IVVVO – Future

IVVVO nous offre un magnifique EP, inspiré et maîtrisé, cohérent tant dans son développement que dans son sound design.

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7.9

10

Par Alexandre Aelov
Publié le 16 juillet 2013 | 15:30

A trop attendre on est souvent déçu. Non, ce ne sont pas les mots de l’adolescent au cœur brisé que la darkance habite, mais ceux du rédacteur qui y a cru, pour rien. Le mois de juin promettait pourtant de belles choses du côté abstract/electronica…
Premièrement Zomby. Un trailer magnifique, de très beaux previews, tout pour que ce double album signé sur 4AD soit une double bombe. Si le mégamix Where were you in ’92 (2008) et Dedication (2011) avaient leurs défauts, il en ressortait un potentiel vraiment particulier, et on pouvait penser qu’un ambitieux double album pourrait réunir le tout. Hélas… Ça commence fort pourtant, quelques perles et un paysage musical vaste et riche en influences, mais on sent un léger foutage de gueule.
Des morceaux dépassant péniblement les 2 minutes, le plus souvent anecdotiques, puis une affreuse deuxième partie engluée dans une sorte de dark-ghetto sans corps ni âme. Un gâchis d’autant plus énervant qu’il y a du talent, des idées, une maîtrise. Mais non. « With Love ? », no way.

Vous vous souvenez de oOoOO? Son dernier EP signé sur TriAngle et qu’on avait chroniqué avec enthousiasme il y a près d’un an nous laissait espérer le meilleur. Un an pour ça… Passé la sublime ouverture avec Sirens, hé bien… Ici encore de belles perles, vraiment quelques tracks qui valent le détour, mais franchement, un album qui dépasse difficilement les 30 minutes, pourri de vieilles réminiscences witch house bâclées à ne sortir que sur sa ghettoblaster dans un after glauque à fumer du crack avec les types de Salem dans les bois sous la pluie. Et ces morceaux qui stoppent presque en plein milieu… Peut-être pas si dégueulasse que ça au demeurant, on a quand même l’impression d’une production prétentieuse et surestimée. La mélancolie et le nihilisme sont une chose, l’imposture en est une autre. « Without your love » ? C’est l’idée.
 

La surprise, car il y en a une, nous vient du producteur portugais IVVVO. Son dernier album, All Shades of White, sorti chez l’excellent label Opal Tapes, parachevait ce que le premier, Occult, laissait entrevoir. Un univers sombre, des approches abstract/downtempo, avec tout ce que ça comporte de nappes dégoulinantes, de reverb au kilo, de voix dépitchées lugubres et d’impossibilité de caser ça dans un set sans voir des chauve-souris envahir la piste. Mais aussi et surtout une maîtrise fine de la chose, une cohérence dans la composition et dans le sound design qui forçait le respect. IVVVO revient donc avec un EP sobrement intitulé Future.
Tout ce qui était présent dans les deux albums revient ici d’une manière plus abstraite. Darkness In My Soul, aux beats lo-fi, focalise toute l’attention sur l’imposant background sonore, simple dans la forme mais au pouvoir d’évocation incroyable. La structure elle-même semble entravée par cette surcharge ambiente quasi drone qui envahit tout. On retrouve cette instabilité, mais cette fois sur le plan mélodique, dans Before The Death Of Rave, sorte de mixture actressienne tourmentée et fragile qui ne va nulle part mais poursuit ce voyage plutôt nocturne. Rave pt1 fait alors figure de cadavre décharné. Rien ne subsiste qu’un clavier minimal qui peine à exister en suspens.
Après ce temps mort, le titre éponyme, moment de contemplation garage fantomatique sauvé du néant par un lead tout en finesse, justifie à lui seul le concept sous-jascent à l’EP tout entier. Under Grey suit cette ligne, ajoutant encore plus de brume et de mélancolie, si c’était encore possible, avant que Rave pt2 ne referme la dernière page avec tout le brio de la simplicité.
 

Comment en 6 tracks IVVVO réussit-il à faire oublier les lourdes déceptions abstract/electronica du mois de juin, avec des influences communes, un talent égal, et un atmosphère similaire ? Tout simplement en ne bâclant rien et en laissant respirer sa musique. Trop lourd, trop pressé, Zomby péchait par trop d’ambition, oOoOO flinguait tout son potentiel en s’enfermant dans une prétention mal placée. IVVVO nous offre un magnifique EP, inspiré et maîtrisé, cohérent tant dans son développement que dans son sound design. Tout ça dans un package vinyle numéroté et sobre. Tout simplement.

 


 

Tracklist:

1 – Darkness In My Soul
2 – Before The Death Of Rave
3 – Rave pt1
4 – Future
5 – Under Grey
6 – Rave pt2

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