Ken Camden – Space Mirror

Ken Camden nous livre avec ce Space Mirror un disque apte à nous faire oublier ce qui l’entoure l’espace de 40 minutes de radiations spatiales, et au sein duquel on retournera se noyer sans question.

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7.4

10

Label

Genre

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 29 juillet 2013 | 12:41

Ken Camden sait être discret. Sa biographie sur le site de son label, le légendaire Kranky, donne le ton : « Ken Camden lives and works in Chicago. He also plays in the Implodes sound quartet ». Sobre. En cherchant un peu plus longtemps, on découvrira également que l’artiste est guitariste. Pourtant, les sonorités qui ouvrent son Space Mirror évoquent plus les expérimentations électroniques allemandes des années 1970 qu’autre chose.

Le son, donc, restera notre seul repère au cours de ces quarante minutes. Le Chicagoan n’a pas besoin de plus pour nous guider : superposant progressivement des nappes à ces quelques tonalités initiales, qui prennent lentement une tournure plus mélodique, Ken Camden nous entraîne dans une masse sonore dans laquelle on se laisse rapidement perdre.
Tout, dès lors, n’est plus que vibrations cosmiques, comme pour mieux nous propulser dans une forme de stratosphère inconsciente. Des thèmes se découpent indistinctement sur des vagues se répétant sans fin, s’affichant de plus en plus sinueuses alors que les diverses couches sonores ne cessent de s’accumuler, de s’entrechoquer.

Dès la troisième piste, le tout fait son effet, et l’on se noie volontiers au sein de ce fluide sonique venant englober nos tympans. L’artiste se défait alors de tout point de référence, toute considération mélodique, se livrant à une forme d’onde totale, massive, abstraite, évoquant presque les ragas indiens. Pièce centrale de l’oeuvre, Moon nous plonge ainsi dans des profondeurs de plus en plus abyssales, en nous englobant de ses sinusoïdes infinies.
Survient, alors, une forme de bouleversement. Après nous avoir laissés en contemplation devant des paysages sonores tantôt aquatiques, tantôt lunaires, Ken Camden introduit la seconde moitié du disque par des motifs mélancoliques qui semblent cette fois se tourner vers votre âme. Prenant le parti de laisser retomber une intensité qui submergeait le disque, l’Etats-Unien, sans réellement changer de formule – on retrouve toujours cet amas de sons circulaires à l’évolution erratique –, donne donc finalement dans l’introspection. Les arpèges mélodiques font d’ailleurs leur réapparition, comme si l’album fonctionnait de manière palindromique. Après avoir atteint son sommet, Space Mirror redescend donc lentement, tranquillement, mais en gardant sa prise sur l’auditeur, sans jamais le lâcher.

Si Space Mirror est captivant, tout n’y est pas, bien sûr, transcendant, ni franchement original : on pense beaucoup aux pionniers de la musique électronique, ou à des artistes plus récents tels un Oneohtrix Point Never pour les patterns synthétiques, voire aux injustement méconnus Double Leopards pour ces ondes superposées suscitant une intensité croissante.
Qu’importe. Il n’en reste pas moins que l’on reviendra avec plaisir suivre son maître d’oeuvre nous montrer la voie dans un trip planant au cœur d’abymes désertiques. Ken Camden nous livre avec ce Space Mirror un disque apte à nous faire oublier ce qui l’entoure l’espace de 40 minutes de radiations spatiales, et au sein duquel on retournera se noyer sans question.

 


 

Tracklist :

01. Spectacle
02. Eta Carinae
03. Moon
04. Trapezium
05. Antares
06. Dominic Sunset

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