pour autant la symbiose à laquelle on assiste, symbiose purement addictive dans ce monde neurasthénique.
Les paysages changent du tout au tout et l’imprévisibilité est totale même après plusieurs écoutes. Absolute Psalm, ou comment comment désacraliser définitivement toute religion, illustre parfaitement ce propos. Les influences sont trop nombreuses pour être fidèlement recensées : un peu de smooth-jazz, de musique folkloriques slave sur Vegetable Soup, voir des ersatz de flamenco sur Cicadidae… Un ensemble disparate, mais quand même cohérent. Car ce délire psychotique n’est peut être pas si désordonné que ça au final. Quoi que.
Les morceaux contenant des clichés sont assez nombreux. Les voix stridentes ou gutturales soutenue par des riffs électriques bien gras comme sur Grosse Barbe ou Lullaby for a Jellyfish viennent ici caresser avec une dose d’humour les adeptes du signe des cornes. Comment alors prendre au sérieux Igorrr ? Et bien, ne le prenez tout simplement pas. Comme à son habitude, Igorrr se moque de tout et y compris de vous. Les conventions ? Supprimez-les, laissez-vous aller. Faites ce que vous avez envie de faire quand vous le voulez. Dites merde au monde et à sa normalité. Tout simplement.
Son album est une satire du cosmos et de Dieu. Peut-être que Corpus Tristi, entre piano désabusé et glitchs syncopés, feint de nous laisser apercevoir une certaine harmonie tandis que la solitude nous prend jusqu’à la gorge. Mais tout n’est finalement que vapeurs sublimées.  Et quand ce foutoir prend fin sur une note plus sombre avec Infinite Loop, on se dit qu’on est qu’on est quand même pas loin du masochisme.

Igorrr parvient à jongler habilement avec notre esprit, à l’aide de ce patchwork des plus déconcertants. Entre genèse et apocalypse, névrose et psychose, taré et génial, Hallelujah se révèle être un précieux médicament contre la fatigue et la mauvaise humeur, et ne manquera pas d’éclairer un peu votre insignifiante vie.Plus abouti que Nostril, il est à déconseiller cependant à ceux qui ont les maux de tête faciles : cet imbroglio d’ambiances et de couleurs tantôt funestes tantôt célestes épuisera les plus faibles. Dans son joyeux bordel, Gautier aura tout de même prouvé que la grâce peut-être profane, et pour cela : béni soit-il.

Tracklist :

1. Tout Petit Moineau
2. Damaged Wig
3. Absolute Psalm
4. Cicadidae
5. Vegetable Soup
6. Lullaby for a Fat Jellyfish
7. Grosse Barbe
8. Corpus Tristis
9. Scarlatti 2.0
10. Toothpaste
11. Infinite Loop

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