Kaiju – Seven Sins

Kaiju nous livre un album entre-deux qui a pourtant le potentiel d’un futur classique du dubstep.

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7.9

10

Par Martin Drazel
Publié le 26 août 2016 | 15:29

Duo formé par Jamie Schildhauer et Paul White, Kaiju aura su se faire remarquer par leur vision d’un dubstep épuré tout autant qu’efficace. Après quelques maxis sur Osiris Music, c’est ensuite Mala qui a fait main basse sur eux pour leur signer l’énorme « Justice ». Toujours chez Deep Medi, la paire revient avec un album peaufiné durant deux ans : Seven Sins.

La thématique des sept péchés capitaux n’est pas si originale, mais jamais abordée en dubstep. Kaiju imprègne donc chaque morceau d’une allusion plus ou moins directe à l’émotion interdite dont il s’inspire. « Envy », avec le chantant Jack Gates, possède cette force poussant l’imagination, à l’instar de sa structure oscillant entre dubstep sobre et inspirations tirant vers le Heligoland de Massive Attack. Une bien belle manière de nous emmener vers des contrées plus sombres. « Greed » propose une construction plus habituelle, où l’on reconnaît la science du duo pour les interventions de samples soigneusement sélectionnés interférant dans un jeu de basse envoûtant. On regrettera pourtant qu’il n’expérimente pas de nouvelles formes, Kaiju ayant déjà démontré leur capacité à défricher un genre souvent statique. Ainsi, d’autres titres manquent quelque peu d’innovation, comme « Sloth » et « Lust », dont la présence d’une Riya à la voix retraitée et ralentie n’apporte pas grand chose à ce morceau construit avec Total Science. Il est pourtant évident que la maîtrise technique et mélodique est omniprésente, ce qui pose la question de la technicité au-delà d’une créativité, qui fait quelque peu défaut sur la moitié de ce sept titres.

« Pride » inverse cette tendance avec un jeu de puissance rythmique entremêlé d’une ligne de basse monstrueuse qui trouve son groove grâce à des arrêts subtils. On y reconnaît l’ambiance de ces séries Z nipponnes qui ont inspiré le nom du duo : c’est dévastateur, immuable et particulièrement bien agencé. Cette interprétation de la fierté résonne avec bien d’autres petits bijoux de l’album.
Une rencontre entre Kaiju et cet échappé d’asile qu’est Gantz attise forcément l’excitation de tout mélomane s’étant penché sur la mouvance dubstep. Force est de constater que ce « Gluttony » répond à toutes les demandes de son cahier des charges : déstructuré, profond, entêtant et très novateur, ce titre a un bel avenir devant lui. Enfin « Warth » démontre toute l’ingéniosité du duo lorsqu’il s’agit de s’essayer à de nouvelles formes. La construction de cette vision colérique se veut fiévreuse à souhait, à l’image de ces caisse-claires inversées qui occupent une majeure partie du spectre médium, et ce sans aucune possibilité de négociation.

Voilà donc un album très attendu qui déçoit quelque peu par certaines formules déjà entendues. Mais il serait dommage de s’arrêter à quelques morceaux certes conventionnels mais d’une rare qualité, car le reste de l’album relève tellement le niveau que l’auditeur finit par être incapable de les dissocier aux autres. N’est-ce pas l’apanage d’un bon album que d’osciller entre ce qui s’entend et ce qui s’écoute ? Kaiju a indéniablement réussi ce tour de force, leur projet de réinterprétation des sept pêchés mérite donc toute l’attention qui lui est dû, car Seven Sins est sans aucun doute un futur classique en puissance.

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