Ikonika – Aerotropolis

Aerotropolis vaut le détour : comprenant tout aussi bien des titres parmi les plus hédonistes de l’année et d’autres pointant l’envers du décor…

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8.0

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 24 juillet 2013 | 12:55

Nous avions laissé Ikonika sur I Make Lists, maxi paru sur son propre label Hum + Buzz l’an dernier après un hiatus de deux ans, qui se révélait contrasté tout en ouvrant des perspectives nouvelles. Contrasté, car l’Anglaise, tout en sachant toujours nous offrir des bombes supersoniques à l’instar de ce Cold Soaking, semblait aussi parfois basculer du mauvais côté de ses leads. Perspectives nouvelles, car si la touche de l’artiste, à base de textures vidéoludiques et autres synthés flashy, restait sensible, celle-ci s’incarnait dans des structures nouvelles.
Un an plus tard, on retrouve donc Sara Abdel-Hamid pour un second album ayant la lourde tâche de succéder au renversant Contact, Love, Want, Have de 2010. Aerotropolis, qui la voit revenir à sa première maison Hyperdub, poursuit l’exploration des brèches ouvertes il y a douze mois, tout en dissipant les doutes qui s’y trouvaient associés.
 

Dès le single Beach Mode en effet, qui succède à une brève introduction, un changement se fait sentir : au-delà de la présence, pour la première fois dans un de ses titres, d’une voix – celle de Jessy Lanza, dont le premier album est attendu sur le label de Kode9 d’ici quelques mois –, on sent Ikonika comme libérée des patterns dans lesquels sa musique se trouvait imbriquée jusqu’alors.
Comme si l’artiste avait pris de la distance par rapport à ses propres titres pour mieux laisser éclater sa personnalité musicale, et nous proposer par la même occasion le single estival que l’on attendait d’elle : ligne de basse disco, synthés lunaires au diapason du chant, groove infaillible, orchestrant un titre imparable.
Tout semble en place, donc : finie l’instabilité chronique du génial R.E.S.O.L., où l’agonie d’une Game Boy planait sur un wobble rattaché tant bien que mal aux rythmiques. Toute la palette sonore de l’Anglaise semble désormais rigoureusement encadrée dans les structures de ses morceaux, à l’image de la sublime pochette du disque et de ses angles droits sans fin. Chez certains, cela pourrait résulter en un excès de rigidité ; chez Ikonika, l’effet est de faire exploser l’efficacité des quatorze titres de l’album. Des pistes telles que Lights Are Forever ou Eternal Mode – figurant toutes deux parmi les meilleures du disque –, semblant directement sorties de l’OST d’un jeu vidéo Megadrive, en ressortent magnifiées, éclatantes.

Il y a, bien sûr, une part de dystopie dans cette vision, là aussi illustrée par l’artwork, de blocs bien fermés, hermétiques, sans la moindre ouverture sur l’extérieur. L’intelligence d’Ikonika, qui s’affirme influencée par le film Gattaca, est précisément de laisser percer cette part de ténèbres : s’il est difficile de qualifier l’album autrement que par le mot fun, il serait réducteur d’en faire un bloc euphorique monochrome.
A partir de son inimitable univers sonore – synthés cheap, basses old school, bleeps 8-bit –, Ikonika parvient ainsi à créer diverses ambiances, dont certaines peu explorées jusqu’alors : la seconde partie du disque semble ainsi se laisser progressivement recouvrir d’ombre, au travers de titres plus sombres que d’accoutumée. Mega Church applique ainsi la formule halfstep, nous rappelant l’univers dubstep d’où provient l’Anglaise, à un tempo house, pour un effet pesant inédit chez elle. Completion V.3, premier titre mettant en œuvre cette atmosphère sur le disque, est même dénué de tout rythme.
D’un Mr Cake évoquant la bande-son de Sonic 2 au dark Backhand Winners, on trouvera donc bien des choses dans cet Aerotropolis : conformément à ses intentions, c’est bien un monde qu’a ici créé Ikonika. Mais derrière chacune de ses pièces, on retrouve bien trace de l’auteure : que ce soit dans les basslines implacables ou dans les lignes de synthés aériens, son talent mélodique traverse l’album. Un unique exemple pour s’en convaincre : Zen Sizzle, point d’aboutissement du disque et dont la mélodie risque de ne pas vous lâcher de sitôt.
 

Si plusieurs écoutes peuvent être nécessaires à en démêler tous les fils – ou tout simplement à accepter certains synthés parmi les plus cheap –, Aerotropolis vaut donc le détour : comprenant tout aussi bien des titres parmi les plus hédonistes de l’année et d’autres pointant l’envers du décor, ce second album d’Ikonika est donc à la fois tout simplement fun, mais aussi bien plus.

 

 

Tracklist :

01. Mise En Place
02. Beach Mode (Keep It Simple) (feat. Jessy Lanza)
03. Mr Cake
04. Practice Beats
05. Eternal Mode
06. Completion V.3
07. Manchego
08. Let A Smile Be (Y)our Umbrella
09. Lights Are Forever
10. Mega Church (feat. Optimum)
11. Cryo
12. Backhand Winners
13. You Won’t Find It Here
14. Zen Sizzle

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