Minilogue – Blomma

Inclassable.

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8.7

10

Par Alexandre Aelov
Publié le 16 mai 2013 | 10:23

Avant toute chose, sachez que cette chronique est casse gueule. Pourquoi ? Déjà parce que cerner Minilogue, ce duo suédois que sont Sebastian Mullaert et Marcus Henriksson, c’est se planter avant même d’avoir commencé. Minilogue se veut un langage minimal, un langage de et par la minimale. Minimale, me direz vous, passées les années 2000 c’est, au choix, une insulte ou un anachronisme qui fait désordre. Pourtant…
Oui, pourtant, si l’on regarde les 13 ans de chemin qu’ont fait ce charmant duo, on se rend compte que c’est tout sauf de la minimale. Formule pratique, mais entièrement justifiée, tant l’on passe d’EPs au goût tech-house trançouille (qui passent quand même car la kitschitude à la suédoise peut parfois surprendre avec saveur) à des productions bien plus expérimentales, quasi anti-dancefloor. Minilogue c’est une sorte de pot-pourri de rêves, de souvenirs d’enfance, d’univers sonore complètement désenclavé qui forment un dancefloor pour animaux imaginaires mignons et assez étranges.
C’est surtout une maîtrise reconnue par des remixeurs de tous horizons (de Dubfire à Rrose en passant par Extrawelt), maîtrise dont le niveau n’est plus à débattre après l’album Animals qui en 2008 poussait jusqu’au bout leur vision de la musique électronique. Ils rempilent pour ce second album chez Cocoon et nous emmènent encore une fois au pays des rêves.

Premier constat, les tracks sont longues. Très longues. La plupart tourne entre 10 et 20 minutes. Trouvons des repères. Everything Is All You’ve Got est une entrée en matière finement dosée dans le sens où l’on reconnaît leur patte «minimale » tout en ayant le temps de se familiariser avec ces approches longues. Vous pourriez le mixer dans un set. Vous seriez un peu faux-cul de laisser 21 minutes tourner une track, mais ça marcherait. Et c’est bien ça la première surprise. Tout se développe dans ce morceau, de la toile de fond jusqu’aux beats toujours enchanteurs. Atoms With Curiosity That Looks At Itself And Wonder Why It Wonders fonctionne de la même manière et on se rend compte rapidement de l’enjeu de l’album entier. Chaque track est un voyage en soi, et on semble évoluer rapidement vers quelque chose d’éthéré; les titres en disent long, spiritualité holistique, interdépendance de tout ce qui est.
Si Forgotten Memories insiste sur la part d’ambient, Existensberättigande est habité d’un élément particulièrement marquant dans cette approche electronica un peu neuve dans son côté jusqu’auboutiste, c’est la présence de grandes envolées de leads, pink-floydiens n’ayons pas peur de le dire, qui soutiennent cette sensation de voyage, d’hypnose, de trip sous LSD comme vous voudrez, un jam quasi freestyle tout en virtuosité, la rythmique restant le fil conducteur, le nœud sans fin, les ricochets sur la frise temporelle. Nor Coming Nor Going est à l’image de ce fonctionnement en boucle et longs développements continus, sur une approche quasi dub/lounge.
Puis on arrive au tour de force ultime. Le morceau titanesque, le mandala racontant ce voyage initiatique dans un monde où tout foisonne et se répond : E De Nån Hemma? 45 minutes de musique. Oui. 45 minutes. Trois quart d’heures à dresser des paysages imaginaires, entre chants d’oiseaux et instruments acoustiques, nappes épaisses, envolées, notes qui phasent, beats minimalistes, joyeux bordel enfumé. Splendide. De l’autre côté du miroir, Mellan Landet et Evaporerar Ut Från Sitt Gömställe vous attendent pour une descente calme bien loin de toute minimale. Vous voguez tranquillement, les rythmes sont chaloupés, mystiques, l’instrumentation tellement variée qu’il est inutile de tout décrire, pour finir sur une longue balade ambient teintée de séquences un peu désuètes. Fin du voyage.

Blomma. Fleur en suédois. Une éclosion hallucinée, une consécration au deuxième album. On dépasse tout concept dès la première note, et reste sans voix passée la dernière. Rassurez vous, nul besoin d’être hippies (tant mieux) pour apprécier ce tour du monde au centre de soi. Les mots manquent pour décrire à la fois l’enjeu, le challenge relevé haut la main, la perfection technique et la finesse incroyable de cet album. On dépasse clairement le format. Presque 2h30 de musique inspirée. Une illumination. Inclassable, vous disait-on. En espérant ne pas trop s’être cassé la gueule. Bon voyage.

 

Tracklist:

1. Everything is all you’ve got
2. Atoms with curiosity that looks at itself and wonder why it wonders
3. Forgotten memories
4. Existensberättigande
5. Nor coming nor going
6. E de nån hemma?
7. Mellan Landet
8. Evaporerar ut från sitt gömställe

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