J-Zbel, Low Jack, U-202 – Rends L’argent

Retour sur l’une des grosses sorties de la fin de l’année 2017, Rends L’argent, collaboration réussie entre les labels BFDM et L.I.E.S.

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8.5

10

Par Charles-Louis Velieu
Publié le 4 janvier 2018 | 9:22

Si c’est bien avec l’humour cynique de BFDM (Brothers From Different Mothers) que se présente dès son titre Rends L’argent, il s’agit pour cette quinzième sortie du label d’une collaboration où les Lyonnais se rallient à L.I.E.S (Long Island Electronical Systems), et cela avec réussite. En effet, les deux labels on su se faire une place prédominante dans la scène actuelle : L.I.E.S avec son ambiance authentique et sombre, a vu dans ses rangs des artistes comme Legowelt, Greg Beato, Terekke ou encore Tsuzing explorer dans sa diversité la musique électronique, dans ses temps lo-fi, breakés, ou encore ses productions plus industrielles. De même, BFDM a su se démarquer sur la scène française puis mondiale, avec son influence marquée de la culture rave du début des années 90 (jusque dans leur esthétique), et leurs sorties breakbeats imposantes, à l’influence trance, techno ou par moments house en fonction des différents projets de ces artistes lyonnais. Ainsi, c’est en un mélange des univers plus que bienvenu que s’est présentée cette sortie collective.

Disque à deux facettes, Rends L’argent prend tout son intérêt dans son atmosphère viscérale, où chaque piste à sa manière finit par nous bercer dans sa rêverie hypnotique. Piochant dans différents genres, J-Zbel apporte un vent de fraîcheur par ce son unique, s’éloignant des modèles répandus d’aujourd’hui. Leur première track, « Nik Molina », va mettre en avant des nappes nuageuses légères et presque élégiaques. Surplombées de synthés électro et d’une légère ligne d’acid, elles vont s’installer progressivement au détour du clapotis des hats et d’arpèges plus gras, tout en se jouant du suspense par des moments de blancs retardant l’arrivée des kicks. Ceux-ci adviennent presque à mi-morceau dans une rythmique breakée ponctuelle, et ne s’affirmeront que sur la fin de la piste. Une ambiance spirtuelle se dégage donc du morceau, à la fois énergique et calme. À l’inverse, « Selecta » prend un air de jungle dépitchée avec son premier set de percussion, sa basse profonde et ses vocales. Cette ambiance va se retrouver vite contrebalancée par les rythmes breakés agressifs de J-Zbel, les synthétiseurs prenant alors leurs aises à l’arrivée des nappes, magistrales, en écho avec celles de « Nik Molina ».

C’est dans cet esprit que les productions des ambassadeurs de L.I.E.S semblent aussi évoluer, les deux morceaux mettant en avant des rythmes breakés bien qu’entrecoupées de mélodies, à la manière de J-Zbel. Cependant, ils semblent tendre vers la techno et approfondissent l’univers du disque, dans ses eaux les plus sombres. Low Jack reprend avec virtuosité l’approche de J-Zbel tout en y ajoutant sa touche personnelle, ressentie par le côté plus retenu du morceau et mélancolique. Ainsi, « Ice Formula Riddim » va jouer d’un contraste profond entre des mélodies en fond hésitantes, graves, et un rythme breaké puissant se plaçant au premier plan. Les deux s’alternent et se croisent, accompagnés de percussions et de bruissements discrets créant une ambiance en proie à la méditation. U-202 avec « Whistler (edit X) » apporte une atmosphère différente au disque, dans son approche techno nerveuse. Le morceau est plus violent, aux sonorités grasses appuyées de distorsions. Les percussions se retrouvent interrompues par des lignes mélodiques triturées, s’amoindrissant par moment comme agonisante. Ici, peu de superposition tant chaque élément se veut imposant, et tant l’intérêt se crée dans ces sonorités bruyantes et saturées.

Bien qu’une collaboration entre deux labels différents dans les genres, Rends L’argent constitue un tout concordant. J-Zbel donne le ton avec son esprit rave, bien que moins physique que dans leur précédent disque. Cette ambiance s’adapte dès lors parfaitement à l’esprit de L.I.E.S en deux pistes sombres, presque industrielle du côté de Ron Morelli, et très mystérieuse du côté de Low Jack. L’univers de BFDM étend ainsi son joug à un plus large pan de la scène, de bon présage quant à la suite pour le label en 2018. De même, cette sortie confirme le statut désormais bien ancré de label influant pour L.I.E.S, qui arrive à chaque disque à affirmer son univers underground, et son esthétique musicale recherchée et authentique.

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