Inner8 – Inner8

Inner8 ouvre les portes vers les autres dimensions avec une oeuvre complète et transcendante.

Front_Und001

9.0

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 24 juin 2015 | 18:32

 J’ai toujours pensé que la musique avait la capacité de connecter l’esprit humain à d’autres dimensions. Mon but est de produire une musique qui peut faire cette connexion lorsqu’elle arrive à un esprit capable d’en faire l’expérience.

 

Cet extrait de l’interview de Daniele Antezza parue chez notre confrère Secret Thirteen résume parfaitement bien la méthode de lobotomisation utilisée dans la « médecine » d’Inner8 . Mais avant que notre cerveau ne se mette à délirer présentons notre chirurgien.

Antezza est la moitié de Dadub, duo éminent de la structure Stroboscopic Artefacts, label berlinois de Lucy. Quelques EP et un album nommé You Are Eternity leur ont suffi pour exploser les codes de la techno, à mettre en pièces détachées le 4×4 et à faire vaciller notre fragile raison…
Autant vous dire que la crainte fut aussi importante que l’excitation lorsque l’alias Inner8, réincarnation en solo de ce projet sombre, vit le jour. Sorti début juin sur le label Undogmatisch qu’il co-gère, ce long format éponyme est le premier d’une lignée que l’on espère la plus longue possible.

 

Finies les niaiseries, il est grand temps de décrire la structure d’Inner8. Facile : arrive en tête la track ambient, puis un corps plus rythmé entrecoupé d’interludes (« Violence » et « Disambient ») puis une fin aussi totalement beatless. Tout ce qui a de plus classique. Mais le classique s’arrête ici dans ce mindfuck irréel.
Car il faut le dire : on n’était clairement pas préparé à cela. On trouvait déjà You Are Eternity empli de tensions, de motifs sonores baignés dans une vraie violence, mais ce Inner8 vient largement enfoncer le clou. En effet, durant 65 minutes aucune coupure de tension ni aucune faiblesse ne peut être constatée. Antezza vient créer un monde sombre dans lequel  saturation et netteté évoluent en symbiose.

Chaque pulsation est semblable à une décharge électrique phénoménale (« Daimon Anthem« , ou « Exertion »). La techno a été dénuée de sa chair dans cet album, il ne reste qu’un squelette aux arrêtes effilées. Le mot proto-techno intelligente colle parfaitement bien à cet albums aux beats défragmentés, auréolés de saturations dont Emptyset ne renierait pas la paternité. Intelligente, car au-delà de cette structure s’effondrant et se reconstruisant successivement, les thèmes de la violence, du contrôle et du pouvoir sont explicitement abordés par l’Italien.

De ce fait, on a littéralement l’impression d’entrer dans une autre dimension à l’écoute de ce disque, la prophétie d’Antezza se réalise selon ses souhaits. Devant la densité sonore d’ »Exploitation« , devant ce déferlement tempétueux de beats sur « Ataraxia », devant les mantras de « The Irony Of Karma » les portes d’un monde nouveau s’ouvrent. L’auditeur impuissant est happé, entre incrédulité et euphorie délirante.

 

Les œuvres aussi complètes que celle-ci sur le plan sonore et idéologique sont rares. Les allusions à la créativité, l’instinct, le pouvoir, la religion etc. occupent ce réceptacle constitué de perturbation électroniques. Les idées d’infinité et de transcendance se mêlent pour former une expérience sensorielle dangereusement jouissive.
Daniele Antezza a déclaré qu’il aimerait qu’on se souvienne avant tout de lui pour sa musique après sa mort. S’il continue dans cette lignée, c’est sans aucun doute une promesse qu’on peut lui faire.

 

 

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