Marsen Jules Trio – Présence Acousmatique

A force de matraquer à chaque chronique que l‘on détient ici un des albums de l’année, vous n’y croirez peut-être plus, mais il appert que ce Présence Acousmatique figurera très certainement parmi les meilleures sorties du genre cette année.

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8.6

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Par Raphael Lenoir
Publié le 7 juillet 2013 | 11:47

« Depuis un an, je ne fais qu’écrire. J’ai envie de changer. On écrit toujours pour dire quelque chose. Brusquement, on s’aperçoit qu’il faudrait écrire pour ne plus rien dire. Je suis bien obligé si j’écris d’être moral ou immoral, comique ou tragique, symbolique ou naturaliste. C’est alors que me prend la nostalgie de la musique, dont Roger Ducasse dit : « qu’il l’aime parce qu’elle ne veut rien dire ». »

Pierre Schaeffer

 

L’un des principes fondamentaux de la musique concrète ou acousmatique était d’enregistrer des éléments sonores ne provenant pas d’instruments habituels afin de les transformer en musique, jusqu’à aboutir au terme suffisamment consensuel pour être utilisé à toute les sauces, nous voulons bien entendu parler du field recording. Le Nancéen Pierre Schaeffer, instigateur de la musique concrète ou acousmatique a ainsi élagué le terrain à des centaines d’artistes qui s’engouffreront dans cette voie-là.
Présence Acousmatique
n’est peut-être qu’un clin d’œil de plus à la genèse de cette invention française. Martin Juhls, en effet, bien qu’il soit allemand, n’en est pas moins francophile comme le prouve le choix de son pseudonyme, Marsen Jules mais encore dans le choix des titres de ces albums (Les Fleurs et désormais Présence Acousmatique) ainsi que le nom des morceaux (par exemple dans Herbstlaub ainsi que dans les albums susmentionnés).

En dehors de ce pseudonyme l’artiste a plusieurs cordes à son arc grâce notamment à ses travaux plus « dubbé » sous le nom de Krill.Minima (« Sekundeschlaf » sorti cette année vaut clairement le détour) mais aussi et enfin au trio dont il est question ici. Formé par Martin qui s’est adjoint les services de violonistes et de pianistes de Jan-Philip et Anwar Alam, ce triangle a délivré Les Fleurs Variations (contenant déjà une première version d’Œillet Parfait/Œillet Sauvage) en 2006, release qui concrétisait dans un premier temps la rencontre de ces trois hommes qui vont par la suite enchaîner les représentations.
L’alchimie était largement présente, si bien que les trois compères décidèrent d’enregistrer un long format pour parfaire cette union. On peut enfin noter la présence de Roger Doering (saxophoniste chez le groupe Dictaphone) en featuring sur deux des six titres composés par le trio et sortis sur le label de Martin, Oktaf Records.

 

Le hasard n’y est clairement pour rien lorsqu’un artiste est signé sur les prestigieux City Centre Office, Kompakt ou encore 12k, et cela se sent dès les premières secondes d’écoute. Le soin apporté aux textures et à ces fields recordings est tel qu’il est difficile d’imaginer de finition plus aboutie. En termes d’agencement sonore, pas évident non plus de faire mieux au moment où l’on pénètre dans la Maison En Vitre du trio. Les grésillements électriques d’une ligne très haute tension accompagnée de ses bips, clang, ploc, shrr pas si erratiques que cela engendrent ainsi cette présence acousmatique que l’on peut retrouver tout le long de l’œuvre même s’il est vrai qu’ils sont plus dissimulés sur les autres pistes.
En dehors des talents de bidouilleur génialissime de Marsen, il faut saluer la prestation des instrumentistes. Car en effet, si quelqu’un s’était amusé à coller une étiquette « live » sur le CD, nous n’y aurions vu que du feu. Cet album se veut en effet avant tout spontané et rejoint par là les travaux de The Alvaret Ensemble ou encore d’autres formations plus « doomjazz » telles que The Mount Fuji Doomjazz Corporation, son grand frère : The Killimandjaro Darkjazz Ensemble, Dale Cooper Quartett & Dictaphone…
L’ambiance sibylline dégagée par cet album fait aussi terriblement froid dans le dos : la totalité des tracks est enrobée d’une suavité nocturne palpable comme si elle émanait d’une sorte de désert semblable à celui décrit par Murcof et Truffaz dans Mexico, là où les grains de sables petit à petit nous ensevelissent sous l’effet des tourbillons de tempêtes soniques. Le soleil a disparu sur les biens nommés Histoire de la Nuit et Eclipse où le saxophone très langoureux de Doering confère un caractère très lyrique tandis que les quelques caresses de la percussion emplissent l’espace de réverbérations solennelles.

 

A force de matraquer à chaque chronique que l‘on détient ici un des albums de l’année, vous n’y croirez peut-être plus, mais il appert que ce Présence Acousmatique figurera très certainement parmi les meilleures sorties du genre cette année. Non seulement le trio ne se contente pas de nous offrir des paysages sonores uniques et tout en finesse mais il cherche aussi à donner vie à ces mirages. Deux derniers conseils pour bien appréhender ces visions désertiques: fermez les yeux. Le casque est quant à lui aussi obligatoire.

 

Tracklist :

1. Œillet Parfait / Œillet Sauvage
2. Histoire De La Nuit (feat. Roger Döring)
3. Excalibur
4. Maison En Vitre
5. Éclipse (feat. Roger Döring)
6. Les Trains Stortent De La Gare

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    1 Comment

    1. […] Acousmatique » avec les frères Alam, apparu dans non lignes il y a quelques mois (ici). Connu aussi grâce à des travaux plus dub-techno sous krill.minima, Martin revient cependant […]

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