John Heckle – Baiyun Mountain

Il y a parfois du bon à ne pas savoir mixer ses morceaux pour qu’ils sonnent aussi clairs que de l’eau de roche.

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8.1

10

Par David Robert
Publié le 18 janvier 2014 | 12:12

Il y a parfois du bon à ne pas savoir mixer ses morceaux pour qu’ils sonnent aussi clair que de l’eau de roche. Dans un monde dominé par le plus blanc que blanc, le maculé a toujours ses cartes à jouer. John Heckle est là pour en témoigner. Pris sous l’aile d’un poids lourd de l’underground anti-chasteté (Regis), il a démarré une courte série de releases sous l’alias Hek au milieu des années 2000. C’est ensuite en 2010 qu’il a remis main à la pâte sous l’alias John Heckle.

Entre temps, il a eu le temps de dévorer la discographie de Mathematics Recordings, de travailler sur ses hardwares et de tourner autour de son mixer en prenant bien soin de ne pas trop s’en approcher. Une distance de sécurité qui lui a permis de donner une touche indéniablement raw a ses excellentes productions. En ce sens, il pourrait facilement être rapproché de la mouvance Jakbeat, initiée par Traxx et qui se veut être une réaction au son digital lissé à l’extrême.
Mais définir uniquement John Heckle a sa façon de produire serait insultant, tant la qualité de ses sorties entre house et techno a toujours été au rendez-vous. Preuves en sont les labels qui lui ont ouvert les bras : Mathematics, Tabernacle ou encore Lies. Suivant l’immense album « Desolate Figure » sorti en 2013 sur Tabernacle, Heckle s’est illustré en fin d’année avec « Baiyun Mountain », premier EP sorti dans l’antre bienveillante d’Aroy Dee : M>O>S Recordings.

Si les trois titres ici présents valent leur pesant d’or, c’est surtout le premier titre, « Cactus Jack », qui fera retenir cet EP comme un excellent cru de l’année 2013. Oui, nous sommes déjà mi-janvier, il était donc grand temps que l’on s’en rende compte.
Sur une rythmique bandant ses muscles, rebondit une première une ligne acide qui guide le titre. Les snares agissent ici comme des coups de fouets en saccades, qui, lorsqu’ils s’abattent en une pluie frénétique, amorcent des drops assez gargantuesques. Qu’elles soient tranchantes ou arrondies, les strates acides se multiplient, s’entremêlent et emplissent tout l’espace disponible.
Un sentiment d’égarement s’installe avec ce premier morceau, mais ce n’est rien comparé à « Birds With Vertigo ». En effet ce dernier est un magma de couches sonores et de textures multiples, balbutiements inclus. Si toutes ces impulsions folles sont encadrées par une rythmique qui rend le titre dansant dans la forme, elles provoquent un certain marasme qui rendent le délire plus fort que la raison et la confusion plus forte que la faculté à synchroniser ses membres pour danser.
« Baiyun Mountain » vient en clôture apaiser les ardeurs primaires de cette jungle analogique qui semblaient avoir mis sur pied un semblant d’anarchisme. Le BPM est élevé, les machines font toujours jaillir des gerbes qui se croisent, l’acid est aride, vif, mais le titre prend de la hauteur. Le poids est moindre au fur et à mesure que la nostalgie s’installe, amorçant la fin d’un voyage. Un voyage court, de trois titres, mais éprouvant. Le repos est donc bien mérité.

 

Tracklist :

A1. Cactus Jack
A2. Birds With Vertigo
B1. Baiyun Mountain

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