Jlin – Dark Energy

Jlin signe pour Planet Mu un premier album unique qui devrait entrer au panthéon du footwork pour sa violence inédite, organisée en lente progression vers la folie.

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8.5

10

Label

Genre

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 26 mars 2015 | 11:47

Il semble difficile, cinq ans après le début de la diffusion du footwork en Europe, de ne pas reconnaître le rôle de Planet Mu dans ce processus. Premier label à faire véritablement sortir le genre des quartiers de Chicago, l’écurie de Mike Paradinas a depuis abondamment mis en avant le genre, que ce soit par le biais d’EPs, d’albums ou des indispensables compilations Bangs & Works.

On oublie cependant très souvent de mentionner que Planet Mu ne se centrait pas sur n’importe quel footwork : alors qu’un label tel qu’Hyperdub, du fait de son ancrage dans le dubstep et la bass music, se rapprochait du crew Teklife et du versant le plus percussif, Planet Mu s’est dans de nombreux cas tourné vers les extraterrestres du footwork, artistes repoussant les limites du style en poussant son étrangeté à l’extrême ou en convoquant des éléments hétéroclites dans leur tambouille. De l’amateurisme radical de DJ Nate aux bizarreries synthétiques de DJ Diamond, en passant par l’éclectisme de Traxman, Planet Mu a ainsi laissé s’exprimer quelques uns des plus singuliers producteurs du genre ; une volonté qui transpire à nouveau avec Dark Energy, premier album de Jlin.

Restée dans l’ombre jusqu’à présent, Jlin n’était véritablement connue que par deux titres publiés sur la seconde compilation Bangs & Works, dont un exceptionnel « Erotic Heat », déjà témoin d’un style particulier. Issue de Gary, dans la banlieue de Chicago, l’artiste retournait ainsi le footwork sur lui-même pour en montrer toute la perversité, dans un cataclysme de sonorités abrasives et de hi-hats en furie. C’est dans cette même lignée que se place aujourd’hui Dark Energy, organisé en lente progression vers la folie pure.

L’album s’ouvre pourtant sur quelques notes de piano, rapidement couplées à des cordes menaçantes. Une tension s’installe, renforcée par des percussions indécises. Cette tension se fait dès lors croissante d’un titre à l’autre, foudroyant au passage toutes les limites de l’esprit : « Unknown Tongues » fait feu dès la deuxième piste, martelant l’auditeur de ses kicks sans répit et de ses voix détachées de toute signification, ayant pour seul sens leur simple sonorité.

L’électrique enchaînement du fabuleux « Guantanamo » et d’ « Erotic Heat » hausse une nouvelle fois les débats de quelques crans. Inutile, dès lors, de résister : Jlin tient l’auditeur dans ses filets et tord toutes ses attentes dans un intense fracas. Difficile de ne pas complètement perdre pied et de se laisser emporter par cette frénésie de beats en déluge, de claviers démoniaques et de synthés confinant à la démence. Difficile, aussi, de bouder son plaisir face à des fulgurances telles qu’un « Mansa Mura » voyant des débuts apparemment angéliques se métamorphoser en une atmosphère viciée aux basses intenses.

La capacité de résistance à ce torrent sera fonction des limites de chacun : les nerfs de l’auditeur sont ainsi mis à rude épreuve, d’un « Infrared (Bagua) » aux sonorités élastiques et voix d’outre-tombe au psychotique « So High ». On cède finalement sur l’excipit « Abnormal Restriction », empreint d’une folie dépassant toutes nos facultés de compréhension. Déréglant une dernière fois nos sens, cette ultime effusion referme l’album avec fureur.

Loin d’être de tout repos, Dark Energy répond aux attentes placées en Jlin : celle-ci parvient en l’espace de quarante minutes à pousser ses productions dans leurs retranchements pour bâtir un disque parfaitement cohérent. Violent et rugueux, l’univers de Jlin nous emporte dans un tourbillon sonore dont on ressort haletant. Une interrogation subsiste : au vu de la virulence de ce premier jet, la suite des choses paraît inquiétante, tant on se demande s’il sera possible pour l’artiste d’aller plus loin. Contentons-nous déjà de ce premier élan de rage hypnotique, auquel il sera difficile de se soustraire : à peu près seul dans sa catégorie, Dark Energy devrait entrer sans problème au panthéon des albums footwork.

Tracklist :

01. Black Ballet
02. Unknown Tongues
03. Guantanamo
04. Erotic Heat
05. Black Diamond
06. Mansa Musa
07. Infrared (Bagua)
08. Ra
09. Expand
10. So High
11. Abnormal Restriction

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