Jack Sparrow – #000000365

Jack Sparrow réussi le tour de force d’un album à la fois novateur et revenant aux sources du dubstep.

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9.0

10

Par Martin Drazel
Publié le 15 juin 2019 | 11:09

Nous éviterons l’affront de vous présenter Jack Sparrow. Figure centrale du dubstep depuis ses débuts, ambassadeur de l’incontournable Outlook Festival, Ryan Wild est un soldat des premières heures. Sa discographie qui s’étend de 2007 à nos jours parle pour lui : chacune de ses sortie est un tube ou un morceau remarqué et régulièrement joué, même des années plus tard. C’est chez Deep Medi Musik qu’il revient pour son second album, presque huit ans après Circadian chez Tectonic. #000000365 est à l’image de la musique de Sparrow et de son engagement pour la scène dubstep : sans compromis, direct et efficace.

Dès « Double Time Skank » on perçoit le chemin choisi par l’artiste. Ici les imbrications complexes d’une musique qui se cherche encore ont été mises de côté pour revenir aux sources. Pas d’esthétisation à outrance, de coupures expérimentales ou autres wobbles triturées : sa musique se veut soustraite de toute fioriture et centrée sur l’essentiel, à savoir une ligne de basse entraînante et une structure rythmique cadrée, à l’impact immédiat. Pourtant il serait difficile de cantonner la musique de Wild à de simples DJ tools. « Phat Alf » garde cette dynamique et détient aussi ces petites variantes de LFO, très subtiles, à dénicher derrière ce mastodonte piétinant allègrement les standards actuels. Même constat avec « Modal », où l’artiste réutilise ces vieilles leads que personne n’ose retoucher aujourd’hui, histoire de rappeler à l’ordre ce genre musical, le ramener face à ses origines gangsta. A nouveau, le travail rythmique et notamment la maîtrise des lignes de percussions est impressionnante, d’une rare solidité.
« Kaleidascope » reprend cette approche du classique « Good Old Days » avec ce sample sorti d’archives de jazzmans revendicateurs. La connaissance culturelle est toujours un signe d’une recherche et d’un souhait de pousser la création au-delà des codes, ce que Sparrow exécute parfaitement avec ce titre combinant synthé hypnotisant et mouvement basse / rythme implacable. Il n’est pas étonnant que ce titre fut largement attendu par les fans du genre, tant sa cohésion aura laissé moult traces sur le dance-floor depuis qu’il fut teasé par les grands du dubstep. Idem pour « Hight Fidelity », au discours rasta des plus authentiques. L’impact mécanique du titre et sa sub bass dévastatrice risque de faire vibrer bien des sound systems, ce qui synthétise l’intemporalité de la musique de Jack Sparrow : jouée voilée durant quelques années, tous se sont demandés qui était derrière cette arme secrète ; maintenant qu’elle est disponible, tous la joueront durant des années.

Mais la connaissance du genre de maître Sparrow ne s’arrête pas là. « Run for the Border » renoue avec les années Tectonic et ses rythmes syncopés, hommage d’une période un peu oubliée par l’actualité, alors que « Unity Rock », produit à quatre mains avec Silkie, retrace cette épopée mélodique que cherchait à toucher la seconde vague du dubstep entre 2008 et 2012. « Nancara » s’approche plus de ce que Ryan Wild affectionne personnellement, à l’instar des signatures sur son label Navy Cut : cette musique à la fois rêveuse et animée, rythmée et planante. De nouveau, la facilité avec laquelle les percussions s’imbriquent avec le titre est presque déconcertante. Avec « Ndidi », on entre de plein pied dans cette africanisation du genre, grâce à des samples de chants tribaux et une mélodie cyclique du plus bel effet, nouvelle preuve de l’habilité de l’artiste à jouer et revendiquer chaque forme du dubstep et de son amour profond pour la versatilité du genre.
Enfin, c’est bien joli toutes ces démonstrations techniques, mais cet essentiel dont #000000365 est sensé être l’épicentre, qu’en advient-il ? Il suffit de se pencher sur la construction de « Computer World » pour qu’une piqûre de rappel nous replonge dans une fièvre compulsive. Vous cherchiez quelque chose de frontal, direct et sans paillettes ? Eh bien le voilà, le rouleau-compresseur de l’album. Entre sa phase centrale composée autour d’une imposante basse grinçante et sa réponse qui sautille à tout va, on le tient notre chouchou du LP. Cette tension retombe quelque peu avec « Sway », dont l’enchaînement reste à l’image de l’album : varié mais toujours prépondérant, véritable étalage d’un savoir-faire unique. On y retrouve tout ce qui rend cet album aussi consistant : mélodie habile et connaissance rythmique impeccable. C’est enfin un nouveau chapitre des prêches de Rider Shafique qui conclut ce nouvel opus de Sparrow, rappelant à l’ordre l’auditeur face aux urgences mondiales actuelles, soutenu par une harmonie agréable, touche de fin raffinée pour un album qui possède et revendique toutes les facettes du dubstep à lui tout seul.

Entre tournées, maxis, interviews, gestion du festival de Pula, on se demande quand Jack Sparrow a t-il bien pu trouver le temps de créer et peaufiner son #00000365 avec une telle assiduité. Ne vous trompez pas sur l’apparente simplicité des douze titres composant l’album, une oreille attentive y découvrira toute la musicalité tapie derrière. Ce quatorzième LP sur l’empreinte de Mala est un manifeste pour l’expansion et la libération du dubstep de ses propres formes, tout en affirmant un besoin quasi épidermique d’un retour aux sources. Réussir le tour de force de combiner modernisme et respect des codes n’est pas donné à tout le monde, alors chapeau-bas sieur Sparrow pour cette future pierre angulaire du dubstep qu’est #000000365

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