Lunice – CCCLX

Pour son premier album, Lunice nous offre une pièce froide et théâtrale, conçue avec méticulosité, mais qui manque de finesse.

86301

6.7

10

Par Lisa Haouat
Publié le 19 septembre 2017 | 12:12

Il nous aura fallu patienter un bon moment avant de pouvoir enfin découvrir Lunice sur un long format, lui qui nous a plutôt habitués aux EPs et aux collaborations – ponctuelles, mais toujours remarquables. Fruit d’un travail de cinq ans, CCCLX semble s’imposer comme une extrapolation de son dernier projet en date, 180 EP : conservant la même esthétique dramatique et lumineuse ainsi que de pareilles inclinaisons hip-hop, le format album permet néanmoins à Lunice d’exprimer en profondeur sa démarche artistique, qu’il veut totale et dépassant le seul médium musical. Concevant ce disque comme un opéra – jeter un œil à la tracklist nous le fera comprendre -, Lunice désire placer l’auditeur au carrefour de sentiers artistiques polymorphes, quelque part entre la musique, le théâtre et la danse. Résultat : un album froid et théâtral, conçu avec méticulosité, abondant d’idées et de sonorités éparses. Par son côté magistral, CCCLX peut parfois s’avérer déroutant voire hermétique, d’autant qu’il submerge l’auditeur d’éléments sonores parfois hétéroclites, l’enveloppant d’une matière sonore aux contours irréguliers. Le travail et la démarche singulière de Lunice méritent cependant que l’on s’attarde en profondeur sur son projet.

En plus de se référer à une totalité englobante, CCCLX – 360 en chiffres romains – évoque également la multiplicité des angles d’attaque. Si les deux premiers morceaux, « CCCLX I (Curtain) » et « Tha Doorz » rappellent les productions précédentes de Lunice – synthés froids et lumineux, percussions éclatantes et beats ombrageux -, le morceau qui suit, « Drop Down » – avec comme invités d’honneur Le1f et Sophie -, est d’une toute autre facture. Les toutes premières secondes nous suffisent en effet à reconnaître le sound design unique de Sophie, où les matières et textures entrent en synergie, aussi hétéroclites qu’elles soient. Le1f, impressionnant de fougue, se meut sur cet instrumental martelant aux inclinations ballroom et hip-hop. Le trio, qui s’est bien trouvé, signe à cette occasion un des morceaux les plus frais et réussis de l’album. La suite nous montre que CCCLX brille également par son sound design, que Lunice veut pointilleux et enveloppant. « Mazerati » se révèle être le cœur de l’album tant il cristallise en lui les idées principales de CCCLX : Lunice convoque, dans ce morceau maximaliste et dramatique, une abondance d’éléments qui gravitent autour de l’auditeur et l’englobent entièrement.

À ce stade de l’album, « orchestral » et « théâtral » s’imposent comme les maîtres-mots pour décrire CCCLX. « CCCLX II (Intermission) » et son piano viennent d’ailleurs à point nommé en guise d’entracte, avant de plonger soudainement dans « Distrust », scène dystopique où Denzel Curry, JK The Reaper et Nell se passent la réplique, pour un morceau finissant sur une note destructrice. Dans la même veine chaotique, « O.N.O » demeure le morceau le plus osé de l’album : plus que son atmosphère lourde et frigorifique, c’est dans cette association de sonorités toutes plus absurdes les unes que les autres et dans un tourbillon de polyrythmies folles que l’auditeur se retrouve complètement noyé et désœuvré. Convoquant une multitude d’éléments, Lunice a bien réussi à abolir toute notion de repère chez l’auditeur. Viens avec l’outro la délivrance : l’atmosphère résolument plus éthérée de « CCCLX IV (Black Out) », où Syv de Blare pose sa voix rêveuse et réverbée, nous tire du chaos instauré par « Distrust » et « O.N.O », clôturant l’album sur une note céleste.

Il paraît alors important voire même indispensable d’appréhender CCCLX en vision panoramique, tant les morceaux qui le composent ne peuvent être sorties de leur contexte, hormis « Drop Down » et « Distrust ». On reprochera cependant à Lunice de tomber par moments dans l’écueil de la grandiloquence, tant certains moments – notamment « CCCLX III (Costume) », avec ses synthés rétro-futuriste et son solo de guitare – manquent de finesse et alourdissent un album déjà bien abondant. On sortira donc assez partagé de CCCLX : on ne peut lui enlever ni la qualité de sa production ni son sound design immersif, mais cette profusion d’éléments peut s’avérer tantôt remarquablement bien ficelée – sur « O.N.O » par exemple -, tantôt difficile à digérer.

Tracklist :

01. CCCLX (Curtain) (feat. CJ Flemings)
02. Tha Doorz
03. Drop Down (feat. SOPHIE & Le1f)
04. Elevated (feat. CJ Flemings & King Mez)
05. Mazerati
06. Freeman (feat. CJ Flemings & Speng)
07. CCCLX II (Intermission)
08. Distrust (feat. Denzel Curry, J.K. The Reaper & Nell)
09. CCCLX III (Costume) (feat. Mike Dean)
10. O.N.O
11. CCCLX IV (Black Out) (feat. Syv De Blare)

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    1 Comment

    1. Michaël 27 septembre 2017 at 1:42

      T’façon le meilleur opéra contemporain c’est Purpose de Justin Bieber (eh ouais).

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