Kimyan Law – Zawadi

La drum & bass soyeuse de Kimyan Law est de retour sur Blu Mar Ten Music pour un deuxième album très attendu.

Kimyan Law - Zawadi

8.7

10

Par Thibaud Marty
Publié le 24 novembre 2016 | 12:58

Il y a deux ans, son premier album Cœur Calme sorti chez Blu Mar Ten Music avait emporté, grâce à un son rafraichissant et singulier, une adhésion unanime au sein d’un milieu drum & bass avide de saveurs nouvelles. On découvrait alors bouche bée les œuvres ciselées et élégantes, aux sonorités africaines prodigieusement maitrisées, d’un producteur de dix-neuf ans nommé Kimyan Law. Le jeune Autrichien d’origine congolaise était donc très attendu pour son deuxième album, tant les espoirs engendrés par son précédent opus étaient grands. Le revoici donc pour un nouveau voyage en onze titres nommé Zawadi, toujours sous le sceau de Blu Mar Ten Music, audacieux label londonien qui ne cesse de révéler des mélomanes innovants, à l’instar de Stray ou Frederic Robinson.

Sur le plan conceptuel, Zawadi (qui signifie « cadeau du ciel ») est un album dont chaque piste aspire à refléter un rêve distinct. Une ambition onirique qui imprègne cet opus d’une grande expressivité. Un sentimentalisme suave et réconfortant se dégage de l’exquis « Magic », avec la voix de Clara Luzia qui illumine une production légère et rêveuse aux touches latines, pour une morceau d’une grande douceur. « Lavender » nous transporte avec tout autant d’élégance dans une obscurité cristalline, lors d’un two-step minimaliste où motifs binaires et ternaires voguent sans sourciller sur un ruisseau de nappes sereines et de scintillements discrets au cœur d’une savane bienveillante.

À l’inverse, le beat glitch-hop déterminé, les basses rugueuses et le sound design incisif de « White Moth Anthem » démontrent que Kimyan Law peut également amener une touche de puissance et de tranchant à ses productions, le tout avec un sens du détail toujours aussi aiguisé. Sur « September » avec Robot Koch et May, c’est le langage de la mélancolie qui est à l’honneur, avec ses nappes chagrines et ses lamentations chantées qui émergent d’un arrangement à la progression subtile, bien servi par des percussions feutrées et une basse ronflante.

Par rapport à son précédent album, l’univers enfantin presque féerique de Nico Mpunga s’enrichit ici d’inflexions plus adultes, marquées notamment par la présence récurrente de sections orchestrales de cuivres et cordes, aux cotés des instruments africains qui caractérisent nombre de ses propositions. On constate cette évolution dès « Sakania », morceau d’ouverture aventureux qui virevolte entre souffles grandiloquents et tintements innocents, au sein d’un arrangement étonnamment riche en déclinaisons mélodiques et en rebondissements rythmiques. À l’autre extrémité de l’album, une piste cachée referme l’album sur un ton cinématique, avec un ensemble de cordes accompagné par un piano et une harpe qui se relaient autour d’un arpège rapide, le tout porté par une orchestration digne des meilleurs génériques de film. Retrouvera t-on un jour Kimyan Law aux commandes de la bande originale d’un long-métrage ? Voici une fenêtre qui semble entrouverte par cet ultime envol mélodique.
Ce même caractère cinématique est perceptible à travers l’introspectif « Aia », qui nous dévoile un passionnant dialogue entre différents types de cordes et de vents, accompagnés d’une batterie réduite à l’essentiel. Un morceau dépouillé et apaisant, qui sonne comme une parenthèse dans cet album dont la palette de variations rythmiques confirme l’aisance de Kimyan Law sur ce point. Le très ethnique « Luba » met en scène une pulsation soutenue à l’accent subsaharien, construite sur la convergence de sons percussifs au sein d’un axe rythmique ambigu oscillant entre drum & bass et half-step, ponctué de bribes vocales de la tribu africaine qui prête son nom à cette piste. Les grooves peu orthodoxes sont également au rendez-vous avec « Komorebi » et ses arpèges limpides qui dictent leur cadence ternaire au couple basse-batterie, ou encore « Yore Dub » où des breakbeats effervescents répondent à une batterie squelettique aux séquences complexes, avec laquelle des mélodies enjouées jouent à cache-cache et parfois confluent, au sein d’un morceau à l’arrangement dont l’évolution imprévisible maintient l’oreille en état d’alerte. Le voisin viennois MOTSA est convié sur « Citadelle » dont les volutes d’harmonica et les tintements enfantins chevauchent un groove UK garage aux contours burialisants, tandis que la simplicité du roller two-step « Mondegreen » et son habillage mélodieux impeccable raviront les amateurs de la liquid funk d‘Alix Perez, Ivy Lab ou Spectrasoul.

En onze titres, cet album ambitieux aux innombrables nuances jongle avec brio entre minimalisme et densité. Kimyan Law parvient à constituer un univers sonore à la fois sophistiqué et accessible, mettant sa virtuosité au diapason d’un propos authentique.
Le talent lumineux de Kimyan Law, mis en évidence par Cœur Calme, continue d’éblouir avec cet album qui réussit la prouesse d’enrichir encore la palette expressive déjà bien fournie du prodige. Zawadi est un véritable soin pour l’âme, que l’on ne peut que recommander aux tympans friands de belles histoires musicales savamment racontées.

Tracklist :

1) Sakania
2) Magic (feat. Clara Luzia)
3) Yore Dub
4) Mondegreen (feat. Phentix)
5) Aia
6) Luba
7) Citadelle (feat. MOTSA)
8) Komorebi
9) September (feat Robot Koch & May)
10) Lavender
11) White Moth Anthem

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