Jessy Lanza – Pull My Hair Back

L’énigme de la pop électronique et sa fascinante résolution.

JessyLanza_1

8.4

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 9 septembre 2013 | 10:30

S’il y a bien une chose à laquelle Kode9 nous a habitués en ce qui concerne les sorties d’Hyperdub, c’est précisément de ne s’habituer à rien. Après l’album-surprise de Walton et celui en forme de confirmation d’Ikonika, le label anglais continue d’élargir son tableau sonore avec la première prise sur disque de la Canadienne Jessy Lanza, qui n’avait jusqu’alors rien publié.
Qu’est-ce qu’une pop électronique ? Si le terme est depuis longtemps pérennisé, il peut toujours apparaître comme une forme de paradoxe. D’oxymore, même, tant ses deux composantes peuvent sembler antithétiques, du fait des origines de la musique électronique dans l’expérimentation pure et de son obsession récurrente (qu’elle soit justifiée ou non n’est pas le débat) pour l’idée d’underground.

Jessy Lanza nous propose ici une tentative de réponse. Minimaliste. Fragmentaire. Gracile et insaisissable. Rien ne semble ici dissimulé : chaque titre se contente de quelques éléments distinctement mis en évidence. Percussions basiques, quelques notes synthétiques composant un air immatériel, et cette voix qui peut aussi bien se permettre d’aller chercher les aigus que de prononcer quelques mots d’un ton détâché, mais restant toujours bien ancrée dans vos synapses.

Pourquoi chercher plus ? Ces quelques agents juxtaposés suffisent à Jessy Lanza et son acolyte Jeremy Greenspan dans leur quête de constructions pop touchant à l’atemporalité. Chaque mot chanté par Lanza semble s’évaporer dans un espace créé par ces mélodies paraîssant aussi simples que fascinantes. Qu’elle soit utilisée comme sample répété, comme dans Fuck Diamond, ou dans des lignes de chant à proprement parler, sa voix exerce un magnétisme dont il est dur se défaire. La production est tout aussi brillante, chacun des sons se succédant possédant un attrait indéfinissable, à l’image de ces arpèges introduisant Against the Wall, ou de la nappe de synthétiseur accompagnant les couplets de ce même titre.
A cet égard, la courte durée de l’album (à peine 36 minutes) empêche ces effets de se dissiper. La variété des études proposées concourt même à les renforcer : du single éthéré Kathy Lee – probablement l’expression la plus lumineuse de cette sensibilité musicale – à un Keep Moving aux aspirations disco ou un As If justifiant le terme de R&B que l’artiste elle-même emploie pour qualifier sa musique, chaque titre semble empli d’un esprit unique, sans complètement fonctionner en système clos.
Au milieu de ces multiples candidats, et au-delà de son titre que l’on ne cherchera pas à expliquer, c’est finalement 5785021 qui retiendra nos suffrages, tant l’album semble alors s’approcher d’une forme de perfection pop imaginaire. Les infrabasses qui vous y accueilleront intriguent. Mais un accord de clavier suffit à vous emporter dans une bulle nocturne, une rêverie incarnée une fois de plus par ces lignes de chant dont ne cherchera même pas à discerner les paroles, tant on touche ici à une forme d’évidence.

Peu nous importe finalement qu’en fin d’effort, le morceau-titre ou Strange Emotion puissent passer pour légèrement plus forcés. Car s’il est probablement trop tôt pour clamer que l’on a ici affaire à un futur classique, et si ces titres pourront rebuter certains, l’impression qui domine à chaque écoute de ce Pull My Hair Back est bien celle d’avoir affaire à l’une des plus belles résolutions de l’énigme de la pop électronique depuis le Tender Buttons de Broadcast. Musique fascinante, et grand disque.

Tracklist :

01. Giddy
02. 5785021
03. Kathy Lee
04. Fuck Diamond
05. Keep Moving
06. Against the Wall
07. Pull My Hair Back
08. As If
09. Strange Emotion

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