Machinedrum – Vapor City

Vapor City confirme l’importance de Machinedrum dans la scène actuelle.

vaporcity

8.2

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 5 octobre 2013 | 16:24

Le jeu cherchant à hiérarchiser les publications d’un artiste a rarement été aussi peu pertinent que dans le cas de Machinedrum. On l’expliquera principalement par la trajectoire sans égale de Travis Stewart, passé en une dizaine d’années du statut de producteur glitch-hop au sens prefusien à celui de champion de la bass music, que ce soit en solo ou dans JETS avec Jimmy Edgar.
Même au sein de ses publications récentes, toute tentative de rapprochement entre des titres paraît inutile : comment comparer son Alarma chez LuckyMe au titre paru sur la compilation Mosaic 2 cette année ?

Pourtant, tout, à l’écoute de ce premier album pour Ninja Tune, semble crier que l’on tient là l’oeuvre la plus cohérente et la plus immersive de l’artiste depuis son fondamental Now You Know, il y a 12 ans déjà.
Peut-être cela résulte-t-il du concept de l’album, qui serait une cartographie d’une ville (Vapor City, donc) entrevue en rêve par son auteur. Mais cela ressort plus sûrement de ces dix titres eux-mêmes, tant ceux-ci semblent trouver une sorte d’équilibre parfait entre les différentes aspirations de l’artiste. Aussi brillant soit-il, Room(s), il y a deux ans, semblait situé dans un espace entre les genres, hésitant entre footwork, UK Garage et un certain dubstep – ce qui participait de son charme ! Or si la forme est désormais résolument footwork et jungle, ce nouveau disque semble avant tout se situer dans son propre monde : Vapor City ne sonne comme rien d’autre, et rien d’autre ne sonne comme Vapor City.
 

Si Vapor City est une cartographie, alors ses dix fragments ici présentés imposent une image certaine : celle d’une ville peuplée de figures grises et solitaires, entraperçues dans un lointain parfois éclairé de flashs. Ce qui frappe en effet, c’est bien cette mélancolie qui semble s’être répandue dans la musique de l’artiste ; elle n’est pas nouvelle chez Machinedrum, mais elle n’a que rarement été aussi présente. Elle n’agit pas non plus seule : dès l’incroyable Gunshotta en ouverture, une sorte de frénésie se fait prégnante par ce sample de MC introduisant un déluge de percussions.

De fait, l’album semble bâti sur ce balancement entre lancinance et déferlement, dans l’alternance entre rythmiques déchainées et passages half-time, dans celle entre basses intenses et mélodies hypnotiques, à l’instar de l’enchaînement du lent U Still Lie et du single Eyesdontlie, qui prend tout son sens dans le cadre de l’album.
La seule constante réside alors dans cette forme de distance qui semble habiter les voix constellant ces dix perles. Il serait faux, pour autant, d’affirmer que tout n’est ici que noirçeur : très tôt, l’obsédant Infinite Us vient ainsi introduire une rupture de ton notable – même si les accords de guitare s’infiltrant progressivement nous rappellent que le spleen n’est jamais loin. De même, Center Your Love semble dissiper le brouillard, offrant une respiration dans le cours du disque : on retrouve ce mélange atmosphérique faisant vivre l’album.

 

Comme une ville nouvellement découverte, il faudra revenir à Vapor City pour s’y immerger complètement. La qualité de la production de Machinedrum, qui laisse à chaque son la place qui lui échoit, facilite notre arrivée : une note surgissant dans le mix apparaîtra dans sa brillance, alors que l’écho d’une voix, sur Dont 1 2 Lose U par exemple, semblera provenir du plus profond du son. Les craquements mêmes qui surplombent le sublime Vision font montre d’une précision incroyable.
Tout n’est bien sûr pas parfait : l’album aurait par exemple gagné à être un peu plus court – même s’il est difficile de trouver un titre précis que l’on aurait pu retirer de l’ensemble –. Il n’en reste pas moins qu’au-delà même de son concept, Vapor City est un album d’une cohérence rare, et se révélant au fil des écoutes terriblement immersif. Il confirme, par ailleurs, une énième fois l’importance de Machinedrum au sein de la scène actuelle.

 

 

Tracklist :

01. Gunshotta
02. Infinite Us
03. Dont 1 2 Lose U
04. Center Your Love
05. Vision
06. Rise N Fall
07. SeeSea
08. U Still Lie
09. Eyesdontlie
10. Baby Its U

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