Jon Hopkins – Immunity

Immunity est un album qui s’apprivoisera facilement, mais cela ne doit pas masquer l’énorme talent de Jon Hopkins.

Jon Hopkins - Immunity

8.2

10

Par Leo Baqué
Publié le 5 juin 2013 | 14:10

S’il est encore besoin de présenter l’illustre Jon Hopkins, voici un petit résumé. Né à Wimbledon et donc londonien de cœur, le jeune Jon se sensibilise très vite à l’écoute de musiques électroniques via les stations locales diffusant les prémices de ce qui sera la house d’aujourd’hui. Il attaque l’étude du piano au Royal College of Music à 12 ans, cursus qu’il poursuivra brillamment jusqu’à l’âge de 17 ans, gagnant « par erreur » un concours et décidant de fuir cette formation classique pour s’adonner à l’expression d’une musique plus libre et personnelle. Il composera et produira 3 albums solo de 2001 à 2009 et multipliera les collaborations (notamment avec Brian Eno) et les remix (Four Tet, Nosaj Thing…) s’attirant peu à peu les louanges du public aussi bien que de la critique.
Depuis Opalescent (2001), le son de ses productions progresse vers une texture électronique de plus en plus rugueuse et sombre, prenant sur Insides (2009) la forme d’une IDM glitchée et syncopée qui n’avait laissé personne indifférent lors de sa sortie. Son fidèle piano l’accompagnera toujours, se faisant néanmoins de plus en plus discret. Après 4 ans d’attente, il nous enfin livre chez Domino son quatrième long-format.

Arborant les mêmes textures aussi finement ciselées qu’abrasives qu’on rencontrait sur Insides, Immunity prend néanmoins un virage stylistique appuyé vers une forme plus technoïde qui fait l’air du temps – pour notre plus grand plaisir bien entendu. S’ouvrant sur We Dissapear, il nous plonge immédiatement dans le bain avec une ligne de basse polymorphe évoluant dans une matrice syncopée et déstructurée de beats rugueux à souhait. En guise d’introduction, c’est un morceau qui ne renie en rien l’héritage de l’album précédent tout en développant un univers fourmillant de détails dans une spatialité sans cesse transfigurée.
Mais c’est avec Open Eye Signal qu’on rentre dans une techno progressive et lourde comme on l’aime, une track construite sur un motif unique qui évolue cette fois lentement mais sûrement pour une montée de plus de 5 minutes, et qui termine en apothéose sur un magnifique jeu d’effets autour de la ligne principale guidé d’une main de maître. Dans cette continuité, on restera avec Breathe This Air et Collider sur de magnifiques jeux de textures autour des basses qui feront pâlir n’importe quel producteur en herbe par leur profondeur et la puissance du sound-design ici à l’œuvre, tout en s’offrant quelques répits oniriques temporaires sur de délicieuses nappes aériennes.
Enfin, les quatre dernières pistes s’orienteront vers une atmosphère bien plus ambient, avec les quelques accords de piano d’Abandon Widow qui laissent place à de lointaines nappes de bruit blanc, les calmes percussions de Form by Firelight, la plus candide Sun Harmonics qui rappellera certains travaux de Four Tet  et dans à sa suite le titre de clôture, Immunity, avec ses timides voix évoquant un certain Thom Yorke.

Immunity est un album qui s’apprivoisera facilement, mais cela ne doit pas masquer l’énorme talent de Jon Hopkins qui, tel un alchimiste, sculpte et façonne des univers à chacun de ses morceaux, travaillant ses textures avec une incroyable précision. Créant un équilibre fragile à chaque moment, il n’hésite pas à tout détruire d’un coup de potard pour faire émerger une nouvelle forme du chaos, ou métamorphoser sans cesse ses créations avec une dextérité sans pareille. En bref, foncez sur cet album les yeux fermés, mais les oreilles bien ouvertes.

 


 

Tracklist :

1 – We Dissapear
2 – Open Eye Signal
3 – Breathe This Air
4 – Collider
5 – Abandon Widow
6 – Form by Firelight
7 – Sun Harmonics
8 – Immunity

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