Inigo Kennedy – Vaudeville

Inigo Kennedy nous met à genoux en sortant ce qui est pour l’instant une des plus belles réalisations techno de l’année

TOKEN43CD:TOKEN43LP - Inigo Kennedy - Vaudeville

8.6

10

Par David Robert
Publié le 4 juin 2014 | 13:26

De fait, la musique d’Inigo Kennedy a toujours eu autant à faire avec l’expérimentation qu’avec le club. Même dans ses premières releases, où les rythmiques galopaient à des vitesses bien plus élevées qu’actuellement, et où il était coutume de construire des monolithes techno, l’artiste prenait soin d’implanter quelques fractures rythmiques, des textures cutées et torturées semblant ainsi provenir d’un univers de science fiction. C’est avec cette empreinte particulière, entre techno brassant les écoles et Intelligence Dance Music, qu’il a brillamment avancé (en sortant un nombre assez hallucinant d’EPs) et sous lequel il continue d’exceller.

Récemment, bien qu’on puisse avoir en tête divers titres techno à la force de frappe bétonnée non négligeable (« Chamber »…), les releases plongeant corps et âmes dans l’electronica et l’ambient nous viennent tout aussi bien (et sûrement mieux même) en mémoire, à l’image de l’album « September Pieces » mais aussi de ses nombreux EPs sur un label qui incarne parfaitement cette dualité : Token Records. Et c’est sur ce dernier qu’il vient tout juste de sortir son nouvel album.

On l’a dit, Innigo Kennedy est un boulimique de production. Mais ce rythme effréné ne se retrouve pas dans ses albums, puisque ce nouveau long format n’est « que » le cinquième d’une discographie gargantuesque qui compte, on l’apprend dans sa bio, plus de 100 releases (ce qui n’est finalement pas franchement étonnant étant donné qu’il s’approchait du cap des 50 à la sortie de « The Bigger Picture » en 2001). Quatre ans sont en effet en moyenne nécessaires à l’homme pour préparer la sortie d’un album; tout du moins c’est l’intervalle qui se retrouve entre chaque sortie de ce format. Le dernier en date, le somptueux « September Pieces » faisait comme évoqué plus haut la part belle aux paysages electronica et introspectifs.
Aujourd’hui, Inigo Kennedy vient  rétablir la balance de sa dualité en sortant un opus techno (mais non sans être désenclavé) qui n’est ni plus ni moins qu’un monument.

 

Là où son théâtre prend sens, c’est dans la superbe nuance de ses ambiances et des sentiments qui se dégagent de chacun des titres.

L’entrée se fait par le biais de nappes atmosphériques qui offrent un paysage ésotérique et un brin sinistre. Le ton est donné dès les premières lignes donc. Si pièce Vaudeville il y a en cet album, alors elle tire bien plus du côté dramatique du genre que du côté comédie.
Petit à petit les rouages techno vont se mettre en marche. Naissante et un peu retirée sur l’équivoque « Birth » qui infuse toujours un ton grave de par ses strates zébrant le morceau, la rythmique va à partir de là insuffler sa cadence. Si elle prendra des structures parfois plus offbeat comme sur « NGC5128 « , parfois plus martiales et des couleurs parfois feutrées, parfois plus intenses, elle structurera l’album jusqu’à son terme.
Ce n’est donc pas tant dans sa gymnastique rythmique qu’Inigo va laisser s’exprimer sa faculté à multiplier les horizons dans un même ciel. Là ou son théâtre prend sens, c’est dans la superbe nuance de ses ambiances et des sentiments qui se dégagent de chacun des titres. Du nébuleux et incertain « Requiem » jusqu’à la marche conquérante d’ »Aleph » en passant par l’époustouflante beauté de « Plaintive » et l’espoir porté par son successeur de tracklist « Lullaby » ou encore la sublime nostalgie de « Petrichor », c’est toute une fresque cinématographique intense et variée (mais toujours portée par une sensation de trouble émotionnelle) qu’il peint avec ce « Vaudeville ».

 

S’il y a des hommes qui ont l’ambition de venir s’assoir à côté d’Inigo Kennedy cette année, il leur faudra se lever tôt.

Même après toutes ces années et toutes ces releases et même en sachant pertinemment qu’il n’est pas toujours là où on l’attend, Inigo Kennedy parvient encore à nous mettre à genoux, non sans nous avoir donné une paire de claques avant. Il confirme une nouvelle fois qu’il est un des producteurs techno les plus éminents de sa génération et des autres. Il est sûrement trop tôt pour défendre bec et ongles que « Vaudeville » est une des plus belles réalisations techno de l’année, mais une chose est sûre : s’il y a des hommes qui ont l’ambition de venir s’assoir à côté d’Inigo Kennedy cette année, il leur faudra se lever tôt.

 

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