Interview – Jef Lab (FR/ENG)

Quelques questions posées au patron de MethLab pour y voir plus clair sur sa vision bien particulière d’une musique sans clivages.

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Par Martin Drazel
Publié le 7 décembre 2017 | 10:01

Les lecteurs assidus de nos colonnes ont forcément vu passer le nom de MethLab. A la fois label inclassable et agence/maison-mère de nombreux projets futuristes au possible, l’entité européenne n’en finit plus de dénicher d’innombrables talents et de dézinguer à tout va les codes et les genres.

Dans le but d’éclaircir nos lanternes sur le pourquoi du comment, nous avons posé quelques questions au patron de cette créature aux multiples facettes qu’est MethLab, label co-fondé avec Broke Note, et son agence, Terminal. Jef revient donc en six questions sur les raisons de l’existence d’un tel projet, sa vision de l’innovation musicale et les divers projets soutenus par son empreinte.

Interview réalisée avec l’aide d’Antoine Arcade.
Traduction : Michaël Hallé

Peux-tu te présenter un minimum ? On aimerait savoir comment tu es arrivé dans le milieu drum & bass ?

 J’en fais partie depuis l’âge adulte et de diverses manières : DJing, organisation d’événements, et maintenant chez MethLab. Je pense que comme tout le monde j’ai été happé par une musique qui m’inspirait, et le désir de la promouvoir vient de là.

MethLab est un label à part dans le paysage drum & bass, qui va au delà de la simple distribution de musique (on pense notamment à la véritable aventure Lost Souls d’Audeka, ou le live de Current Value). Comment définirais-tu la vision MethLab en quelques lignes ?

J’admets que le d&b est au cœur de notre projet, grâce aux nombreux artistes talentueux avec lesquels nous travaillons dans ce domaine, mais nous ne sommes pas vraiment un label aux genres bien délimités. Mon partenaire chez MethLab est Broken Note, qui incarne bien nos racines musicales, multi-génériques et défiant les étiquettes.
Pour résumer ce que nous sommes en quelques mots, nous essayons simplement de produire la meilleure version possible de l’incroyable musique sur laquelle nous travaillons ; d’explorer idées et technologies nouvelles, ainsi que des visuels que nous espérons intemporels, du niveau mérité par la musique. Nous sommes aussi enthousiastes que les autres pour ce qui est de faire naître de nouvelles sorties et les concepts qui les accompagnent.

Le live audiovisuel de Current Value (CVAV) justement, est un événement de grande ampleur et de premier plan dans le développement de votre label. Comment s’est construit ce projet ?

On s’est toujours intéressé à l’aspect visuel, et il faut reconnaître que le public attend des expériences plus profondes des lives, tout comme il souhaite plus d’audiovisuel voire plus de contenu interactif en lien avec les sorties. C’est normal, nous entrons dans l’avenir, un avenir où une bonne partie de cette musique a déjà posé le premier pied ; nous devons donc nous assurer que le contexte soit propice à l’expérience musicale et qu’il la renouvelle. Pour ce qui est du rôle de MethLab, nous sommes simplement le ciment de ces différents aspects, nous permettons aux projets de voir le jour ; c’est la part que nous prenons dans la vie de nos artistes. Le cœur du travail repose sur les excellentes créations de Current Value, et les visuels impressionnants de Greenaway & Greenaway. Les résultats sont plutôt saisissants…

On a récemment vu MethLab dépasser les frontières « classiques » de la drum & bass, avec les influences techno sur l’EP de DR, ou encore l’electronica ambiante de The Science. Est-ce quelque chose que vous souhaitez entretenir à l’avenir ?

Nous ne voyons pas vraiment les frontières entre les genres, notre but est simplement de promouvoir une musique qui convienne à nos goûts, et qui trace son propre chemin dans le genre qu’elle incarne, quel qu’il soit. En fait ces sorties récentes n’ont pas initié le mouvement ; on l’a lancé avec la d&b, mais au cours de la première année du label, on a également sorti l’EP expérimental de Woulg, Dragged, ainsi que le Lost Souls d’Audeka, avant d’approfondir le sillon expérimental avec le projet audiovisuel Wraithmachine de Datacode. L’unique raison pour laquelle nous avons sorti ces projets à chaque fois était que le travail de ces artistes est excellent, et qu’il mérite une plateforme ouverte sur différents genres, ce que nous tâchons de construire. Donc oui, assurément, les gens peuvent s’attendre à un certain noyau de morceaux dancefloor et d&b, mais aussi à un large panel de projets ambitieux venant d’autres styles de musique.

Penses-tu que certaines sonorités, certains sous-genres dans la musique électronique sont trop en avance sur leur époque ?

Il est fascinant de constater l’ouverture d’esprit des enfants. J’apprenais l’anglais à des petits à Prague : j’ai utilisé Aphex Twin pour un jeu de chaises musicales, et je leur ai passé des artistes comme Nils Frahm, Svarte Greiner et même de la drum & bass dans des cours consacrés à la description des sentiments suscités par la musique. J’ai été impressionné de constater le nombre d’enfants qui appréciaient cette musique assez pointue parce qu’ils l’écoutaient sans idées préconçues, en réagissant simplement aux émotions ressenties — une part bien plus grande que ce qu’on pourrait voir chez les adultes. Cela m’a fait penser que les gens sont peut-être entraînés par les médias et l’influence de groupe à apprécier des musiques creuses. Mais le fait qu’un artiste aussi barré qu’Aphex Twin puisse obtenir une telle renommée montre que dans les bonnes conditions, même les genres les plus abstraits peuvent conquérir n’importe qui. Donc pour répondre à la question, il y a effectivement des sons et des sous-genres en avance sur leur temps, car les conditions qui les imprimeront dans la conscience des gens n’ont pas encore été réunies. Par exemple, il y a un potentiel énorme dans les sons electronica/metal de Broken Note et Igorrr, ainsi que dans le son incroyablement unique d’Audeka… qui sont pratiquement un genre à eux seuls.

Quels sont les producteurs pour lesquels tu es le plus « hyped » pour l’avenir ?

Tous ceux de l’équipe MethLab ! On les a choisis car on croit en leur travail.

MethLab is a name that has already appeared quite a few times in here. Unclassifiable label and house to numerous futuristic projects, the European imprint never fails to find talents who wreck established codes and genre lines. In order to further understand his project, we asked Jef, one of the label’s cof-ounders (along with Tom Andrews of Broken Note), a few questions on the multifaceted creature that are MethLab and its Terminal Agency. In six questions, Jef expands on the reasons why this project exist, his vision of innovation in music, and the various projects that his imprint support.

How about introducing yourself? We’d like to know how you’ve gotten around to being a part of the world of bass music.

I’ve been a part of it for most of my adult life in various ways, either djing, putting on events and now with MethLab. I guess like for everyone, I was sucked in from being inspired by the music and the desire to help push it comes from that.

MethLab is a kind of unusual label in both its diverse approach, and which goes beyond mere music distribution (namely, Audeka’s full-scale narrative and artwork-infused adventure with Lost Souls, or Current Value’s audiovisual project). In a few words, how would you define the vision of MethLab?

Well I’d certainly recognise that we have d&b in the core of the project, because of the many talented artists we work with from that area, we are not a genre-restricted label per-se. My partner in MethLab is Broken Note, who is a pretty good representation of where we come from musically – multi-genre and genre-defying music.
To summarise what we are in a few words – we just try to make the best version of what’s possible with the incredible music that we work with. To explore new ideas, concepts and technologies, as well as hopefully timeless visual artworks at a level that the music deserves. We are as excited as anyone else to bring to life fresh releases and the concepts to accompany them.

About Current Value’s audiovisual live session (CVAV), it is indeed a wide-scale, major event in the development of MethLab. How did the project come together?

We’ve always been very interested in developing the visual side of things, and recognise that audiences want deeper experiences from live shows, as well as wanting more AV or even interactive content attached to releases. It’s natural, we’re moving into the future – a future that much of this music has always had a foot firmly inside – so we have to make sure that the context of experiencing that music catches up and is representative and delivers a new experience. In terms of MethLab’s part in it, we’re just the gel that helps to bring the pieces together and helps these projects to happen, that’s the role we play in the lives of the artists we work with. The real core of the work comes in Current Value’s incredible output and the awe-inspiring visual creations of Greenaway & Greenaway. The results are pretty astounding…

We’ve recently seen MethLab defying the usual frontiers of drum & bass, through techno influences on DR’s EP, or the ambient electronica vibe of The Science. Is it something you intend to pursue collectively in the future?

We don’t really see the boundaries of genres, our focus is just in pushing good music that falls within our tastes and that’s cutting its own path in whichever genre it represents. Actually these recent releases aren’t the beginning of that movement – we launched with d&b, but within the first year of the label also launched Woulg’s experimental Dragged EP, Audeka’s Lost Souls LP and then lunged deep into experimental territory for Datacode’s Wraithmachine audio visual project. The reason why we released these projects in each case, is simply because the work of these artists is excellent, and deserves a multi-genre platform to stand on – which is what we are building. So yes, definitely, people can certainly expect a core of dancefloor tracks with plenty of drum & bass, but also a very wide assortment of carefully curated projects from other genres.

Do you think certain sounds or sub-genres of electronic music are in excessive advance compared to our time?

It’s amazing how open-minded children are – I used to teach English to kids in Prague.. Aphex Twin was used for a game of musical chairs, and I played them things like Nils Frahm, Svarte Greiner and even some drum and bass in lessons dealing with describing feelings about music. I was amazed how many of these kids enjoyed this pretty niche music because they were listening to it without preconceptions and just responding to whether it made them feel emotion – a much higher proportion than you’d find in adults. Basically it made me think that perhaps people are trained by the media and also peer-pressure in groups to like shallow music. But the fact that an artist as weird as Aphex Twin can get as well known is he is, shows that in the right conditions even the most abstract genres can grow. So to answer the question, yes there are definitely sounds and sub-genres of music that are in advance of their time, because the conditions that will catapult them into peoples’ awareness haven’t happened yet. For example, there’s huge potential in the metal – electronica crossover sounds of Broken Note and Igorrr, as well as the exceptionally unique sound of Audeka.. who are basically a genre in their own right.

Who are the producers from which you expect the most in years to come?

Everyone on the MethLab roster, we picked them because we believe in their work :)

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