Kemialliset Ystävät – Alas Rattoisaa Virtaa

Pour son premier album en quatre ans, le collectif Kemialliset Ystävät opte pour l’expérimentation électronique, pour un résultat unique.

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7.5

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 5 juin 2014 | 9:25

A l’instar d’Excepter, dont nous vous parlions il y a quelques semaines, Kemialliset Ystävät est de ces groupes restant malheureusement méconnus dans les sphères électroniques. Il est certain que les expérimentations de ce collectif finlandais à géométrie variable appartiennent davantage, sur la plupart de leurs sorties, au registre des musiques acoustiques qu’électroniques, accumulant les strates de guitares acoustiques et électriques. Néanmoins, leur proximité avec l’excellent label Fonal, sur lequel se retrouvent quelques uns des plus ambitieux projets électroniques de ces dernières années, à l’image d’un Tomutonttu (projet solo du leader de Kemialliset Ystävät), et autres albums géniaux mêlant leurs techniques pour toucher à la perfection – le sublime A Love Cycle d’ES en est un exemple –, a de quoi mettre la puce à l’oreille. Ce nouvel album des amis chimiques – nom du groupe dans la langue aux seize cas –, Alas Rattoisaa Virtaa, devrait confirmer cette impression.

 

Relocalisé pour l’occasion chez Dekorder, le groupe abandonne en effet son freak folk alternant séquences de mélange des genres et pseudo-comptines rurales hantées pour des sonorités ouvertement électroniques, empilant les couches de synthétiseurs analogiques plutôt que d’instruments acoustiques. Les premières secondes d’ « Alempana Kuin Enkelit » suffisent à le prouver, enchaînant bruitages divers et synthés déviants. Evoquant aussi bien Black Dice que les récentes embardées de Gang of Ducks, le groupe nous enjoint dès ce premier titre à un mode d’écoute nouveau.

Paradoxalement, en laissant de côté ses outils traditionnels, optant pour l’électronique, le collectif – pas moins de douze artistes interviennent ici d’une manière ou d’une autre – semble en effet découvrir une partie du voile de mystère qui recouvrait sa musique, pour prendre des aspects presque ludiques, laissant les sons incongrus surgir aux instants imprévus. Là encore, le groupe ne peine pas à nous le laisser entendre : le second titre sera ainsi l’occasion de mettre en scène des imitations de marimba au milieu des bruitages divers, arrangés en cadre directeur. Le groupe y met également au jour ses talents mélodiques, déjà évidents sur un album tel qu’Alkuhärkä, mais jamais aussi perceptibles qu’avec les déconstructions tonales se plaçant fermement au premier rang du titre.

En deux titres, le groupe plante donc un tout nouveau décor pour sa musique, qu’il s’agit dès lors d’habiter. Superposant les sons les plus clairs aux synthés les plus clairs, Kemialliset Ystävät aura dès lors la lucidité de ne pas donner dans l’univoque, sachant traiter des atmosphères successives et variées. Néanmoins, si elle se trouve contrariée par les gimmicks de guitare du très bon « Nijura », c’est progressivement la mélancolie qui prend ici le dessus : filtrant progressivement hors de ces nuages électroniques, celle-ci prend lentement la forme d’un halo englobant l’album. D’abord cachée dans des voix perçant ici et là du brouillard, cette émotion pour la première fois aussi palpable dans la musique du groupe prend définitivement le pouvoir au terme de la tour de sept minutes « Vettä Yarahille », savamment placée au centre du disque, comme un point de passage psychédélique vers le non-retour.

La seconde moitié du disque se révèle ainsi étrangement poignante : si l’abondance des motifs peut rester éprouvante, impliquant des écoutes répétées, Kemialliset Ystävät conserve son don en ce qui est du détail inattendu captant l’attention. Le clavier clair dénotant avec le reste de l’instrumentation sur l’introduction d’« Hetkinen » est ainsi suffisant à faire apparaître le titre comme l’évocation d’une nostalgie pour un temps n’ayant jamais réellement existé, sentiment s’extrayant du temps pour s’exprimer dans toute sa pureté. Deux titres plus loin, ce sont de la même manière des voix inversées émergeant du chaos de « Kun Rajat Sulaa » qui donneront au titre tout son caractère.

 

Des programmations synthwave déconstruites de « Roiske Ruudukolla » au sublime « Apinatkin Laulaa » en conclusion parfaite, Kemialliset Ystävät réussit donc avec cet Alas Roittoisaa Virtaa : changer entièrement son mode d’expression pour se renouveler complètement tout en conservant un même visage, dévoilé pour l’occasion. Ce faisant, le collectif signe un disque déroutant, risquant de perdre bien des auditeurs au fil de ses incessants retournements, mais aussi riche et hypersensible. A écouter, ne serait-ce que pour vivre l’une des expériences musicales les plus uniques de l’année jusqu’à présent.

Tracklist :

01. Alempana Kuin Enkelit
02. Arkistorotat / Risuilla Täyteyssä Salissa
03. Nijura
04. Roiske Ruudukolla
05. Naderbux & Sundergrund
06. Vettä Yarahille
07. Hetkinen
08. Ei Millään Kielellä
09. Kun Rajat Sulaa
10. Apinatkin Laulaa

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