Interview : SSTROM (FR/ENG)

On a profité de la deuxième sortie de SSTROM, sur Rösten, pour apprendre plus sur le Suédois, moitié du mystérieux duo SHXCXCHCXSH.

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Par Julien Smith
Publié le 31 janvier 2018 | 10:45

On ne présente plus le duo suédois SHXCXCHCXSH, qui fait le tour des clubs et des festivals européens depuis quelques années avec sa techno à la fois atmosphérique et malveillante. Hannes Stenström, l’un des deux protagonistes, a lancé depuis 2016 son projet solo SSTROM, et après une première sortie plus que réussie sur Semantica, il nous gratifie aujourd’hui d’une deuxième dose d’atmosphères surchargées en artefacts électroniques et en arpèges inquiets sur Rösten, label qu’il co-dirige : on en a profité pour lui poser quelques questions.

Peux-tu te présenter un peu ? Comment en es-tu venu à faire de la musique électronique ?

J’ai commencé dans la scène lofi indé suédoise. Je jouais de la guitare dans des groupes tandis que mon frère jouait du synthé. Il avait un D-50, un Juno-60 et un MS-20 et au bout d’un moment je les ai trouvés plus amusants que la guitare et je me suis perdu en quelque sorte dans le monde des synthés analogiques pas chers (c’était vers l’année 2000). A l’époque je ne connaissais vraiment rien de la techno, et mes amis et moi avons plutôt créé notre propre bulle de musique électronique avec des projets comme Slagsmålsklubben, 50hertz et Din Stalker. On a fait ces projets pendant longtemps et on a sorti de la musique sur des labels assez différents, par exemple Kitsuné ici en France. En 2010 les choses ont changé et j’ai commencé à creuser plus le monde de la techno, au même moment j’ai rencontré mon partenaire de Shxcxchcxsh et il m’a montré le côté sombre et sale de la musique électronique que je ne connaissais pas beaucoup, mais j’ai adoré, et voilà où nous en sommes.

Est-ce que tu peux nous parler de tes influences ? Qu’est-ce que tu essaies de (re)produire lors d’une session studio ?

L’inspiration qui m’a suivi depuis le plus longtemps sans disparaître est probablement Arthur Russel, et principalement sa période la plus tardive où il utilise des delays et des reverbs sur tout. C’est la magie de faire des éléments très simples et mélodiques et les traiter avec beaucoup de delay et reverb de plein de manières. Aujourd’hui Stanislav Tolkachev, qui fait notre prochain EP sur Rösten, est dans un monde d’écho similaire. Un exemple est son classique « Blue Mood » qui vient d’être ressorti. Je me rappelle avoir ouvert un DJ-set avec cette track à une soirée house il y a plusieurs années, tout le monde est parti, mais c’était une grande émotion de l’entendre fort dans cette pièce sombre pleine de fumée, seul. Donc souvent ce ne sont clairement pas les sons les plus dancefloor que j’ai en tête, surtout pour SSTROM, c’est plutôt introverti pour quelque chose qu’on entendrait en club. Mais c’est ce que je recherche, une immersion complète dans un monde de sons où tout rebondit librement dans tous les sens, j’adore ça. Il y a une ambiance similaire dans la vidéo de Lee Gamble – « Quadripoints », des bulles abstraites qui rebondissent dans l’espace au-dessus de sommets de montagnes.

Après un premier EP sur Semantica en 2016, tu en sors aujourd’hui un deuxième sur le label que tu co-diriges, Rösten. Comment vois-tu ton style personnel par rapport au style que vous avez développé dans SHXCXCHCXSH ? On remarque que tes productions semblent un peu plus mélodiques que celles que vous faites en duo, est-ce que tu pourrais nous expliquer plus précisément en quoi tu te démarques de ce que vous faites en duo ?

Je ne peux pas nier que je suis très mauvais pour les riffs d’arpèges de synthés, et j’imagine que je me lâche un peu plus là-dessus lorsque l’autre moitié de Shxcxchcxsh ne regarde pas. Mais aussi, ça a beaucoup à voir avec quels types de sons on utilise pour jouer, le monde de Shxcxchcxsh est plutôt basé sur les samples, parce que c’est comme ça qu’on travaille ensemble, alors que tout seul j’ai tendance à jouer plus avec les arpeggiators et les séquenceurs sur mes synthés. Donc la différence relève plus d’une conséquence naturelle du fait qu’on est des âmes différentes avec des manières différentes de travailler, plutôt que d’un but défini pour un son spécifique.

Peux-tu nous parler un peu de Rösten ? C’est quoi votre vision, votre esthétique, ce que vous voulez transmettre ?

Le meilleur sentiment pour nous, c’est quand on ne comprend pas ce qui se passe, mais quelque part on adore et on ne peut pas vivre sans. Notre mission n’a jamais été de communiquer un certain message. Le noyau de notre vision a toujours été dans l’expérience subjective du son et de la vision. C’est ce que c’est pour ceux qui prennent le temps de s’en imprégner, rien de plus.

Quelle évolution vois-tu dans les années à venir pour toi-même et pour SHXCXCHCXSH ? Quel équilibre entre tes projets solo et duo ?

Je me laisse toujours un peu porter, pour moi la vie musicale ne peut jamais être prédite plus loin que les quelques dates et sorties que j’ai devant moi. Ca fait partie de ce qui est si bien dans ce job, de ne pas savoir à quoi va ressembler son futur. Tout doit être recréé régulièrement, si ça rentre dans la même boucle année après année il y a quelque chose qui cloche. Shxcxchcxsh a été un projet bien plus actif, donc il y a bien plus de recréation à discuter là-dessus, mais on en reparlera plus tard. Avec SSTROM j’ai encore des masses de musique qui date de plusieurs années qui va sortir, plus ou moins mélangée à des trucs nouveaux, comme cet EP Vitriol : c’est un mélange de de deux tracks plutôt vieilles d’environ 2010 sur la face A et deux nouvelles de 2017 sur la face B. Mais ce n’est pas avant 2016 que le projet a commencé à exister en tant que projet plutôt qu’un tas de trakcs sans nom sur mon ordinateur, donc on va voir comment il va évoluer, mais en ce moment j’ai plein de morceaux que j’aime non encore sortis sur mon ordinateur, donc c’est sûr que quelque chose va se passer.

Y a-t-il des labels sur lesquels tu souhaiterais faire des sorties ? Des artistes avec qui tu aimerais collaborer ?

J’attends le jour où mon colocataire m’invitera dans sa chambre pour faire des tracks emo pour son label Blodad Tand, ça serait cool.

Plus généralement, que penses-tu de la scène techno et électronique actuelle ? Des courants, artistes, que tu voudrais faire connaître ou que tu aimerais voir émerger ?

Depuis l’intérieur de ma bulle j’entends noise, ambient, EBM, etc. mais je n’écoute pas vraiment. Ce que j’écoute est toujours pas mal le même type de sons qu’avant, mais peut être même plus limité à une certaine sphère de sons ; et ceux-là, j’essaie d’en trouver plus ou de les créer moi-même. Et ces types de sons, surtout s’ils sont sur le format techno, je trouve particulièrement intéressant de les jouer dans d’autres bulles techno solides, comme celle à Tbilisi, ou en France.

Tu peux trouver d’autres bulles assez uniques dans un garage de Stockholm du nom de Drömfakulteten, ils font leur propre truc, surtout Sissel Wincent qui va avoir une sortie sur Rösten plus tard cette année, elle a un son bien à elle, et c’est toujours très inspirant d’entendre les gens se perdre dans leur propre monde.

Et pour conclure, une question plus personnelle peut-être : quel genre de musique écoutes-tu en-dehors de la techno ?

J’aime écouter de la pop des 60′s et et du rock d’avant 67, ça a quelque chose de très naïf et direct que j’adore. Mais en général, j’aime écouter la musique dans laquelle on peut entendre des interactions avec les machines, que ce soit techno, noise, dub ou quoi que ce soit d’autre, par exemple le jeu de potard de Delia Derbyshire, Les Paul, King Tubby ou Adrian Sherwood.

No need to introduce the swedish duo SHXCXCHCXSH anymore: their atmospheric and malevolent techno has been a recurrent act in clubs and festivals all across Europe for years now. Hannes Stenström, one of the two members of the project, launched his solo project SSTROM in 2016, and after a more than successful first release on Semantica, he gratifies us today with a second dose of urgent arpeggios and atmospheres overloaded with electronic artifacts, on Rösten, a label of which he is the co-director. We seized the opportunity to ask him a few questions.

First of all, can you introduce yourself a bit ? How did you end up making electronic music ?

I started out in the lofi indie scene in Sweden. I played guitar in some bands while my brother played synth. He had D-50, Juno-60 and MS-20 and after a while I found those more fun than the guitar and somehow I lost myself in that world of (then, around year 2000) cheap analog synths. Back then I didn’t know anything about techno really, me and my friends rather created our own bubble of electronic music with projects like Slagsmålsklubben, 50hertz and Din Stalker. We were doing those projects for a long time and released music on quite different types of labels, for instance Kitsuné here in France. In 2010 things changed and I started digging more in the techno world, at the same time I met my partner of Shxcxchcxsh and he showed me the dark and dirty side of electronic music that I didn’t know much about, but I loved it, and here we are now.


Can you tell us about your influences ? What do you try to (re)produce during a studio session ?

The one that has been with me the longest without fading out as an inspiration is probably Arthur Russell, and mainly his latest period when he is using delays and reverbs on everything. It’s the magic of doing very simple and melodic elements and treat them with lots of delay and reverb in various ways. Today Stanislav Tolkachev, who is doing our next Rösten EP is in a similar world of echo. One example is his classic Blue Mood which was just re-released. I remember opening up a DJ set with that track at a house party many years ago, everyone left, but it was a great feeling to hear it loud in that dark smoke-filled room, alone. So clearly it is not the most floor-filling sounds that I often have in mind, especially for SSTROM, it is rather introvert for being something you would hear in a club. But that’s what I am after, a complete immersion in a world of sounds where everything is just bouncing around very freely, I love that. A similar vibe is also in the video of Lee Gamble’s « Quadripoints », abstract bubbles just bouncing around in space above some mountain tops.

After a first EP on Semantica in 2016, you’re releasing « Vitriol » today on Rösten, the label that you’re co-managing. How would you define your personal style, in comparison with the style that you have developed through SHXCXCHCXSH ? Your solo productions seem a little bit more melodic than your duo’s productions, could you tell us more precisely how you set yourself apart from what you do as SHXCXCHCXSH ?

I can’t deny that I am very weak for arpeggiated synth riffs, and I guess I let that loose a little more when the other Shxcxchcxsh part is not watching. But also it has a lot to do with what types of sounds we are playing with, Shxcxchcxsh world is a more sample-based world, because that’s how we work together, while alone I tend to play with arpeggiators and sequencers on my synths more. So the difference is more of a natural outcome from being different souls with different ways of working than a set goal for a specific sound.


Can you tell us a few words about Rösten ? What is your vision, your aesthetics, what do you want to communicate ?

The best feeling for us is when we don’t understand what is going on, but somehow we still love it and can’t be without it. Our mission has never been to communicate a certain message. The core of our vision has always been in the subjective experience of sound and vision. It is what it is for those who take their time to take it in, nothing else.

What kind of evolution would you like to see in the coming years for SSTROM and SHXCXCHCXSH ? What kind of balance between your solo and duo projects ?

I always take it as it comes, for me music life can never be predicted more than the few gigs and releases I have in front of me. That’s part of what is so great about this job, that you don’t know how your future will be like. Everything has to be recreated regularly, if it gets stuck in the same loop year after year something is wrong. Shx has been a much more active project, so there is much more recreation to talk about there, but we’ll come to that later. With SSTROM I still have loads of material from years back that will come out, sort of mixed with new stuff, like this Vitriol EP is a mix of two rather old tracks from around 2010 on the A-side and two new ones from 2017 on the B-side. But it is not until about 2016 the project started to exist as a project rather than a bunch of unnamed tracks on my computer, so how it will develop we will see, but at the moment I have many unreleased records on my computer that I love so something will happen for sure.

Are there labels on which you’d like to release some stuff ? Artists you’d like to collaborate with ?

I am waiting for the day when my flatmate invites me to his room to make some emo-tunes for his label Blodad Tand, that would be cool.


On a more general note, what are your thoughts about today’s techno and electronic scene ? Are there trends, artists, labels that you’d like to tell us about, or that you’d like to see emerge ?

From inside my bubble I hear the noise, ambient, ebm and so on, but I don’t really listen. What I listen to is still pretty much the same type of sounds as it used to be, but perhaps even more limited to a certain sphere of sounds and those I try to find more of or create myself. And these types of sounds, especially if they are done in a techno format I find most interesting to perform in other strong techno bubbles like the one in Tbilisi, or France.

Other pretty unique bubbles you find in a Stockholm garage under the name Drömfakulteten, they do their own thing, especially Sissel Wincent who will release on Rösten later this year, her stuff sounds like no one else, and it is always very inspiring to hear people lose themselves in their own world.


And finally, a more personal question maybe : what kind of music do you listen to, besides techno ?

I like listening to 60’s pop and rock from before 67, there is some very naive and direct thing about it that I adore. But generally I love listening to music where you can hear some interactions with machines, call it techno, noise, dub or whatever, for instance the knob-tweaking of Delia Derbyshire, Les Paul, King Tubby or Adrian Sherwood.

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