Laurel Halo – Chance of Rain

Chance of Rain s’affirme comme un album difficile d’accès mais qui en dit autant que son premier album.

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7.8

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 25 novembre 2013 | 13:19

Des expérimentations bass de Walton à la pop fascinante de Jessy Lanza, du footwork de DJ Rashad à la house old-school d’Ikonika, il a été difficile de passer à côté d’Hyperdub cette année. Un tel bilan force le respect, et ouvre bien des perspectives à l’aube de la dixième année du label l’an prochain.
Eclectisme forcené donc. Pourtant, le nom de Laurel Halo se détache toujours comme une anomalie au sein du paysage musical couvert par le label anglais. A dire vrai, ce sentiment aurait probablement été le même sur n’importe quel label, tant la musique d’Ina Cube se révèle étrangère à toute autre. L’inattendu Quarantine, paru l’an passé, plaçait sa voix, triturée jusqu’à l’irréel, au centre des échanges ; si cette utilisation d’un chant paradoxalement brut avait alors pu diviser, celui-ci insufflait à cette musique son souffle premier, initiant son esprit unique.
Une fois cette âme créée, toute voix devenait inutile : de fait, Behind the Green Door, publié plus tôt cette année, s’en départissait entièrement, se tournant vers une abstraction techno nouvelle. C’est dans cette même lignée que se situe Chance of Rain, nouvelle proposition long-format de Laurel Halo.

Car si « Dr. Echt » nous ouvre les portes de l’album sous couvert de sons organiques, « Oneiroi » retourne immédiatement à la construction de filets rythmiques alambiqués. Des nappes brumeuses habitent le fond d’un titre ne frappant jamais là où l’attend, au point de faire tenir l’ensemble autour de woodblocks plutôt que d’un kick régulier. Lorsque celui-ci apparaît enfin au centre du nébuleux « Serendip », sa place reste distordue et distante, toujours prompte à se libérer au profit de nappes en sautes de courant.
Derrière ces enchevêtrements divers et imprévisibles, c’est en tout cas toujours la voix de Laurel Halo qui se fait implicitement sentir, alors même que son silence reste total pour toute la durée du disque. Commandant les éléments, la native du Michigan construit ainsi un album extrêmement personnel – au point qu’il peut parfois se révéler perturbant d’y entrer –, illustrant une nouvelle fois la disposition unique de la musique à exprimer les contours d’une âme.

Au terme du superbe interlude pluvieux « Melt », les contorsions du tortueux « Still/Dromos » s’affichent ainsi sans nul semblable, voyant se succéder industriel hypnotique et synthétiseurs mystérieux, recouvrant diverses sonorités cachées au creux du titre. Immédiatement après, c’est un wobble décontextualisé qui se place comme cœur de l’élastique « Thrax ».
A l’instar d’un morceau-titre progressif, alternant nappes ambiances et fragrances néoclassiques autour d’une structure techno, chaque piste se pare donc d’une essence spécifique, tout en se positionnant comme une pièce du puzzle, conférant à l’album son charme toujours indistinct et en construction permanente.

Alors que « -Out » ferme la boucle en nous ramenant dans des sphères proches de l’introduction, on reste intrigué par l’ensemble d’un disque en forme de point d’interrogation. Posant des questions en se gardant bien d’y répondre, pour mieux laisser ouvert l’éventail des possibles, Chance of Rain s’affirme comme un album difficile d’accès, de par sa richesse laissant découvrir à chaque écoute des territoires inexplorés. Mais il est impossible de ne pas s’incliner devant l’exploit réalisé ici par Laurel Halo : réaliser, sans jamais faire entendre sa voix, un disque qui en dit autant que son premier album. Si ce n’est plus.

Tracklist :

01. Dr. Echt
02. Oneiroi
03. Serendip
04. Chance of Rain
05. Melt
06. Still/Dromos
07. Thrax
08. Ainnome
09. -Out

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