SSS Interview : Andreas Gehm [FR/ENG]

Le producteur aux multiples casquettes acid parle de sa relation avec les machines Roland, du mouvement Jakbeat ou encore de son prochain EP avec Helena Hauff

SSS Interview : Andreas Gehm
Par David Robert
Publié le 27 août 2014 | 19:44

Producteur connu pour posséder de nombreux alias, Andreas Gehm trace sa route sur un sillon acid depuis maintenant quelques années. Pour marquer sa venue à Paris le week-end prochain dans le cadre de la soirée du collectif La Fête Triste au Batofar, nous lui avons posé quelques questions par mail (après un SSS podcast bien corrosif) pour cette interview : Andreas Gehm y a répondu en un temps record avec soin.

 

_Tu sembles vouer un culte aux vieilles machines Roland, et notamment à la TB 303. Pourrais-tu expliquer ta relation avec cette machine, et ce qu’elle t’apporte ? Contre quoi serais-tu prêt à t’en séparer ?

- Hé bien, c’est le son avec lequel j’ai grandi, et c’est encore le son que je préfère. De l’acid, de la house, mais aussi du hip hop ou des disques d’electro que j’entendais souvent ont été fait avec cette boîte. Elle peut sonner avec une certaine chaleur, mais aussi de la brutalité. J’ai ça en moi.

 

 la seule chose importante est ce qui sort des enceintes

 

_Ton son correspond bien au mouvement Jakbeat initié par Traxx. Est-ce que tu te sens proche du mouvement ? Est-ce que tu es impliqué dedans, avec l’idée qu’il y a des valeurs à défendre, par exemple contre le son digital, ou bien cela ne t’intéresse pas du tout ?

- Quand j’ai fait mes premiers disques pour Bunker avec Acid, 707Beats, etc, il y a quasiment 10 ans, il n’y avait pas encore vraiment de place pour tout ça. Ce son ne vient quasiment que de la côte ouest des Pays-Bas, avec Bunker, Crème Organisation, et bien sûr Jamal et Traxx. Vu que je publie sur Bunker, Crème et le label Mathematics Recordings de Jamal, et que Traxx passait mes morceaux, je dirais que oui, je suis impliqué là-dedans. Mais tu as tort sur un point: le mouvement Jakbeat est en faveur d’un certain type de musique, mais pas contre quoi que ce soit. Pas contre la production digitale donc, du moment que ça sonne vrai. Je le sais bien, vu que la plupart de mes productions sont digitales, tout comme la plupart des producteurs que je connais, même si les gens pensent que c’est analogique. Comme je l’ai déjà dit dans toutes les interviews, et comme je le répéterai toujours : la seule chose importante est ce qui sort des enceintes.

 

 

_Ton son oscille entre des choses plus mélancoliques, des trips rêveurs, des orientations plus club et des déstructurations expérimentales. Avant d’écrire un morceau, est-ce que tu connais par avance la direction dans laquelle tu vas, ou est-ce que cela vient avec le feeling du moment?

- La plupart du temps, j’allume mon matériel et je vois ce qui se passe. Après coup, en y regardant bien, il est clair que plus j’ai du temps, et moins je suis stressé, plus le morceau sera deep et mélodique. Du coup, quand tu regardes ce que je sors, on peut dire que je manque souvent de temps, et que je suis super stressé hahaha.

 

 

_ Les photos de toi développent un univers particulier, un peu retro. Tu pourrais nous en dire plus sur l’image que tu souhaites transmettre?

- Ces photos étaient l’idée d’un ami, Stefan Gubatz. On a parlé de photos une fois et il m’a proposé cette idée. Un dimanche matin, tôt, beaucoup trop tôt, il m’a appelé et m’a dit : aujourd’hui, c’est exactement la météo dont nous avions besoin, habille toi, je passe te chercher. La ceinture acid, qui est devenue un peu légendaire, est à lui.
Donc l’idée était de ne pas faire des photos comme tout le monde, avec des lunettes de soleil, en train de poser devant mon équipement en souriant, mais d’avoir des photos qui ressemblent à ma musique, un peu plus brutes.

 

_Tu continues de produire sous différents pseudonymes, qui se croisent parfois dans tes releases. Est-ce que chaque alias correspond à un aspect de ta personnalité ? Comment choisis-tu un pseudonyme quand tu écris un morceau ?

- Mes premières releases étaient toutes en tant qu’Elec PT.1, mon alias principal. The Minister était une idée de DJ TLR pour mes sorties sur Crème Jak, Manager_111 était au départ une blague, mais Claus Bachor m’a demandé ce pseudonyme pour ma sortie sur Psycho Thrill. Trajical Bitch est plus pour les morceaux house un peu bizarres, Lausward pour l’electro, et mon vrai nom pour les morceaux house. Mais ça s’est un peu mélangé avec le temps : mon EP avec Helena Hauff fait plutôt Elec Pt.1 par exemple, mais ce n’est pas très important. Ce qui compte, c’est ce qui sort des enceintes.

 

 

_ Tu as travaillé avec de nombreux labels, comme Panzerkreuz ou Mathematics. Quels sont tes liens avec ces labels ? Comment est-ce que tu les as choisis ?

- J’aimais Bunker/Panzerkreuz et Mathematics et je leur ai envoyé des démos ; ils les ont acceptées. C’est tout.

 

_Si tu avais le choix, avec quel label aimerais-tu travailler ?

- Je ne sais pas. Je pense continuer à fonctionner de la même façon : si j’aime un label, j’envoie des démos. Il n’y a qu’un seul label qui ne m’a jamais répondu ; deux ou trois autres n’aimaient pas ce que j’ai envoyé. Ce n’est pas un problème, ça a toujours fonctionné comme ça : si un label n’aime pas ma démo, un autre adorera les morceaux.

 

Je les ai fait boire, et ensuite je les ai forcés à publier mon album

 

_ Tu es sur le point de publier deux Eps très acid, un split avec Helena Hauff sur Solar One Music, et l’EP Second Coming sur un nouveau label, Cologne Underground Records. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur les projets du label ?

- J’ai fait mon album sur Solar One Music après avoir rencontré les gars du label à Jena. Je les ai fait boire, et ensuite je les ai forcés à publier mon album haha. L’autre jour ils m’ont contacté pour me demander un split avec Helena ; bien sûr, j’ai dit oui : j’ai joué avec Helena l’an dernier au Golden Pudel, elle m’avait montré certains de ses morceaux et j’ai vraiment adoré. Donc j’ai accepté. Il y aura une autre sortie à venir de ma part sur Solar One Music, sous mon autre alias «Pukemaster Gehm».
Cologne Underground Records est mon propre label, qui appartient à la famille DBH Music. J’espère que la première référence va bien marcher pour pouvoir continuer, et pas seulement avec ma propre musique. Je connais tellement de gens talentueux à travers le monde, ça serait génial de pouvoir tous les publier.

 

 

_Après Helena Hauff, est-ce qu’il y a d’autres collaborations à venir ? Si tu pouvais choisir n’importe quel artiste, dans n’importe quel style, avec qui travaillerais-tu, et pourquoi ?

- Il y a encore un unreleased que j’ai fait avec le grand Hard Ton. On cherche encore un label cool pour le publier.

 

 Je ne suis pas intéressé par Kompakt, et je pense qu’ils ne sont pas intéressés par moi. Oui, ils ont dominé la scène nocturne à Cologne pendant des années, mais comme je l’ai dit, je m’en fous

 

_Est-ce qu’un grand label comme Kompakt, qui vient comme toi de Cologne, a empêché le développement d’autres esthétiques et structures dans le coin ? Ou à l’inverse, est-ce que cela a aidé à développer la culture électronique underground dans la ville à ton avis ?

- Je ne suis pas intéressé par Kompakt, et je pense qu’ils ne sont pas intéressés par moi. Oui, ils ont dominé la scène nocturne à Cologne pendant des années, mais comme je l’ai dit, je m’en fous. Il y a une petite scène underground, et j’en fais partie.

 

_ Est-ce que tu penses qu’il y a une montée de l’intérêt pour la musique électronique en ce moment, lui permettant de s’étendre internationalement

_ Hmm… J’ai commencé à faire ça il y a plus de 25 ans. J’ai vu la musique électronique aller et venir. Et aller. Et venir. Finalement, j’ai survécu en faisant mon propre truc. Dans les années 1990, beaucoup de gens me regardaient étrangement à cause de mes goûts musicaux, parce que j’aimais les vieux trucs de Chicago à la Dance Mania, les trucs néerlandais, etc. Maintenant, les jeunes jouent exactement les disques que je collectionnais à l’époque. Donc tout va bien.

 

 

_La scène techno est en pleine explosion à Paris en ce moment, plus particulièrement dans ses franges les plus violentes, comme l’indus. En revanche, ce n’est pas vraiment le cas pour l’acid pour le moment. Comment perçois-tu la scène acid parisienne et française ?

- Je ne sais pas grand chose dessus. J’ai joué à Nantes l’an dernier et c’était génial, donc j’ai vraiment hâte de jouer à Paris !

 

_Comment prépares-tu tes lives ? De la même façon, comment as-tu préparé le live qui est devenu ton SSS Podcast ?

- J’extrais des éléments d’environ 20 morceaux par set, et je les mixe en live, en y rajoutant des lignes acid que je module en direct. Donc il peut y avoir deux sets avec les mêmes morceaux, mais ils seront toujours joués différemment.

 

_Tu joues un live à La Fête Triste au Batofar le 28 août : quel genre de trucs peut-on attendre de ta part ?

- De l’acid, bien sûr. Et des trucs très différents, du jack beat, des trucs plus sombres, etc, je décide toujours sur le moment.

_You seem to worship vintage Roland gear, most notably the TB 303. Could you explain your relationship with this machine, and what it brings to you? What would you be ready to get rid of it for?

- Well, it’s the sound I grew up with, and it is still the sound I love the most. Acid, House, but also a lot of Hip Hop stuff and Electro Records I used to hear were made with those Boxes.
It can sound warm, but also ruff. It’s inside me.

 

 The only important is what comes out of the speaker.

 

_Your sound fits quite well in the « Jakbeat » movement, that was initiated by Traxx. Do you feel linked to this movement? Are you involved in it, with the idea that there are values to defend, for instance against the digital sound, or is it not something you are interested in?

- When I did my first Records on Bunker with Acid, 707Beats and so on, almost 10 years ago, there wasn’t a real market for this. The West Coast of NL with Bunker and Crème Organisation, and of course Jamal and Traxx are almost the only ones who drop that sound. Since I release on Bunker, Crème and Jamals Mathematics Recordings, and Traxx used to play my stuff, I would say, yes, I am involved. But in one point you are wrong: Jakbeat is for a special kind of Music, not against something. Not against digital production, as long as it sounds “real”. I know it as I produce mainly digital. And many Producers I know do it too, but people think it’s analog.
Like I said before in every interview, and will repeat it everytime: The only important is what comes out of the speaker.

 

 

_Your sound alternates between melancholy, dreamy trips, club bangers and experimental destructurations. Before writing a tune, do you know what kind of direction you are looking into, or is it something that goes with your feeling at that moment?

- Most of the times I switch the stuff on and see what happens. When I look back I can say: the more time I have, the less stress I have, the more deeper and melodic will the track be. (When you look at my output you will see that I mostly do not have much time and am full of stress hahahaha)!

 

 

_Your press pictures develop quite a special, kind of retro universe. May you tell us a bit more on that image that you wish to convey?

- The pics were an idea of a friend, Stefan Gubatz. Once we spoke about pics, and he came up with this idea. On a Sunday morning, early, toooo early, he called me and says: Today is exactly the weather we need. Jump in your Suit, I’ll pick you up soon! The now legendary Acid Belt is from him…
So the idea was not to make press pics like everybody else do, with sunglasses. Posing at equipment, smiling etc. The pics should be more like my music, a bit ruffer. And so they are!

 

_You keep on producing under various aliases, that sometimes meet in your release. Does each alias match one aspect of your own personnality? How do you choose between aliases when writing a tune?

- The first releases were all as Elec PT.1, which is my main alias. The Minister was the idea of Dj TLR for my Crème Jak releases, Manager_111 first was a joke, but then asked by Claus Bachor for my release on Psycho Thrill, Trajical Bitch should be more for confusing House tunes, Lausward for Electro, and my real name for more housy tunes. But it mixed up with the time, so my E.P. with Helena Hauff is more Elec Pt.1, but at least I don’t care. The only important thing is what comes out of the speaker.

 

 

_You have also worked with several labels, such as Panzerkreuz or Mathematics. What are your links with those labels? How do you choose them?

- I simpy liked Bunker/Panzerkreuz and Mathematics and sent them Demos. They accepted them. That’s all.

 

_If you had the choice, what label would you love to work with?

- Don’t know. Even in the future: If I like a Label, I send Demos. There’s only one Label that never answered to my message on whether they accepted Demos. 2 or 3 others didn’t like my Demo. Which is no problem, it was always like this in the past: One Label denied a Demo, the next Label love the tracks…

 

I met the Solar guys in Jena and made them drink, after they’ve been in delirium I forced them to release my Album

 

_You are about to release two acid-oriented EPs, one split with Helena Hauff on Solar One Music as well as the « Second Coming » EP on a new label, Cologne Underground Records. Can you tell us a bit more regarding the label’s projects?

- I did my Album on Solar One Music after I met the Solar guys in Jena and made them drink, after they’ve been in delirium I forced them to release my Album hahahhaha… So the other day they contacted me to ask for the split E.P. with Helena. Of course I said yes, I played for Helena last year at the golden pudel and she showed me some of her tracks and I liked them very much. So I agreed! Another release from me will appear on Solar One Music in the future, under another moniker called “Pukemaster Gehm”
Cologne Underground Records is my own new Label and it’s part of the DBH Music family. I hope the first release will run good so I can continue, not only with my music. I know so many talented producers from all over the world, so the only thing l can dream is to feature them all.

 

 

_After Helena Hauff, are there any other collabs to come? If you could choose any artist, in any kind of music, who would you work with, and why?

- I still have a unreleased track I’ve made with the mighty Hard Ton. Still searching for a cool label…..

 

I am not interested in Kompakt, and I think they are not interested in me

 

_Does a huge label such as Kompakt, who comes from Köln as you do, prevent the development of other aesthetics and structures around it? Or on the contrary, did it help with fostering underground electronic culture in the city in your opinion?

- I am not interested in Kompakt, and I think they are not interested in me. And yes, they ruled the Cologne nightlife for years, but like I said before, I don’t care. There is a small Underground scene, and I am in it.

 

_Do you feel like there is a rise in the enthusiasm for electronic music at the moment, allowing it to expand worldwide?

- Hmm… I started with this shit more than 25ears ago. I saw electronic music come and go. And come. And go. At least, I survived by doing my own stuff. In the 90s, many people looked strange at me for my music taste, Chicago oldschool Dance mania stuff, dutch stuff ect. Now, young people play exactly the Records I used to collect in that time. So, everything is ok.

 

 

_The techno scene is in full swing in Paris at the moment, especially for its harsher styles such as industrial; however, it does not seem to be true for acid so far. How do you perceive the Parisian and French acid scene?

- Don’t know much about. I played a year ago in Nantes and it was awesome! So I am looking forward to Paris!

 

_How do you prepare for your live sets? Likewise, how have you prepared the live set that became your SSS Podcast?

- I extract single elements of like 20tracks per set and mix them up live + Acidlines, always modulated live. So in different sets there can be the same Tracks, but always different played.

 

_You are playing a live set for La Fête Triste at Batofar on August 28: what kind of stuff can attendees wait from your part?

- Of course Acid. And many different tracks, Jacking stuff, Dark Stuff ect I always decide at the set Live…..

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