Lucy – Churches Schools and Guns Remixed

Le patron de Stroboscopic Artefacts engage son label sur la même voie que celle qu’il a suivie en 2013 : celle de l’excellence.

SSS Chronique - Lucy - Churches Schools and Guns Remixed

8.0

10

Par Morgane Pelletier
Publié le 23 janvier 2014 | 12:41

Il y a trois ans apparaissait avec une infime sagesse au milieu des sorties techno le premier album « Wordplay For Working Bees » du fondateur de Stroboscopic ArtefactsLucy. Si on peut clairement le considérer aujourd’hui comme une référence du genre, sa musique étant à la fois mélodique et métallique, l’artiste dévoilait à l’époque avec l’arrivée de cet opus quelque chose de plus subtil mais aussi plus volatile à travers le paysage techno.
Faisons maintenant un pont de trois ans vers le présent : « Churches, Schools and Guns » est le deuxième album de Lucy et il verra le jour en février. Les sonorités douces et amères se sont envolées au profit d’une musique bien plus noise et ténébreuse. Et pour donner envie à ceux qui n’auraient pas encore été conquis par l’annonce, c’est un EP de remixes de l’album qui poindra, « Churches, Schools and Guns Remixed », l’artiste ayant pris soin de sélectionner quatre tracks réorchestrées par Milton Bradley, Shapednoise, Eomac ou encore Donato Dozzy. Let’s talk.

 

Après avoir sorti « Until Human Voices Wake Us » sur le fabuleux Opal Tapes en 2013, Shapednoise fait donc partie des producteurs qui collaborent sur ce projet de remixes. Premier sur la liste, il s’attelle au morceau « Catch Twenty Two ». Se référant directement au roman de Joseph Heller, cette track se discerne par son étiquette expérimentale, les sonorités noises se propagent ici à travers un drone bourdonnant, formant un crépitement qui s’imposera sur la quasi totalité du morceau.
Le ton est donné sur ce premier track, transcrivant l’impression d’étrange absurdité existentielle qui suinte au travers des lignes du roman, et Lucy nous fait grandement savoir ô combien il est représentatif de son propre univers, cet espace technoïde sans « frontières » où l’expérimentation règne sans doutes. Tinté par les percussions et le bruit des artefacts qui s’entrechoquent, la lignée de kicks se verra grandissante à l’intérieur de cette surface, venant petit à petit se troubler dans l’obscurité.

Accordant une influence moins primitive à sa musique, Milton Bradley prend place sur « Laws and Habits », amenant toute sa part d’hypnose au morceau. Tendant vers une musique tout aussi abstraite que celle de Lucy, avec un côté plus sombre cela dit, Milton Bradley (interview à lire ici) n’est pas non plus dans une horizontalité constante concernant ses productions, gardant toujours sa marge d’indéfini.
Préférant jouer sur un aspect plus mental de la techno, le remix se tient alors entre le clair et l’obscur, minimisant les éléments qu’il intègre. Le rythme se veut entrecoupé, et pour le moins persuasif, mais les nappes qui l’accompagnent, elles, sont d’une élégance absolue.

Donato Dozzy arrive alors avec « The Illusion of Choice » et son lot de percussions tribales qui s’engageront durant les presque huit minutes qui composent le morceau. Laissant lentement monter la pression jusqu’à ce qu’elle atteigne son paroxysme, cette track est un doux passage vers un état plus naturel, plus organique de la techno : les éléments sonores s’apparentent à des chants d’oiseaux, le rythme se veut primitif, animal, et l’ambiance bien plus chaude et colorée.

C’est derrière un tournant un peu plus expérimental que vient enfin « The Self As Another », retravaillé par Eomac qui n’est autre que la moitié de Lakker, duo déjà convoité par Stroboscopic Artefacts pusiqu’ils y avaient d’ailleurs sorti la merveilleuse Monad XIV en août dernier (en passant, ils nous avaient fait l’honneur d’un incroyable podcast).
Changeant le métal en soie, Eomac apporte ici la touche de beauté à cette note de fin. Il sublime grâce à la mélodie ce paysage massif et rocailleux de toutes ces sonorités noise qui grouillent et se confrontent une à une, laissant planer sur l’horizon cette atmosphère nostalgique.

Dans son interview datant de mai dernier, Lucy nous racontait à propos des Stellate Series que c’était effectivement un projet sans réelles « frontières ». Il y cita Nick Mason : « Nous n’essayons pas de bouleverser les choses. Mais nous faisons quelque chose de différent. Simplement parce qu’on veut faire quelque chose de différent. » pour imager sa réponse.
En se basant sur cette image, et sur l’évolution grandissante du label et de sa place actuelle, Stroboscopic Artefacts est une invitation permanente à explorer les frontières de la musique qui nous entourent. Les artistes présents en sont la preuve concrète, parvenant toujours à apporter quelque chose d’inédit dans leurs productions. A travers la scène « techno » actuelle, ils réussissent à déceler et déformer chacune des parcelles de cet ensemble noir et blanc.
« Churches Schools and Guns » sortira le 17 février prochain, et c’est déjà l’image d’un album riche et pointilleux qui se présente à nos yeux.

 


Tracklist :

1. Catch Twenty Two (Shapednoise Remix)
2. Laws and Habits (Milton Bradley Remix)
3. The Illusion of Choice (Donato Dozzy Remix)
4. The Self as Another (Eomac Remix)

Vous aimerez surement


    Fatal error: Uncaught Exception: 12: REST API is deprecated for versions v2.1 and higher (12) thrown in /home/seeksick/www/wp-content/plugins/seo-facebook-comments/facebook/base_facebook.php on line 1273