Leftfield – Alternative Light Source

Un nom légendaire revient sur la scène d’une manière bien décevante.

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4.5

10

Par Martin Drazel
Publié le 14 juillet 2015 | 12:27

Difficile de faire sans Leftfield dans l’histoire de la musique électronique. Aussi influents que Orbital, The Chemical Brothers ou encore Underworld, joués inlassablement par Fatboy Slim (« Phat Planet » fait toujours partie de ses sélections), le duo devenu solo depuis le départ de Paul Dalcy en 2010 tente une résurrection avec ce Alternative Light Source. Mais à force de vouloir toucher le soleil, on brûle ses ailes…

 

Plus l’auditeur mémorise, plus il achète

 

Dès les premières mesures de « Bad Radio », on sent de suite que la musique de Leftfield veut s’adresser à un plus large public. Les vocales se répètent, sorte de ritournelle se rapprochant des techniques radiophoniques pour créer un tube : plus l’auditeur mémorise, plus il achète. Le cadre qui entoure cette solution de facilité ne relève pas forcément cet avilissement : synthés simplistes, rythme basique, comme si Neil Barnes nous annonçait dès ouverture que l’album ciblait le dance-floor avant toute chose.
C’est malheureusement confirmé par « Universal Everything », brûlot techno-house inintéressant qui recycle honteusement des accords si usités qu’ils rouillent.

Ainsi, l’album est rempli de morceaux décevants, totalement détournés de la teinte crade qui donnait aux débuts de Leftfield ce penchant punk si jouissif. Ici on surfe sur la vague, tentant tant bien que mal de préserver son identité au sein d’une scène mercantile formatée. Neil Barnes semble vouloir s’approprier les codes de l’EDM pour en faire une musique planante et dépressive, ambiances s’approchant plus de ce qu’a pu être Leftfied.
Pourtant il se trompe de direction, à l’exemple de ce « Bilocation » qui mélange maladroitement vocales stellaires et électro-clash caverneux. L’auditeur se retrouve coincé entre deux mondes, sans trop savoir s’il doit se laisser porter ou plutôt s’enivrer et se droguer jusqu’à ne plus avoir contrôle de son corps. L’équilibre recherché est bien trop bancal pour être effectif, ce qui dessert la majorité des compositions de l’album.

 

On atteint ici un point de non-retour où la lassitude prend le dessus sur la curiosité musicale

 

On atteint l’apothéose avec l’insupportable « Head and Shoulders », qui répète le même refrain jusqu’à l’étouffement, entouré d’une structure des plus lassantes, et quelque peu mal mixée. Perplexe face à cette imbrication de hip-hop cockney et d’électro sale et mal foutue, on atteint ici un point de non-retour où la lassitude prend le dessus sur la curiosité musicale.

Malgré tout s’en suivent quelques idées qui permettent à l’album un sursaut, notamment grâce à « Dark Matters », sorte d’hommage à Zelda version 8-bits, ou encore l’intriguant « Little Fish », dont les paroles devraient étonner plus d’un bilingue. Tout ça retombe bien vite dans le banal avec « Storms End », pseudo-trap aseptisée et sans goût qui abuse de synthés simplissimes.
C’est à se demander si Barnes a vraiment suivi les innovations qu’ont pu connaître les styles présents dans l’album, pour certains copiés sans grand succès. Ce n’est pas l’éponyme « Alternative Light Source » qui sauvera les meubles. Ce morceau se voulant un mélange d’ambiances produit le même effet dissonant que la majorité des autres productions de l’album, détournant très vite l’intérêt de l’auditeur.
Il se permet même de s’étendre sur le morceau suivant, « Shaker Obsession », qui ne fait que reprendre les synthés précédents pour y appliquer un rythme basique. Là, on perçoit très nettement la facilité qui a guidé les compositions de l’album, comme si ce dernier avait été fait à la va-vite avec un délai de rendu bien trop court.

 

Ce morceau transcende les autres, nous permettant de garder foi dans les capacités qu’a Leftfield de défricher le paysage de la musique électronique

 

On quitte cette ambiance de boite de nuit russe avec l’une des rares idées valables de l’album : « Levitate For You ». L’arborescence géniale et cette espèce de grâce triste qu’a su toucher auparavant le duo réapparaît enfin. A la fois triste en entraînant, utilisant les vocalistes à bon escient, ce morceau transcende les autres, nous permettant de garder foi dans les capacités qu’a Leftfield de défricher le paysage de la musique électronique. Mais un seul morceau faisant hérisser les poils sur dix, ce n’est largement pas assez pour la prestance qu’est sensée être dégagée par un tel nom.

 

Nous laissant sur notre faim, Alternative Light Source n’est définitivement pas l’opus qui permettra à Leftfield de regagner le cœur de ses anciens fans. Espérons qu’à l’avenir Neil Barnes saura retrouver cette subtile intelligence qui a fait les lettres de noblesse de l’électronique anglaise…

 

 

Tracklist :

01 Bad Radio
02 Universal Everything
03 Bilocation
04 Head and Shoulders
05 Dark Matters
06 Little Fish
07 Storms End
08 Alternative Light Source
09 Shaker Obsession
10 Levitate For You

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