Minais B – As The River At Its Source

Le retour du jeune producteur danois Minais B pour un EP expérimental intrigant nous confrontant à l’inconnu.

Cover front

7.2

10

Par Charles-Louis Velieu
Publié le 24 octobre 2017 | 12:30

Artiste installé sur la scène expérimentale danoise depuis quelques années, avec entre autres le groupe Khalil, mais aussi trois sorties solos dont un album récent sur le nouveau label Anyine, Minais B revient avec l’EP As The River At Its Source sur Petrola 80. Véritable expérience sensorielle et excursion face à l’inconnu, thème en adéquation avec la scène expérimentale de Copenhague, c’est un morceau contrasté et intriguant que Minais B livre pour sa première sortie vinyle, une aventure surprenante au collage sensitif et aux vocales troublantes.

As The River At Its Source est une pièce chargée, déconstruite et fonctionnant en collage asymétrique. La structure fascine autant qu’elle perturbe. Le morceau d’une quinzaine de minutes joue d’alternances sèches entre deux phases, une violence froide aux accords menaçants, et aux sonorités cassées, ainsi qu’une ballade de nappes claires et douces rassurantes, dont la saccade n’évoque qu’une sensibilité à fleur de peau.

Ce jeu de contraste affiche dès lors une dualité entre violence et douceur, qui se voit narrée par une voix féminine sensuelle et apeurée, prenant toute son importance dans les évocations de As The River At It Source. Le morceau raconte la rencontre avec un inconnu, physique, qui se veut oppressante, par le biais notamment d’un kick glaçant et impressionnant. Alors que nous vient l’envie de fuir, on change de phase, la mélodie s’adoucit et la voix s’effrite, l’ambiance devenant rassurante. Un flux d’émotions contradictoires émerge de cette rencontre, de la peur à l’adrénaline, à une douceur sensuel jusqu’au chaos. Un tout suivant à la perfection le collage imprévisible de Minais B.

Le texte semble séparer en phases musicales faisant avancer intelligemment la narration : un rythme breaké sombre laisse place à des arpèges graves et discrètes comme intimidées. Des bruissements s’installent, qui seront récurrents dans l’histoire. À mi-chemin, la piste se vide pour laisser place à une respiration tendancieuse, avant d’emmener le morceau en son deuxième mouvement : une phase extrêmement bruyante, chaotique, très disparate, qui accompagne le sommet émotionnel de la piste. Puis des nappes maîtrisées s’installent, comme si l’on se familiarisait avec l’inconnu. Un orgue imprévu, accompagné de paroles pitchées, apporte une dimension religieuse et profane, qui se veut mélancolique et semble accuser l’auditeur d’assister à cette scène.

As The River At Its Source est une pièce difficile, se jouant de notre peur de l’inconnu. Elle se voudra malaisante pour certains, ambigüe pour d’autres mais ne peut que difficilement laisser indifférent, son collage musical contrasté et dynamique empêchant de décrocher du morceau. Minais B offre ici un moment de poésie sombre et profond, interrogeant par le biais de l’expérimentation notre rapport à l’inconnu d’une manière charnelle, se jouant des voix comme d’instruments et de ses instruments comme d’un objet de contact avec nous, pour nous surprendre et mieux nous faire réfléchir. Un objectif atteint s’inscrivant pleinement dans la discographie de l’artiste danois, et son jeu de clair-obscur musical.


 

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