Le Pioneer Kuvo, le nouveau boitier qui pourrait secouer le monde du clubbing.

Dites bonjour à Kuvo, la dernière création Pioneer qui pourrait bien ravir de nombreux labels et DJs… mais également en agacer beaucoup d’autres.

Pioneer Kuvo
Par Robin Larroze
Publié le 27 octobre 2014 | 13:39

Branché à une table de mixage, la nouvelle de chez Pioneer, Kuvo, est capable de reconnaître tous les morceaux qui sont joués par les DJs en un instant, à condition que le morceau en question soit déposé par le label ou l’artiste sur la plateforme lancée par Pioneer. Une sorte de Shazam, qui comptabilise ainsi le nombre de fois qu’un morceau est joué et permet donc aux artistes et labels d’accéder à une mine d’informations qui avouons-le, est très intéressante pour un artiste. « Combien de fois a été joué mon dernier EP ce week-end ? Dans quel club ? Par quel artiste ? Devant combien de personnes ? ».

Mais toutes ces données ont évidemment un prix, et comme bien souvent lorsqu’une création originale est exploitée ou diffusée, il y a de l’argent à gagner. Il est donc évident que les professionnels du secteur vont très rapidement s’intéresser à ce boitier qui pourrait bien devenir une norme imposée aux clubs du monde entier, afin qu’aucun artiste ne puisse échapper au Big Brother de la musique. À première vue, cela parait finalement logique et honnête : les professionnels seront payés en fonction du succès de leurs créations, et leur diffusion devient rémunérée (c’est le principe des royalties).

Mais là où tout semble simple, tout se complique. La Pioneer Kuvo pourrait bien également apporter une masse incalculable de problèmes, que nous allons essayer (on a bien dit essayer) d’énumérer point par point. Parce qu’on ne va pas se mentir, il y en a plein (et on en surement oublié beaucoup).

 

Des clubbers scotchés à leurs smartphones

Amis DJs, vous en aviez marre des gens qui préfèrent regarder leur iPhone plutôt que de vous écouter ? Vous en aviez assez que les gens ressentent le besoin impérial d’Instagramer, Shazamer ou texter leur soirée plutôt que de profiter de l’instant présent ? Préparez-vous au pire : Kuvo a son application mobile, qui permettra à ses utilisateurs de connaître votre tracklist en temps réel, la commenter, la partager… Elle permettra aussi de suivre les clubs, partager des photos de la soirée, bref : Kuvo sera un véritable réseau social du clubbing. Il peut être intéressant pour un DJs d’avoir des feedbacks de la part des participants, mais honnêtement, les avoir en temps réel est-il vraiment nécessaire ? Cela n’a pas l’air de déranger certains artistes de voir leur tracklist dévoilée en live (comme par exemple Richie Hawtin ou Seth Troxler dans la vidéo officielle à la fin de notre article), mais pas sûr que cela plaise à tout le monde.

Big Brother is listening to you

Voilà un point très flou au sujet de Kuvo, qui pourrait également devenir un énorme frein à la création. En détectant des samples, des remixes non-officiels ou des créations non autorisées, Kuvo pourrait être à même d’avertir les majors de ce que vous faites de la musique de leurs protégés, et donc d’en interdire la diffusion. Les DJs réfléchiront donc à deux fois avant de jouer un morceau qui au premier abord collerait parfaitement avec l’ambiance du moment. Au-delà de ça, cela freinera également les petits producteurs qui voudront faire un edit ou un remix d’un morceau dont ils n’ont pas les droits.

Qui va payer l’addition ?

Si la diffusion d’un titre doit être rémunérée à son créateur, qui donnera l’argent ? Les royalties liées à ce business sont en effet estimées à 160 millions de dollars, mais lorsqu’il s’agit de savoir qui payera l’addition, tout devient plus flou : qui du club ou du DJ mettra la main à la poche ? Quoi qu’il advienne, si l’un de ces deux acteurs doit payer, alors les prix des tickets augmenteront.

 

Vous l’aurez compris, Kuvo est une avancée considérable qui apporte des données importantes aux professionnels du secteur, mais qui soulève aussi une quantité énorme de questions qui pourraient satisfaire de nombreuses personnes (et en particulier les majors et artistes grand public) mais compliquer la vie de beaucoup d’autres. Une chose est sûre : ce qu’on écoute, comme toutes les autres choses que nous faisons au quotidien, va être de plus en plus surveillé à l’avenir.

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    9 Comments

    1. Mathieu Kush 28 octobre 2014 at 9:51

      faut dire qu'en boite y a souvent de la merde…

    2. John B. Jah 28 octobre 2014 at 10:18

      Et il y aura les labels qui pourront se payer l'accès à la plateforme et ceux qui ne pourront pas, les producteurs qui compareront leurs sons comme on fait de la "performance produit"…

      Le jeu Ghosts'n DJ's n'a pas fini d'avoir des add ons avec plein de nouveaux fakes à frapper !!!! :D

    3. Tamass Wild 28 octobre 2014 at 11:24

      "Big Brother is listening to you

      Voilà un point très flou au sujet de Kuvo, qui pourrait également devenir un énorme frein à la création. En détectant des samples, des remixes non-officiels ou des créations non autorisées, Kuvo pourrait être à même d’avertir les majors de ce que vous faites de la musique de leurs protégés, et donc d’en interdire la diffusion. Les DJs réfléchiront donc à deux fois avant de jouer un morceau qui au premier abord collerait parfaitement avec l’ambiance du moment. Au-delà de ça, cela freinera également les petits producteurs qui voudront faire un edit ou un remix d’un morceau dont ils n’ont pas les droits."

      Faux. Tu as le droit de passer n'importe quel morceau en soirée car une performance DJ est considérée comme "spectacle vivant", donc covers, edits, même passer un morceau entier qui n'est pas a toi (c'est l'essence même du djing en fait…). Deuxièmement, les majors ont quel intérêt a censurer leurs morceaux en soirée? Ça va participer a la renommée du morceau… Et ce boitier permettra justement de détecter que le morceau à été joué, et donc, aux majors de se faire payer. Sur ce point, je ne te suis pas du tout…

    4. Stéphane De Saint Louvent 28 octobre 2014 at 1:12

      Le système est gratuit pour les clubs et personne n'aura à mettre la main à la poche: les clubs payent un pourcentage fixe de leur chiffre d'affaire aux sociétés de gestion de droits d'auteurs (SACEM, GEMA, etc). Ce système ne va pas les faire payer plus cher mais permettra simplement de redistribuer les sommes collectées aux bonnes personnes. En revanche, Kuvo fonctionne avec les métadonnées des morceaux donc si un artiste modifie le titre d'un morceau sur son ordinateur le système ne pourra pas le répertorier. C'est une solution intéressante mais pas suffisante à régler le problème de la redistribution des droits d'exécution publique.

    5. Makesence Gand 28 octobre 2014 at 1:37

      Un peu confus cet article… Ça serait plutôt un incitateur à la création et même au live act. Pourquoi un DJ devrait payer ou coûter plus cher à un établissement/événement en jouant les morceaux des autres quand on peut jouer ses propres morceaux et même toucher des royalties ? À la limite ça sera juste un frein au sampling. Les sampleurs iront alors chercher des samples libres de droit. De plus la part des oeuvres dites de "dance music" qui sont déclarées à la Sacem ou équivalents étrangers est grossomodo de 50%, principalement éditées par les gros labels. Il devrait en être de même pour la plateforme Pioneer. Il reste donc énormément d'oeuvres à jouer sans être inquiété: les oeuvres les moins connues et les plus underground, non-déclarées car rarement jouées. Ce boîtier devrait faire chier les DJs EDM et consors en gros, et réjouir les producteurs/labels du même acabit. Et peut être une incitation à la recherche de petites pépites sans royalties. Il pourrait d'ailleurs redéfinir la limite entre commercial/monétisé et underground/hors système qui est devenue de plus en plus floue. En somme les gros labels qui déposent leurs tracks vont gagner plus, mais ce n'est certainement pas un frein à la création, juste au sampling. Où est le mal?

    6. Robin Larroze 29 octobre 2014 at 9:32

      Bien vu Tamass Wild, c'est d'ailleurs pour cela que tout mon article a été rédigé au conditionnel, car tous ces points ne sont que des hypothèses et je ne suis pas à l'abris de dire une bêtise. C'est plutôt un questionnement qui tente de soulever des questions alternatives à la présentation toute belle et toute rose de Pioneer. Mais effectivement tu as juste sur ce point !

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