Interview et premiere : le duo berlinois Rebar revient avec un nouvel EP

Après un premier EP Lost in Tokyo très réussi, c’est à New York que nous emmène voyager le duo. On en a profité pour échanger avec eux sur leur processus de création, leurs influences et leur esthétique.

Rebar_Yellow_2018
Par Idris Ghouati
Publié le 25 janvier 2019 | 13:47

Nous vous parlions en début d’année dernière du premier projet, Lost in Tokyo, des deux artistes berlinois fumée grise et Andreas Pionty, réunis sous l’alias Rebar. Nous avions été séduits par ce premier EP, hypnotique et intemporel, enrichi par des enregistrements sonores issus de leurs voyages.

A l’occasion de la sortie de Lost in New York City le 1er février prochain, dont nous vous présentons le très bon « Kent Hav » en première, nous avons eu la chance d’échanger avec eux sur leurs débuts dans la musique, leurs influences, leur processus de création ou encore leur esthétique se nourrissant de l’architecture.

Comment est-ce que vous avez commencé la musique ?

Jens (fumee grise) : J’écoute de la musique électronique depuis que je suis très jeune, même si ce que j’écoutais à l’époque était sûrement plus commercial. Des amis m’ont immergé encore plus dans cette scène et à 18 ans j’ai eu ma première voiture, j’ai eu la chance d’aller en club. Je suis alors tombé amoureux d’une techno plus dure encore. Peu de temps après j’ai acheté mon premier matos de DJ.

Andreas Pionty : Pour moi tout a commencé avec mon grand frère. Il allait tout le temps à la Love Parade et à des soirées dans ma région. On écoutait tout le temps ses cassettes et disques. Depuis ce moment, je savais que je devais m’impliquer là-dedans. Peu de temps après, j’ai pu m’entraîner à mixer sur mon propre matos.

Et qu’est ce qui est venu en premier, la production ou le mix ?

Le DJing est venu en premier et reste notre premier amour jusqu’à aujourd’hui.

Quel est votre processus de création ? Est-ce que vous utilisez des ordinateurs ou des machines ?

Comme nous vivons dans deux villes différentes et que nous ne pouvons pas nous voir souvent, notre workflow suit des règles assez précises. Avant de nous voir en session studio, nous parlons de ce que nous voulons faire : un remix, un morceau ou un EP. Ensuite nous nous envoyons des morceaux, des éléments sonores, des enregistrements et nous développons une idée autour de laquelle nous voulons créer. Quand nous nous rencontrons enfin, nous sommes concentrés et le résultat vient rapidement, même s’il ne ressemble pas exactement à ce que nous avions prévu au départ.

Notre setup studio est assez basique. En général on travaille avec Ableton, un synthétiseur microKORG, une NI maschine et un dictaphone, mais c’est toujours différent car nous n’avons pas un studio fixe. Nous produisons alternativement chez Andreas, Jens ou même Alek S, qui est un ami proche et aussi l’artiste qui a le plus de sorties sur le label made of CONCRETE.

Votre EP à venir, Lost in NY City, autant que vos précédentes sorties, offre une musique assez intemporelle, qui ne cherche pas à suivre une mode ni à être avant-gardiste, alors que c’est le cas chez une part importante des producteurs électroniques. Quel rapport vous avez envers les tendances ?

Nous ne pensons pas beaucoup au genre ou aux tendances actuelles quand nous produisons, même si nous réfléchissons beaucoup sur chaque morceau.
Comme nous aimons beaucoup de styles différents, nous jouons avec ces influences lorsque nous produisons. On serait vite lassé si on devait produire le même morceau tout le temps juste pour être connu pour un son spécifique. Si notre musique sonne intemporelle à tes oreilles, c’est un très bon résultat et on en est vraiment content.

Je trouve qu’il y a un côté assez techno old school dans votre musique, dans les rythmiques parfois électro (dans les morceaux « Shibuya » et « Third Bridge »), dans les samples que vous utilisez, est-ce que c’est quelque chose de volontaire, comme une forme d’hommage ?

On aime beaucoup l’esthétique de Détroit et aussi l’électro, mais si cela y ressemble ce n’est pas intentionnel. C’est simplement le résultat de notre mood au moment où l’on produit. On pourrait faire différemment, mais pour l’instant on aime cette esthétique.

La référence à la ville dans le titre, mais aussi les sonorités de l’EP m’ont beaucoup fait penser à la musique de The Bunker, dans le côté hypnotique, acid et épuré. Est-ce que c’est un label qui vous a influencé ?

C’est vraiment une grosse référence pour nous. C’est un très bon label avec un son cosmique. Ils travaillent avec une esthétique qui nous inspire mais on ne peut pas en faire une référence fixe pour nos productions.

Vous utilisez semble t-il beaucoup le field recording (enregistrements sonores in situ), pour quelles raisons ? Qu’est-ce que ça apporte à votre musique?

On aime bien ajouter quelque chose de personnel à nos productions, et le field recording est parfait pour ça. Cela nous aide à créer un son unique puisque ce sont des éléments qui ne sont pas strictement issus de machines. Chaque enregistrement est unique et a des aspérités. On a pas le contrôle de ce qui peut arriver lors d’un enregistrement. Cela les rend parfaits pour nos productions et ça reflète aussi notre manière de jouer en tant que DJ.

Qu’est ce que vous écoutez au quotidien, au delà de ce que vous jouez en club ?

Jens : J’aime tout ce qui tourne autour de la musique électronique, quelque soit le genre : ambient, disco, house, expérimental, etc. A côté de ça, j’adore le classique moderne comme Olafur Arnalds ou Hauschka et de temps en temps les musiques du monde qu’on peut entendre sur “Radio Comeme”.

Andreas : J’aime aussi beaucoup de genres de musique électronique mais également du vieux hip-hop. Et quand il y a un un concert de Future Islands, tu me trouveras forcément dans la foule. En ce moment j’écoute beaucoup des artistes comme RIN ou Yung Hurn.

Votre premier EP s’intitulait Lost In Tokyo, celui-là Lost In New York City, pourquoi avoir choisi des noms de ville et pourquoi celles-ci en particulier ?

On aime bien ce concept géographique. On nomme les EP en fonction des enregistrements qu’on utilise dans nos productions, et les morceaux en fonction des lieux où on a enregistré ou des endroits qui nous ont marqués pendant le voyage. On fait des enregistrements lorsque l’on est en tournée ou en vacances. Lorsque l’on a assez d’enregistrements issus d’une région, on crée un EP à partir de ça. On a déjà un troisième EP à l’esprit, maintenant on va réécouter les enregistrements et voir si on pourrait en faire une nouvelle création.

Le nom de votre duo (Rebar signifie barre d’armature), celui de votre label (Concrete signifie béton) ainsi que vos visuels portent la marque d’un intérêt pour l’architecture. Pourquoi avoir choisi cet univers-là et qu’est ce qu’il représente pour vous ?

L’architecture a vraiment un gros impact sur la manière dont nous ressentons la musique. Tu peux le voir dans les grandes salles des philharmonies qui reflètent souvent parfaitement ce qui se passe à l’intérieur et façonnent l’effet que provoque la musique. La techno suit les mêmes règles. Dans le bon environnement, la techno peut libérer toute sa force. Donc pour nous l’architecture est connectée à la musique, et représente une grande inspiration pour nous.

Qu’est-ce qui vous a motivé à créer votre propre label, made of CONCRETE ?

On ne s’en rappelle pas exactement à vrai dire. On avait déjà ce nom en tête bien avant de lancer le label. On avait envie de faire quelque chose et finalement on a demandé à des potes de nous envoyer des démos. On a reçu des trucs cools et ça a été un déclencheur je crois. Tout s’est fait naturellement, il n’y a pas vraiment eu de point de départ.

Est-ce que vous consacrez tout votre temps à vos différentes activités musicales ou est-ce que vous avez un autre travail à côté ?

Andreas: Je suis représentant de vente, donc j’ai un job classique de neuf à dix-sept heures.

Jens : J’ai ma propre agence de conseil en musique donc je n’ai pas vraiment un job aux horaires classiques (rires)

Quels sont vos projets, communs mais aussi individuels, pour l’avenir ?

On va commencer à travailler sur une sortie de notre série “Batch Plant”, qui inclura un remix de nous, et qui sortira sur made of CONCRETE. A côté de ça, on doit trouver le temps de travailler sur un nouvel EP sous notre alias Rebar. On bosse aussi sur pleins d’événements du label pour 2019, notamment une soirée au Suicide Circus à Berlin, et une autre à Dresde (lieu TBA). On va aussi lancer un nouveau projet super secret avec notre gars Alek S qui ira dans une direction complètement différente de ce que l’on avait l’habitude de faire.

Last year, we’ve reviewed the first release, Lost in Tokyo, of the two berliners artists fumée grise and Andreas Pionty, united under the name Rebar. We were very enthusiastic about this first EP, hypnotic and timeless, enhanced by field recordings coming from their travels.

On the occasion of Lost in New York City’s release on february the 1st, from which come from the excellent « Kent Hav » that we present you on premiere, we have been able to talk with them about their beginning in music, their influences, their workflow and their aesthetic inspired by architecture.

How and when did you start music ?

Jens (fumee grise) : I’ve been listening to electronic music from my youth years, although shurely it was more commercial at that time. Friends took me deeper into the scene and around the time I turned 18 and got my first car, I finally had the chance to visit clubs and subsequently felt in love with the harder side of techno. Shortly after that I bought my first cheap DJ equipment.

Andreas Pionty : For me everything started with my big brother, he would always go to the Love Parade and to the early parties around my home area. We would always listen to his tapes and minidiscs. From that point on, I was shure that I also have to be involved in this. Shortly after, I was already getting the chance to train using on my own equipment.

What came first, production or djing ?

Djing came first and is our first love untill now.

What’s your creation process ? Do you use machines or computer ? It sounds like you use old school drum machines, am I right ?

As we live in two different cities and can’t see us spontanious our workflow follow some rules which have also an effect on our creation process. Before we meet us for a studio session we talk about what we want to do. A remix, single tracks or a new Rebar-Label EP. Than we send us some reference tracks, sound elements, field-recordings and develop an idea in which direction the production should go. At the end when we meet we’re quite focused and have a fast result, even when it often not exactly sounds like what we expected at the end.

The studio setup we use is a quiet basic one. We generaly work with Ableton, a microKORG synthesizer, NI Maschine and a Field-Recorder but it’s always a bit differnet as we’re have no fixed studio. Sometimes we produce at Andreas’ or Jens’ place and sometimes at Alek S’ place. Alek is a close friend and also the artist who have the most releases out on our made of CONCRETE label.

Your music in “Lost in New York City” and “Lost in Tokyo” sounds timeless. You don’t seem to be concerned by being trendy or avant-gardiste, yet this is the case for a lot of electronic artist. What do you think about that ?

We don’t think much about our general sound or current trends, even when we think quite a lot about the single track or release.

As we like different kinds of music we play with this influences in our studio. Next to this we also get bored if we need to produce the same track again just to get known for one specific sound. If all this leads to that we sound timeless, then it’s a great result for us. So we’re really happy about your classification.

I find that your music have an old school vibe. It reminds me Detroit techno, in the drum samples you use, in the electro rythm (in the tracks « Shibuya » and « Third Bridge »), is it something intentional, like a form of tribute ?

We really like the Detroit aesthetic and also electro sounds but it’s nothing intentional. Just an accident result of our mood in this moments. We could also sound different but at the moment we like this aesthetic.

The reference in the title, but also the soundscape of the EP, hypnotic and clean, brings me The Bunker New York in mind. Is it a label that influenced you ?

This is definitely a nice reference. Great label with a cool cosmic sound . They work with an aestehtic which inspire us but we would not call it a fix reference for our productions.

It seems that you use a lot of field recordings in your music, why ? What does it bring ?

We like to add something personal to our productions and field recordings are perfect for that. They also help to create a unique sound as you work with elements which are not straight machine based. Every recording is unique and has mistakes. You don’t have the full control of what happen in a recording. This makes field recordings perfect for our productions and reflects also a bit our way to DJ.

What do you listen to in everyday life, apart from what you play in clubs ?

Jens : I actually like everything based on electronic music no matter which genre : ambient, disco, house, experimental… Next to this I love modern classic like Olafur Arnalds or Hauschka and from time to time world music which you can hear on Radio Comeme.

Andreas : I also like various genres of electronic based music but also old hip-hop stuff and when there is a Future Island concert around you will find me in the crowd for sure. At the moment I’m also in artists like RIN or Yung Hurn.

Your first EP’s title was Lost in Tokyo, this one Lost in New York City, why did you choose city names and why these two in particular ?

At the moment we like this geographic based release concept. We named the EPs after the field-recordings we used in this productions and the track titles also named after the recording place or named after a place which stays in mind from the trip. We record this elements on our DJ or holiday journeys. If we have enough elements from one specific region we create an EP out of it. The third title is already in mind. Now we need to check the single elements and see if they are good for a new production.

Your artist name, your label’s one and your artworks show an interest for architecture and building, what does it represent for you ?

Architecture has in our opinion a really big impact on the effect of music. You can see this in the philharmonic halls which reflects often perfectly what happend inside and also shape the effect of the music. Techno follows the same rules. In the right environment Techno music can unfold his full strength. So for us architecture and music are connected and is a big inspiration for our kind of music.

What motivates you to create your own label, made of CONCRETE ?

This we actually don’t really remember anymore. We had this name already in mind for a long time before we launched the label. We wanted to do something and so we asked some friends for demos, we received some cool material and this was the starting point of the label. Everything happened in the flow, their was now specific starting point for us.

Do you spend all your time for your musical activity or do you have another job ?

Andreas: I’m an outside sales person and have a classical 9 to 5 job.

Jens : I have my own music consulting and PR agency so I don’t really have a 9 to 5 job. (laughs)

What are your mutual and individual projects for the future?

We will soon start to work on a new « Batch Plant » (a serie of the label) release, including a remix from us, which comes out on made of CONCRETE. Next to this we need to find the time to produce a new Rebar EP. Besides productions we currently also work on several label events for 2019 (for example at Suicide Circus in Berlin or at TBA Club in Dresden).
Also in 2019 we will launch a new super secret project togehter with our man Alek S which goes soundwise in a completely different direction.

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