Kreng – The Summoner

Avec ce dernier long format paru sur Miasmah en février, Kreng dépèce librement l’âme humaine lors du deuil.

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8.1

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 18 février 2015 | 16:38

La mort est sans doute le thème privilégié de Kreng, c’est à n’en pas douter une obsession pour lui. En effet, sur ses 3 premiers albums il a exploré les lieux les plus sombres, les plus inquiétants, du corps mort de Dieu à des abattoirs en passant par un grimoire hanté. Mais si la menace venait auparavant de l’extérieur, du monde environnant, elle est pour The Summoner enfouie au sein même de l’âme. Ainsi, avec ce dernier long format paru sur Miasmah en février, Kreng dépèce librement l’âme humaine lorsqu’elle vient tout juste d’être endeuillée.

Si le nom d’Elisabeth Kübler-Ross ne vous dit rien, vous avez peut-être déjà eu vent de sa théorie. Le deuil comporterait cinq phases : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et finalement l’acceptation. Si je mentionne ceci, c’est que Kreng a puisé son inspiration dans cette théorie pour la retranscrire avec sa propre musique. Les cinq phases seront donc présentes, ainsi qu’une sixième ajoutée par Kreng lui-même, intitulée The Summoning, composant donc les 6 pistes de cet album.

 

Paradoxalement, ce serait lorsqu’il vient tout juste d’apprendre la perte d’un être cher que l’Homme exprime le moins d’émotion : il dénie cette séparation. Pas étonnant donc de retrouver un silence de mort sur « Denial », au cours duquel seules deux explosions de cordes stridentes et atonales réveilleront le malaise en nous. « Anger » est, contrairement à « Denial », une longue montée en intensité faite de souffles électroniques ambiants que Kreng manie avec justesse. Les cordes ne sont pas accordées, elles s’emmêlent dans un froissement effrayant, jusqu’au déchainement assourdissant de la colère.

« Bargaining », ou l’illusion de croire que l’on peut négocier avec la mort est sans doute l’un des passages les plus délicats à composer. Même si la construction de ce morceau est digne de Kreng, avec ces petits craquements, ce jeu de percussion des instruments à cordes qui traverse la nappe sourde au synthé, il faudra avoir un peu d’imagination pour trouver ce marchandage. « Depression », plus évidente à mettre en œuvre, est aussi plus réussie. Le désespoir nous assaille. La descente aux enfers se traduit alors par la prépondérance enflante des synthés qui se perdent dans le brouillard ambient.

Mais Kreng sait que l’originalité de son œuvre tient en « The Summoning », odyssée d’une quinzaine de minutes aux multiples fresques et ambiances. C’est en ce track que Kreng libérera celui qui nous convoque lorsque la fin est proche. Chacun devra découvrir par soi-même le contenu de cette piste ainsi que celle de la suivante, « Acceptance », d’une portée cathartique.

 

Après son dernier EP, And Then In The Morning, qui laissait transparaître un renouvellement musical, le thème de The Summoner refait plonger Kreng dans les ténèbres. Cependant, son style de composition semble s’être ouvert de nouveaux horizons, si bien que l’on assisterait à la renaissance attendue. D’ ailleurs comme le disait Elisabeth Kübler-Ross, l’expérience de la mort est presque identique à celle d’une naissance. C’est une naissance dans une autre existence.


Tracklist :

01. Denial
02. Anger
03. Bargaining
04. Depression
05. The Summoning (feat. Amenra)
06. Acceptance

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