Matthew Collings – Splintered Instruments

En parvenant avec brio à assembler des fragments divers pour créer un univers féerique, Matthew Collings dévoile une nouvelle de ses facettes

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7.5

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 23 janvier 2013 | 19:54

Artiste plutôt discret sur la scène électronique, Matthew Collings (apparaissant parfois sous le pseudonyme de Sketches For Albinos), a déjà pourtant un bagage de collaborations assez costaud. Citons Talvihorros en 2011 sur A Thousand Plateaus ou encore Dag Rosenqvist (plus connu sous le nom de Jasper Tx) sur Wonderland, deux longs formats parus sur le précieux label Hibernate.
Aujourd’hui Matthew décide de voler ses propres ailes et signe sur un label de trempe : Fluid Audio. Cette maison qui aura vu passer Field Rotation (chronique de Acoustic Tales ici), Olan Mill ou encore Tape Loop Orchestra (via Facture) ne fait d’ordinaire pourtant pas confiance aux premiers venus. Une ligne de conduite gage d’une extrême régularité dans la qualité de ses releases. Alors que Matthew roulait sa bosse dans des productions très contemplatives et plutôt orientées veine drone/noise, Splintered Instrument, son dernier album, laisse apercevoir des textures encore plus troubles, au croisement du post-rock, de l’electronica et de l’expérimental.

Cet album chimérique débute avec Vasilia, sur lequel Ben Frost prête ses dix doigts (et tout ce qui s’y trouve relié) pour faire sonner les cordes frappées d’un piano, mais aussi pour assurer la production de l’ensemble. Les instruments classiques et les travaux électroniques se croisent pour se sublimer : piano, violon, trompette et trombone (sur Routine) en passant par la clarinette (Pneumonia) ont évidemment une place prépondérante mais sans les effets numériques, le sens de cette musique se serait égaré en chemin.
Fait déjà frappant sur Wonderland, il devient désormais évident que Matthew est un magicien du son, capable de l’animer et de le faire tournoyer comme bon lui semble. Les mélodies ensorcelantes sont vives mais pas frénétiques pour autant. Les vibrations des guitares aux allures parfois shoegaze comme sur Subway n’ont pas un rôle figuratif dans ces compositions. Rien n’est d’ailleurs superflu ou laissé au hasard ici. Tout est minutieusement détaillé, réglé à l’oscillation près et à la recherche de la fréquence idéale : un véritable travail d’orfèvre.
La trame de fond de cet album est très complexe à définir. Entre mélopées doucereuses et saturations en tous genres, c’est dans un combat authentique que se place Matthew, à l’image du ça et du surmoi en psychanalyse. Une colère pulsionnelle qui bouillonne puis qui vient s’apaiser, comme contrôlée par une autorité supérieure.
Le sentier est tortueux avec ces nombreux sentiments contradictoire et ces expériences soniques qui mettent l’auditeur à l’épreuve. Mais rien n’est insurmontable. Et une fois appréhendé, Splintered Instruments nous révèle sa simplicité et sa candeur. Le morceau Routine, une véritable mosaïque de neuf minutes, clôt cet album comme il avait commencé : une foule de lignes, de textures et de sentiments contradictoires qui viennent se compléter et s’unir en une nuée de particules en suspension.

En parvenant avec brio à assembler des fragments divers pour créer un univers féerique, Matthew Collings dévoile une nouvelle de ses facettes. Disponible en pré-commande mais pressé en une édition plus que confidentielle de 200 exemplaires, il est clair que ce petit joyau trouvera domicile seulement chez les plus rapides.
Il serait définitivement dommage de laisser passer l’occasion de se perdre dans ce vaste univers fantasmagorique où le monde réel n’est qu’un lointain souvenir…

 


 

Tracklist :

1. Vasilia
2. Subway
3. Crows
4. Pneumonia
5. Paris Is Burning
6. Routine

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