Lucy & Silent Servant – History Survivors

Symbiose parfaite et monochromatique.

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8.5

10

Par Alexandre Aelov
Publié le 25 mars 2013 | 19:59

Lucy & Silent Servant. Qu’ajouter de plus ? En soi, l’association de ces deux noms suffit à vous donner confiance, vous remplir de folie, vous faire mourir de bonheur. On s’était dit qu’écrire là-dessus, pour le coup, ça n’avait pas plus de sens que d’utilité. Mais on s’est dit qu’il fallait quand même en parler. Parler de quoi ? Parler de quelque chose qui sur le papier était royal, et qui dans les oreilles devint soudain cosmique. Ce quelque chose est une surprise. Ce quelque chose n’est pas ce qu’on attendait. On ne s’attendait à rien, remarque. Tout était possible.
Le dernier EP de Lucy, le surprenant Finnegan (signé en novembre dernier sur Curle et servi par un remix et un dub de Pariah), ne laissait rien présager de ce qui allait arriver. Quant à Silent Servant, on était restés gentiment scotchés sur son album, Negative Fascination, inqualifiable et presque inclassable, toujours séduisant. Que pouvait-il arriver ? Le meilleur. Qu’advint-il ? Le meilleur.

Première surprise : la longueur des deux tracks. Plus de dix minutes chacune. Première écoute, Dormancy Survivors. La longueur a une justification : mener l’auditeur à l’épuisement total. Mais un épuisement qui serait l’inverse absolu de l’ennui ; c’est une apnée saine qu’on nous sert, une apnée en plusieurs tableaux. Vous vous souvenez de la structure polymorphe des morceaux dans le dernier EP de Burial ? S’il fallait définir structurellement cette première track, il ne resterait plus que le mot « fresque » à la bouche. Mais contrairement à l’anonyme du garage, sans rupture aucune. Ni structurelle, ni stylistique.
On reconnaît la douceur ronronnante des lignes rythmiques de Lucy, seul fil rouge, sur lequel vont se succéder un lot de séquences qui se passent un relais sans nom, tantôt cette angoisse faite de drones, tantôt cette ivresse lead au goût métallique, tantôt du bruit, tantôt des bruits, tantôt des patterns rythmiques, ou bien ce qu’il reste de mélodie ; rien ne disparaît vraiment, tout se déforme et s’effondre, se construit de ruines et explose. Ça n’est plus de la déconstruction de rythmes et des textures, c’est de l’acharnement. Rarement dans le paysage techno actuel quelqu’un avait osé pousser aussi loin une ligne rythmique sans temps mort aucun. Pour mieux nous laisser en apesanteur sur les dernières minutes.
Si cette première track était une fresque, Victors History en est son négatif. Plus fantomatique, plus sourde. Les textures ici se font bien plus proches des productions de Silent Servant, même si là encore la symbiose est parfaite. Même locomotive rythmique, c’est le ciel à présent délavé qui vient teindre les ruines, tout naturellement. Si vous aviez laissé tout espoir avant même ce qui précédait, rassurez vous, vous n’en aurez pas besoin ici non plus. Dans cette apnée qui n’en finit pas, on est encore étonné de voir dans tant de nuit quelques instants de grâce. Pas de lumière. De grâce. Avant d’être encore une fois lâché parmi les ombres, les abysses, le néant comme vous voudrez, à coup de derniers drones.

Conclure ? Pas vraiment. Réécouter sans fin. Il n’y a, dans toute la profondeur asphyxiante de ces deux folies, aucun doute, aucune interrogation, aucune demi-mesure qui peut demeurer. Lucy et Silent Servant ont privilégié une symbiose parfaite et monochromatique à un étalage de la richesse de leurs univers respectifs. L’Histoire, ici, est un jeu de miroirs, sans issue, sans soleil. Sublime, tout simplement. Il n’y a rien à ajouter à ça.

 

Tracklist:

1- Dormancy Survivors
2- Victors History

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