Jayne Amara Ross, Frédéric D. Oberland & Gaspar Claus – The Freemartin Calf

Un trio de choix pour réaliser la pièce audio d’une oeuvre visuelle expérimentale.

Jayne Amara Ross, Frédéric D. Oberland & Gaspar Claus

8.1

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 12 octobre 2013 | 11:05

« You begin to stir, your limbs opening strong like shiny new scissor blades. Your rubber rimmed mouth opens up to tiny spoonfuls of air and it is af if their black bodies fall clean into you, your breathing picking up speed.

I lived a lifetime before you awoke. »

 

Lorsque deux êtres sont intimement connectés par le partage de gênes lors de la gestation, un lien émotionnel inébranlable est créé. Il est d’autant plus fort lorsqu’il s’agit d’une mère et sa fille. Voilà sur quoi se centre The Freemartin Calf. Car oui, tout est question de liaisons dans cet album.
Tourné en 2009-2010 avec des caméras au format SUPER 8 par la réalisatrice franco-australienne Jayne Amara Ross et avec des images en noir et blanc, ce court métrage relatant la journée d’une mère et de sa fille a en effet nécessité un certain nombre de connexions pour sa réalisation. Tout d’abord, il faut des fonds. Le Centre National des Arts Plastiques leur en fournira. Comme quoi, le cinéma expérimental continue de survivre, mais trêve de digressions… Pour faire un film de ce genre, il faut aussi une équipe motivée. Qu’à cela ne tienne, Jayne appartient au collectif FareWell Poetry où y figure notamment son ami et compositeur Français, Frédéric D. Oberland.
Grands amateurs du 5e et 7e art comme en témoigne la magnifique mixtape réalisée pour l’indispensable Fluid Radio, les deux artistes ont collaboré sur plusieurs films et dont un est paru sur Gizeh Records en 2011 et intitulé Hoping For the Invisible To Ignite. The Freemartin Calf lui s’offre aujourd’hui enfin une édition physique (DVD+ vinyle), limitée certes, mais judicieusement accordée par ce même Gizeh.

Nous avons fait le choix ici de ne prendre que la pièce audio de cette œuvre expérimentale, car, bien que le film en lui–même vaille le détour, la bande sonore suffira aux anglophiles pour cerner cette œuvre. Pour les récalcitrants à la langue de Shakespeare, il va falloir prendre appui sur la reine des facultés : l’imagination.

 

Premier aspect frappant, toutes les paroles du scripte sont retranscrites par la bande son qui joue par conséquent pleinement son rôle. Il n’y a en effet pas de dialogue dans son sens consensuel, car seule la voix énigmatique de Jayne s’échappe de ce halo tourmenté. Ce monologue fait partie intégrante de ce magma doucement chaotique, c’est l’âme même de ce tourbillonnement délicat.
Même en étant allergique à la littérature anglaise, il faut se rendre à l’évidence : les bribes de la réalisatrice dissimulent une poésie désarmante, et, merci le booklet, sont d’une richesse linguistique étonnante.Mais si les faibles murmures auraient sans doute été orphelins sans l’accompagnement de Frédéric D. Oberland et de Gaspar Claus, la réciproque aurait également été vraie.

Dans ce flot tumultueux, l’humanité personnifiée semble répondre aux échos immatériels des nappes vibrantes du violoncelle de Gaspar, de la guitare, de l’harmonium et de la thérémine de Frédéric qui apparaissent notamment sur le splendide The Bed Crows/ Girasol.
Les morceaux instrumentaux sont peu nombreux, et constituent des intermèdes tout aussi captivants car nous pouvons ainsi mieux nous concentrer sur les textures extrêmement travaillées comme dans The Crossing II, Gutter-Plunder et leurs ambiances à fleur de peau. Les fils s’enlacent et se délacent dans le miroitement des vies menées par la mère et la fille, qui veulent toutes deux rejeter et se conformer à la place qu’il leur a été faite dans la société.
Semblable à l’onyx, Swaddling Thickets of White Deafness annonce glacialement la tempête. Sur The Sacrifice les éléments peuvent alors se déchaîner. Le monde se déchire, puis se disloque et, suite à ces longues minutes d’agonies, le temps exhale son dernier souffle. La fin salvatrice apparaît enfin et fait oublier ainsi les deniers moment horrifiques vécus, comme si l’équilibre rompu avait pu laisser éclore quelque chose de neuf, une lueur d’espoir surgissant du chaos. A nous de discerner le contenu de cette étrange phosphorescence bienfaisante et rédemptrice.

 

The Freemartin Calf est un peu cela en fin de compte : une recherche du juste équilibre. Les instruments muselés par le souffle envoutant de Jayne Amara Ross cherchent à tout prix à s’épancher sans vergogne. Tour à tour incandescentes et glaciales, les nappes sont sans cesse engagées dans ce conflit fratricide et procurent des ambiances délétères tout à fait délectables. Cette sédition amènera la rupture puis le renouvellement. Un cycle en perpétuelle reproduction né d’un tumulte beau à en crever.

 

 

 

Tracklist :

1. The Crossing I, Winter Stone & Mortar (2:59)
2. The Bed-Crows / Girasol (4:59)
3. The Crossing II, Gutter-Plunder(3:42)
4. Slim-Cut Topiaries (1:39)
5. On the Edge of the Great Precipice (4:02)
6. Swaddling Thickets of White Deafness (5:37)
7. The Sacrifice (7:42)
8. The End / Credits (7:13)

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