Lorn – Ask The Dust

Difficile de savoir pourquoi nous jouissons à ce point du malheur des autres.

Lorn-Ask-The-Dust-Album

8.0

10

Par David Robert
Publié le 19 juin 2012 | 22:32

Celui qui avait été surnommé assez rapidement (à juste titre) l’étoile noire a fait son petit bout de chemin niveau reconnaissance depuis la sortie de son deuxième album relativement confidentiel en 2010 sur Brainfeeder, label de Flying Lotus. Une tournée avec Amon Tobin pour le dantesque “Isam”, il faut dire aussi que ça doit forger un homme et assoir une notoriété. Et une signature sur Ninja Tune ça doit aussi plus ou moins faire pousser des ailes.
Mais il faut croire que, si les ailes de Lorn l’ont aidé à l’exposer médiatiquement pour ce troisième opus, elle n’auront pas fait décoller notre homme du sol tortueux ou il s’acharne à rester engluer, à ramper, immuablement tourmenté.

Certains diront que ce nouvel album est moins puissant que le dernier, moins vif. C’est partiellement faux. Mais partiellement vrai, aussi. Forcément.
Partiellement vrai car l’accès ici est moins aisé que sur l’ancien. “Ask The Dust” se veut moins immédiat donc, moins rentre-dedans. Mais une fois passé ce cap des premières écoutes, c’est le partiellement faux qui se veut roi. La puissance de cette galette n’a alors strictement rien à envier à son grand frère.
L’architecture rythmique empruntée dans sa forme au hip-hop est colossale, cinglante. Si elles se veulent sèches dans leurs natures, cinglant l’air ambiant et visqueux tel un fouet pour dompter le magma en fusion, les percussions sont appuyées par des basses plus que massives, formant un couple qui prend à la gorge dès le premier titre “Mercy”.
Mais là ou l’Illinois excelle ici en terme de véhémence, et a toujours excellé à dire vrai, c’est dans sa manière de travailler ses différentes lignes de synthés et de les orchestrer. Si elles peuvent paraitre au premier abord brutes de décoffrage, les textures sont pourtant extrêmement léchées. Rugueuses, ardentes, écrasantes et surtout incroyablement abrasives, les synthlines semblent comporter toute la fureur de l’homme par rapport à un monde qu’il ne peut plus supporter. Et c’est au moment des reprises qu’elles se veulent les plus estomaquantes, agissant comme des étincelles sur nos corps alors à demi-enflammés (l’épique “Diamond” ne saurait dire le contraire).
Mais c’est quand toute cette fougue se marie à la riche panoplie de mélodies déchirantes et de nappes chargées de remords et de voix déconstruites dans la douleur, le tout porté par Lorn comme des boulets, que la flamme s’empare de l’autre moitié qui nous constitue, à savoir notre esprit, et que notre être tout entier se transforme en véritable brasier.

Il sera difficile de savoir pourquoi nous jouissons à ce point du malheur des autres. Et à vrai dire, dans le cas présent, on s’en contrefout. Si on pouvait pousser le vice jusqu’à tout mettre en oeuvre pour que Lorn demeure à jamais à ce point mal dans ses baskets, on le ferait sans aucune hésitation tant ce “Ask The Dust” est joussif.
 

Tracklist :

01. Mercy
02. Ghosst
03. Weigh Me Down
04. This
05. Diamond
06. Everything Is Violence
07. The Well
08. The Gun
09. Dead Dogs
10. Chhurch
11. I Better
12. Ghosst(s)

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