Kangding Ray – Solens Arc

Et Cerbère gémit en enfer.

Kangding Ray - Solens Arc

8.8

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 6 mars 2014 | 19:05

Architecte de métier, David Letellier est aujourd’hui un musicien accompli connu sous Kangding Ray. En effet, il effectuait ses premières passes d’armes sur le label allemand Raster-Noton dès 2006 avec «Stabil», un modèle solide de glitch music feutrée et précise qui reste encore la marque de fabrique du label.
Mais la musique du français basé à Berlin refusait (et refuse toujours) toute classification et évolua au fil des années. Deux ans plus tard « Automne Fold» pulvérisait et vaporisait l’humidité s’écoulant des nervures des feuilles en décomposition. En 2011 « OR » projetait des fragments de ce métal lourd et brillant avec des beats incisifs qui réduisaient en charpie tout ce qui se trouvait à proximité. Ainsi, après l’aspect, la texture, la couleur, vient la trajectoire avec ce « Solens Arc ».
D’une logique implacable.

 

Il y a plusieurs façons de considérer cette galette parue fin février sur Raster-Noton. La première serait de la voir comme un unique arc qui se déploie tout le long de l’album. La deuxième serait de l’appréhender comme une succession de quatre longues plages sonores.
En effet, lors de notre dernière entrevue avec l’artiste (disponible ici), David nous avait annoncé qu’à sa conception l’album était constitué de quatre tracks, qui formaient justement quatre arcs ou quatre paliers à franchir avec le même nombre d’impulsions que l’on retrouve avec « Serendipity March », « The River (Reprise) », « Amber Decay » et « Crystal ».

Dès le décollage de l’album on reconnait instinctivement la patte du français. Ferme dans ses ambitions, souple dans sa mise en forme même si les battements sont d’une lourdeur et d’une rudesse sans pareille. Si l’impression de pesanteur ne nous quitte pas durant ces cinquante minutes il serait pourtant bien trop facile de s’arrêter aux apparences et dire que la poussée est insuffisante.
En effet, la masse n’est qu’une résultante inévitable et l’effet secondaire d’un but qui est toute autre : celui de développer la puissance nécessaire à l’envol. Et ce « Solens Arc » ne manque absolument pas de puissance. Les rythmiques du premier morceau, « Serendipity March », gagnent progressivement en cadence et dégagent une énergie redoutable lors du lancement. Ce morceau fait donc office de mise en orbite idéale pour ce qui va suivre.

Ces dernières années on a régulièrement vu jouer Kangding Ray dans des clubs tels que le Berghain et s’imprégner d’une culture techno berlinoise en proposant notamment plusieurs EP sur le label de Lucy (Stroboscopic Artefacts). Et  le moins que l’on puisse dire c’est que cela s’entend.
Les textures sont en effet beaucoup plus rudes, moins filigranes, plus musclées… Les mouvements sont plus linéaires comme le démontrent si bien le Cerbère aux trois têtes que sont « Evento », « Blank Empire», et « Amber Decay ». Mais là où beaucoup de producteurs se seraient laissés aller dans le confinement d’une démonstration de force permanente et dans la tension usante, le français ajoute dans son armature démoniaque des lignes mélodiques presque fluorescentes tant elles contrastent avec la noirceur ambiante. D’où l’impression de souplesse, d’équilibre harmonieux naissant parmi cet antagonisme devenu unité indissoluble. Et d’ailleurs sur ces quatre arches germent des morceaux entièrement beatless comme « L’Envol », estompant encore un peu plus les frontières entre deux fractales, l’ascension se confondant avec la déchéance, le Zénith avec le Nadir.

 

Encore plus qu’à l’accoutumé, la pesanteur des rythmes est ravageuse, impitoyable et inquiétante, même si elle est rééquilibrée par la subtilité des mélodies cristallines. Soit autant de vibrations effilées qui s’entrechoquent et résonnent concentriquement avec une grâce redoutable.
Bien que les hyperboles et autres ellipses ne suffisent plus à tracer les contours d’une telle perle, il était indispensable d’évoquer le cap franchi par Kangding Ray qui parvient à se démarquer de ses compères et à expédier tout ce qui se trouve autour de lui à des années lumières en termes d’exploration sonore.

Par-delà les paraboles évoquées par « Solens Arc», s’amorce un bras de fer entre deux forces. La propulsion contre la gravitation. Alors que tout les oppose, l’association est de mise pour nous transcrire le tracé de ce galbe chimérique. Pendant ce temps, le regard de l’auditeur se délecte des incurvations tantôt convexes tantôt concaves qui agissent comme d’autant d’illusions d’optiques. Durant cette chute sans fin dans une nuit sans fond, une lumière rougeoyante guide notre course vers les entrailles de la terre. Voilà l’Enfer.

 

 

Tracklist :

1. Serendipity March
2. The River
3. Evento
4. The River (Reprise)
5. Blank Empire
6. L’envol
7. Amber Decay
8. Apogee
9. History Of Obscurity
10. Crystal
11. Transitional Ballistics
12. Son

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