Ludovico Einaudi – In A Time Lapse

S’il ne fera pas l’unanimité, In A Time Lapse devrait rester dans les mémoires.

Ludovico Einaudi - In A Timelapse (Seeksicksound Review)

8.7

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 13 avril 2013 | 13:59

Avis au public d’Intouchable, cette chronique est pour toi, vil membre de la masse. Mais aussi pour les autres, ceux qui sont là pour la musique, car oui, Ludovico Einaudi produit bien de la musique et pas n’importe laquelle. Disciple de nombre de producteurs minimalistes qui ont su faire évoluer la musique vers des genres hybrides, égarés à mi-chemin entre expérimentations géniales et parfois fumisteries faussement abscondes, Ludovico Einaudi, lui est resté simple, ce qui lui a valu des critiques plus ou moins positives.
Max Richter, Arvo Part, Philip Glass, John Cage, voir Olivier Messiaen : voilà une liste de noms qui fera frémir certains tandis qu’elle ne fera ni chaud ni froid à d’autres, mais dans laquelle l’italien aurait pu facilement s’inscrire. Seulement voilà, il a pris un chemin différent, plus « mainstream » qui lui empêchera peut-être de rester dans les mémoires des plus fiers d’entre nous. Mais si tel était le cas cela resterait foncièrement une injustice, tant cet homme au visage buriné par les années mérite cette postérité. Quoi que d’une certaine manière il l’a déjà, avec des dizaines de milliers de copies vendues dans le monde. Mais être reconnu par ses pairs, c’est une toute autre histoire. Peut-être que d’une certaine manière la première étape de la reconnaissance est le rejet. Allez savoir, personne ne peut savoir de quoi est fait le lendemain.

Après une poignée d’albums et de bandes originales déjà très diffusés, c’est surtout avec l’OST d’Intouchable que le producteur s’installera définitivement dans tous les disquaires de l’hexagone. Escroquerie pour certains ou succès mérité pour d’autres, Einaudi suscite des réactions pour le moins ambivalentes et son dernier album en date, In A Time Lapse, ne dérogera pas à la règle. Sorti cet hiver sur Decca, l’homme a composé cette nouvelle fresque à propos du temps dans un monastère aux alentours de Vérone, cloitré avec un orchestre rien que pour lui et avec l’aide d’un invité de marque, le violoniste Daniel Hope.

 

Voici donc un concept album, peu original au premier abord, si ce n’est que cette fois-ci l’artiste ne s’intéresse nullement à figer le temps, mais plutôt à le faire se souvenir. On dit communément qu’avant d’expirer, une personne voit défiler sa vie, ses échecs, ses réussites, voir même des souvenirs perdus ressurgissant une dernière fois. L’artiste a tenté de recréer tout cela, avec tout le lyrisme qu’on aurait pu attendre d’un italien. Après tout, ne dit-on pas que les méditerranéens ont l’art de mettre à nu leurs sentiments?  In A Time Lapse n’est pas seulement la continuation logique de sa carrière, il est comme un point d’orgue, d’une importance cruciale, un point final qui ne s’arrêtera que lorsque le composeur l’en aura décidé.

Et pour cela quoi de mieux que Corale comme entrée en scène avec les violoncelles et violons épanchant leurs longues notes nostalgiques d’un temps révolu. C’est lisse certes, mais déjà terriblement efficace. Une pointe de mélancolie émerge déjà de ces quelques notes enveloppées d’une légère couche électronique comme sur Time Lapse, ballade au piano épaulée par quelques légères incursions à la guitare. C’est incroyablement simple mais si efficace : c’est le minimalisme dans toute sa splendeur. Et cette intensité perdurera tout le long de l’album; est sans doute cela ce qui lui confère un tel degré d’attachement. On peut écouter cela d’une oreille distraite sans aucun problème.
Mais la vraie surprise vient lorsqu’on écoute cela très attentivement avec un volume conséquent. Alors les envolées des instruments à cordes ne nous sembleront plus niaises mais magistrales, comme sur Life, Run. L’utilisation du Glockenspiel était légèrement attendue, mais n’efface en rien à la qualité des morceaux. Repris notamment sur Orbits ou Newton’s Cradle le véritable joyau électronique, c’est aussi le pilier expérimentale de cet œuvre. On savait Ludovico expert en sonorité mais un travail de cet acabit tiens plutôt de la précision d’un orfèvre ou d’un horloger.

On notera quelques temps mort cependant dans cet albums, légèrement sur Two Trees aux accents « Debusséen » (Clair De Lune en ligne de mire), mais surtout sur Discovery At Night, vraiment léger pour du minimalisme. C’est profond, cela vient du cœur, on le sent, mais un peu téléphoné. Quoi qu’il en soit ces moments fugaces nous rappellent bien que c’est un Homme avec une grand H qui a imaginé tout cela. En effet, la fin de l’album semble presque irréelle, l’enchainement Experience-Underwood-Burning est l’une des plus belles choses qui nous ait été donné d’entendre depuis longtemps.
Elle est là, la transcendance que l’on attendait tant, elle arrive enfin et nous arrache du commun des mortels. Si vous n’avez pas été convaincu par Experience et son frêle tambourin sublime le morceau lorsqu’il entouré de la myriade de violons et du piano s’accordant à l’unisson, c’est que vous n’avez pas d’âme. Les spirales mélodiques ascendantes nous transportent hors de notre torpeur quotidienne. Ce morceau, c’est la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste selon Hugo. Point d’autres mots pour décrire ceci. On touche ici à l’absolu et au magistral. Daniel Hope vient de nous accompagner vers la toute fin, la catharsis tant attendue s’opère enfin, plus aucune résistante ne peut être opposé au violon Guarneri (équivalent d’un stradivarius). Burning vient conclure cet album en apothéose. Ca y est, le phénix vient de se consumer, il renaîtra un de ses jours de ces cendres, pour une nouvelle fois étinceler de mille feux.

 

On sent peut-être une certaine forme de conclusion avec cet album. Ludovico nous a tout dit et tout dévoilé. Un condensé de toute une vie se tient alors dans nos oreilles. Cet album ne fera pas l’unanimité au sein de la communauté post néo-classique et c’est bien dommage, car cet héritage que vient de nous transmettre ce piémontais pourrait bien rester pendant longtemps gravé dans nos mémoires. Nul doute que l’on a affaire ici à l’un des meilleurs albums de l’année (cette fois-ci ce n’est pas une plaisanterie), les mauvaises langues n’auront qu’à aller cracher leur frustration plus loin. S’ils n’ont pas succombé aux charmes d’Expérience, il est clair que nous ne pouvons plus rien pour eux.

 

Tracklist :

01. Corale
02. Time Lapse
03. Life
04. Walk
05. Discovery At Night
06. Run
07. Brothers
08. Orbits
09. Two Trees
10. Newton’s Cradle
11. Waterways
12. Experience
13. Underwood
14. Burning

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